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Les idéopôles, laboratoires de la recomposition de l’électorat socialiste

06/02/2012 1’
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Analysant le poids des électeurs socialistes dans les « idéopôles », ces métropoles concentrant les activités et les groupes sociaux typiques de l’économie post-industrielle et de la mondialisation, les deux auteurs décryptent les recompositions de cet électorat en cours depuis quinze ans.
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Depuis quelques années, la gauche socialiste perd son soutien dans les classes populaires, dont elle est historiquement le parti traditionnel. En même temps, le Parti socialiste (PS) gagne davantage de votes de la part des salariés diplômés. Fabien Escalona et Mathieu Vieira ont analysé le succès de la gauche socialiste dans les « idéopôles », pour montrer les évolutions à la fois géographiques et sociologiques du comportement électoral.
Une idéopôle est définie par les auteurs comme une « métropole régionale attractive, intégrée aux réseaux de l’économie globalisée – tant d’un point de vue économique que culturel » avec une influence sur le plan régional, national ou international (c’est-à-dire comptant plus de 100 000 habitants) et dont la population est impliquée dans l’évolution de l’économie de la connaissance. Selon des critères de taille, de profil économique, de profil sociologique et d’attractivité du territoire, neuf idéopôles peuvent être identifiées : Paris, Lyon, Toulouse, Montpellier, Strasbourg, Grenoble, Nantes, Lille et Aix-en-Provence. Les villes de Bordeaux et Rennes sont considérées comme des idéopôles secondaires. L’analyse traite d’une période de quinze ans, depuis la deuxième moitié de la décennie de 1990 jusqu’en 2009. Le milieu des années 1990 a été choisi comme point de départ pour deux raisons : il s’agit de l’ouverture d’un nouveau cycle politique avec la fin de l’ère Mitterrand et le développement des idéopôles progresse de plus en plus sur le territoire français à partir des années 1990.
L’analyse des scrutins municipaux a montré une progression constante de la gauche socialiste en quinze ans : en 1995, elle administrait six idéopôles sur neuf, et deux supplémentaires en 2008. L’analyse des élections présidentielles confirme cette évolution. En 2007, au premier tour, Ségolène Royal a pu améliorer les résultats socialistes dans les idéopôles par rapport aux élections précédentes. Pourtant, l’écart du vote socialiste entre ces villes et le reste de la France s’accroît pendant la période analysée. Le Parti socialiste obtient également plus de voix dans les idéopôles par rapport aux autres grandes villes françaises. Les résultats du deuxième tour, où le PS rassemble toute la gauche, confirment cette tendance.
L’analyse montre ainsi que l’influence du Parti socialiste s’étend dans les idéopôles. D’un côté, il s’agit d’une évolution intéressante car les électeurs de ces villes peuvent être considérés comme des acteurs importants de « l’économie-monde contemporaine » mais leur influence reste encore à déterminer. L’inconvénient majeur de cette tendance peut être le suivant : si le succès de la gauche socialiste persiste dans les idéopôles et si elle s’accompagne d’une évolution contraire dans le reste de la France, les prochaines élections peuvent s’avérer décevantes, surtout dans le cas d’une large participation électorale. Poursuivre une progression au sein des deux catégories, électorat ouvrier et salariés diplômés, s’avèrera délicat.
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