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Démocratie

Jean-Luc Mélenchon : failles et zones d’ombre d’un candidat en dynamique

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Jean-Luc Mélenchon saura-t-il durablement convaincre qu’il s’est débarrassé des défauts qu’on lui prêtait hier ? Saura-t-il rassurer sur son programme, qui par bien des aspects se trouve éloigné du centre de gravité de la gauche et, plus encore, du pays ? De la réponse à ces questions dépendra sa capacité à poursuivre ou non son incroyable remontée sondagière, et à concrétiser dans les urnes les scores qu’on lui prête dans les sondages.

Jean-Luc Mélenchon a su, lors du premier débat télévisé opposant les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle, créer un électrochoc qui a éveillé un enthousiasme certain chez les sympathisants de gauche. Son côté érudit, tribun, sincère et honnête, qui parie sur l’intelligence collective et porte haut les valeurs d’une « vraie gauche », a réveillé nombre d’électeurs de gauche qui commençaient à désespérer de la campagne. Ayant intégré le probable échec des deux candidats se réclamant de la gauche, et jugeant que la force d’Emmanuel Macron les préservait d’un second tour François Fillon/Marine Le Pen, ils ont basculé en grand nombre dans les bras du candidat de La France insoumise.

Pour autant, Jean-Luc Mélenchon saura-t-il durablement convaincre qu’il s’est débarrassé des défauts qu’on lui prêtait hier ? Saura-t-il rassurer sur son programme, qui par bien des aspects se trouve éloigné du centre de gravité de la gauche et, plus encore, du pays ? De la réponse à ces questions, dépendra sa capacité à poursuivre ou non son incroyable remontée sondagière, et à concrétiser dans les urnes les scores qu’on lui prête à ce jour dans les sondages.

L’analyse des données qualitatives issues de la communauté POP2017 - BVA révèle que les faiblesses de Jean-Luc Mélenchon sont loin d’avoir entièrement disparu. Elles relèvent essentiellement de son programme, alors qu’il semble être parvenu à faire oublier les traits de caractère qui lui avaient nui lors de sa campagne de 2012.

On a bien peu parlé de son programme jusqu’ici, si bien que certains le découvrent seulement : « Jusqu’à maintenant je ne m’y étais pas vraiment intéressée, persuadée qu’il avait peu de chance d’être élu. J’ai regardé un de ses meetings et j’ai trouvé quand même assez éloquent (…) après, toutes ses propositions ne sont pas bonnes. Je ne le vois pas au second tour. Je pourrais voter pour lui mais ma décision est loin d’être arrêtée ».

Or, ce programme reste un repoussoir pour nombre d’électeurs. Certains regrettent ses « promesses démagos », notamment en matière économique : « Un pure délire ! Pourquoi n’emprunte-t-il pas 1 000 milliards ? » ; « Un programme alléchant mais financé que par l’impôt ou par l’emprunt ». Bref : « pas un programme économique qui permettra de remettre la France à flot », dans un pays assez fortement convaincu « qu’il est absolument nécessaire de faire des sacrifices pour sauver cette France fortement endettée ». Bref, pour un grand nombre d’hésitants : « j’adore l’écouter mais seulement pour me distraire, son programme est un merveilleux conte irréalisable » ; « Monsieur Mélenchon a beau être un formidable orateur, il faut être réaliste et raison garder ».

D’autres estiment en outre que de toute façon, un programme d’extrême gauche n’aurait aucune chance de pouvoir être appliqué en France, d’autant plus qu’on ne sait pas avec quelles troupes il pourrait bien gouverner. À ce titre, de nombreux soutiens convaincus regrettent qu’il n’ait pas su s’accorder avec Benoît Hamon, dont la candidature leur paraît, au vu des sondages, de moins en moins pertinente.

Plus en mineur, son rapport à l’Europe génère des craintes : « Les mesures qu’il propose sur l’Europe me font extrêmement peur. Elle doit être réformée, mais l’éventualité de la quitter, je ne suis pas prêt à l’accepter ». Il est intéressant de noter que ses prises de position en matière de relations internationales, et notamment son rapport à la Russie ou au Venezuela de Chavez, n’apparaissent quasiment pas dans les évocations spontanées des membres de la communauté. Ces sujets, que l’on sait pourtant anxiogènes pour nombre de Français, ne sont manifestement pas présents à leur esprit à ce stade de la campagne. Ils pourraient handicaper le candidat de La France insoumise s’ils revenaient au devant de l’actualité, mais à ce jour force est de constater qu’il parvient bien à les reléguer au second plan.

Son côté « révolutionnaire », issu de la conjonction d’un programme radical sur bien des points avec un caractère bien trempé – voire éruptif –, peut également effrayer certains : « le danger d’une crise grave est bien réel (…), une révolution citoyenne ne règlerait rien (…), on ne peut pas se payer le luxe d’un mai 68 ».

Car sa personnalité présente elle aussi quelques failles, même si certains relativisent ses défauts : « il n’est qu’un humain comme vous et moi : n’avez-vous que des qualités ? ». On estime ainsi qu’il « parle trop bien pour être totalement sincère », ou que « son ton théâtral laisse penser que ce n’est pas très sérieux ». Mais globalement, il est étonnant de constater, en écoutant ce qu’en disent les Français interrogés par BVA, que le Mélenchon du « bruit et la fureur », à qui l’on reprochait d’attaquer les journalistes de manière trop virulente, d’être trop colérique, ne fait pas partie de leurs évocations spontanées à ce stade de la campagne. Cela ne veut pas dire que ces souvenirs enfouis ne pourraient pas, en cas d’erreur de sa part, être réactivés.