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Démocratie

La campagne de Marine Le Pen entre les deux tours : l’analyse de l’Observatoire des radicalités politiques

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À quelques heures du débat télévisé de l’entre-deux tours, l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès a fait le point sur la campagne de Marine Le Pen et analysé les dynamiques électorales du vote Front national lors d’une conférence de presse réunissant son directeur, Jean-Yves Camus, plusieurs de ses membres – Sylvain Crépon, Joël Gombin et Nicolas Lebourg – ainsi que le sondeur Jérôme Fourquet.

 

Résumé des prises de parole

  • La géographie électorale du premier tour de l’élection présidentielle

Par Joël Gombin, politiste (CURAPP-ESS/université de Picardie Jules-Verne), spécialiste de sociologie électorale, enseignant à Sciences Po Paris et Sciences Po Aix. Il a notamment publié Le Front national (Eyrolles, 2016). 

La géographie électorale du premier  tour témoigne de la grande stabilité du Front national, élections après élections, depuis son émergence en 1984. Beaucoup de commentateurs analysaient l’opposition géographique très forte entre Emmanuel Macron à l’ouest et Marine Le Pen à l’est. Toutefois, le vote Macron est très homogène au niveau géographique, loin d’être le symétrique du vote Le Pen. Les résultats du premier tour renforcent le clivage entre la France du centre et celle des périphéries. En effet, les quatre départements où le FN perd des voix sont Paris, l’Essone, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne.

  • Quelles lignes de clivage dans les électorats Mélenchon et Fillon ?

Par Jérôme Fourquet, directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Ifop. Ses travaux portent notamment sur la sociologie et la géographie électorales. 

Les données du rolling Ifop-Fiducial indiquent que sur 100 électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 50 envisagent de voter Emmanuel Macron au second tour. Cette proportion est restée stable tout au long de la première semaine de l’entre-deux tours et les appels à faire barrage à l’extrême droite n’ont pas fait augmenter les intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron. Par ailleurs, un tiers de l’électorat de François Fillon votera Marine Le Pen au second tour, ce qui correspond à 6 % de l’ensemble du corps électoral ayant voté au premier tour et la principale réserve de voix pour Marine Le Pen.

42 % des moins de 35 ans de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, envisagent de voter pour Emmanuel Macron au second tour. Et seulement 21 % des 35 à 49 ans envisagent de voter pour Macron au second tour. Le goût amer laissé par l’élection de 2002 semble fonctionner dans une partie de cette génération comme un puissant verrou contre la participation au front républicain sur le thème «  on ne se fera pas avoir deux fois  ».

Retrouvez sa présentation

  • Les différences et similarités entre les campagnes présidentielles de 2002 et 2017

Par Nicolas Lebourg, docteur en histoire, chercheur associé au Centre d’études politiques de l’Europe latine et auteur de Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout (Les Échappés, 2016). 

Jean-Marie Le Pen a connu des difficultés en 2002 à inscrire dans le débat public les thèmes de sa campagne (abolition de la peine de mort et préférence nationale). On observe le phénomène pour Marine Le Pen durant cette campagne présidentielle où les thèmes sur l’identité et l’immigration portés par le FN ont été relayés au second tour au profit de sujets comme la mondialisation ou l’euro. L’état de la gauche entre 2002 et 2017 caractérise l’une des différences majeures entre ces deux campagnes, où Lionel Jospin était proche de la qualification au second tour, contrairement à Benoît Hamon. Si le vote de 2002 en faveur de Jacques Chirac faisait office de référendum, en 2017 Emmanuel Macron tente de rassembler les progressistes de droite et de gauche puis l’ensemble des républicains.

  • Les stratégies de la campagne de Marine Le Pen

Par Sylvain Crépon, docteur en sociologie, maître de conférences en science politique à l’université de Tours et membre du Laboratoire d’étude et de recherche sur l’action publique (LERAP). Il a notamment publié Les faux-semblants du Front national (Presses des Sciences Po, 2015).  

Malgré son score élevé, la campagne de Marine Le Pen n’a pas été bonne. La candidate est restée dans ses discours sur le pourquoi de son action, mais jamais sur le comment en expliquant les moyens qu’elle comptait mettre en œuvre pour accomplir son programme. Emmanuel Macron est le meilleur adversaire face à Marine Le Pen, du fait du clivage idéologique qui sépare les deux candidats. Marine Le Pen reconfigure le débat public en distinguant le pôle des nationalistes, souverainistes et patriotes contre le pôle des européanistes, des cosmopolitistes, et des mondialistes.

  • Une campagne du Front national violente​

Par Jean-Yves Camus, politologue, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques, chercheur rattaché à l’Institut des relations internationales et stratégiques, auteur avec Nicolas Lebourg du livre Les droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015).

La campagne du Front national est marquée par une rhétorique de la violence où Emmanuel Macron ainsi que ses partisans sont désignés comme des ennemis. La violence est également présente dans le souhait de Marine Le Pen de créer un ordre des journalistes, qui imposerait une ligne et qui sanctionnerait les déviances des journalistes à cette doxa. Le thème de l’immigration n’a pas disparu de cette campagne, il s’est déplacé. La rhétorique frontiste vise violemment les immigrés mais aussi les principaux « responsables » de l’immigration (les mondialistes, européanistes).