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Ces territoires qui ont fait le vote Macron

03/05/2017 2’
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Quelle est la géographie du vote en faveur d’Emmanuel Macron à l’issue du premier tour ? Éléments de réponse avec Yves-Marie Cann et Chloé Morin.

Le classement par déciles des 540 circonscriptions législatives de métropole (soit en les répartissant en dix strates de 54 circonscriptions chacune) selon leur taux de participation au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril 2017, permet de distinguer les circonscriptions où la participation a été la plus forte de celles où elle s’est révélée beaucoup plus faible.

L’observation de la contribution de chacune aux scores des différents candidats démontre clairement que ce sont les territoires les plus participationnistes, fréquemment situés dans le Nord-ouest, qui ont permis le classement d’Emmanuel Macron en première position, au soir du premier tour de l’élection présidentielle.

Les territoires les plus mobilisés ont été décisifs pour Emmanuel Macron

Le graphique ci-dessous rend compte des résultats des quatre premiers candidats à l’échelle de chacun des déciles (en abscisse), sachant que les 54 circonscriptions législatives qui composent le premier décile ont été les plus participationnistes (84,8 % de participation en moyenne), celles du dixième décile étant celles qui se sont le moins bien mobilisées (72,5 % seulement).

On le voit : c’est dans les trois premiers déciles qu’Emmanuel Macron obtient ses meilleurs scores et y domine, de très loin, Marine Le Pen. À titre d’exemple, il recueille en moyenne 29,8 % des suffrages exprimés dans les circonscriptions du premier décile contre seulement 14,4 % pour Marine Le Pen. Notons aussi que c’est dans les premiers déciles que se trouvent les principales réserves de voix potentielles en provenance de l’électorat de François Fillon. Ce n’est, en revanche, pas le cas pour celles pouvant venir des électeurs de Jean-Luc Mélenchon : le score du candidat de La France insoumise tend à augmenter avec l’abstention à partir du huitième décile, et l’on pressent d’ailleurs combien sa performance a pu contribuer à limiter la « dynamique » de Marine Le Pen.
 


Un simple calcul permet de démontrer que c’est dans les 162 circonscriptions législatives des trois premiers déciles que s’est construite l’avance d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen à l’échelle nationale au premier tour. Ci-dessous, le décompte des voix recueillies par les deux candidats dans les 162 circonscriptions des trois premiers déciles (3 x 54) :

  • Emmanuel Macron : 3 014 288 voix
  • Marine Le Pen : 2 006 044 voix

Le différentiel est donc de 1 007 844 voix en faveur d’Emmanuel Macron. Sachant que sur l’ensemble de la métropole, Emmanuel Macron devance Marine Le Pen de 801 951 voix, ces 162 circonscriptions des trois premiers déciles lui ont bien conféré une avance décisive sur sa concurrente du Front national.

Les régions Bretagne et Pays-de-Loire, au cœur de la géographie du vote Macron

La carte présentée ci-dessous permet de visualiser la manière dont ces 162 circonscriptions décisives se répartissent sur l’ensemble du territoire national. On notera qu’elles recouvrent largement les anciens bastions de la démocratie chrétienne (incluant notamment la Bretagne, la Loire-Atlantique et une partie de l’Ouest intérieur), ainsi que, dans une moindre mesure, les terres de tradition radicale-socialiste.
 


Plus particulièrement, le vote de deux régions s’avère déterminant pour Emmanuel Macron : la Bretagne de Jean-Yves Le Drian, et les Pays-de-Loire du filloniste Bruno Retailleau. C’est dans ces deux régions qu’il obtient ses meilleurs scores : respectivement 29,05 % et 26,27 %, avec l’Île-de-France (28,63 %). En toute logique, la géographie du vote Macron au premier tour correspond en grande partie aux circonscriptions qui se sont le mieux mobilisées au premier tour de l’élection présidentielle, comme l’atteste la carte ci-dessous.

Il y a d’ailleurs fort à parier que c’est dans ces deux régions qu’il réalisera ses meilleurs scores au second tour de la présidentielle, notamment en Bretagne en raison de bons reports à attendre de l’électorat de Benoît Hamon (avec 9 %, le candidat socialiste réalise dans cette région son meilleur score).
 


L’Île-de-France et l’agglomération parisienne, métropole de taille mondiale et qui concentre à elle seule une grande part de la valeur ajoutée de l’économie française et de son dynamisme, constitue incontestablement une brique importante de la dynamique d’Emmanuel Macron. L’observation des scores obtenus par le candidat d’En marche ! dans les métropoles, ou au sein des catégories les plus diplômées, mobiles et aisées, vient nourrir la thèse d’un clivage entre urbains et ruraux, « gagnants » et « perdants » de la mondialisation, où l’électorat d’Emmanuel Macron représenterait les gagnants, animés par leur souhait d’ouverture au monde.

L’importance du clivage urbain/rural et mondialisation heureuse/mondialisation malheureuse à nuancer

Sans nier l’existence et l’importance de ces clivages, qui se sont imposés de manière progressive dans le paysage politique français depuis Maastricht, nos observations invitent toutefois à relativiser son importance. En effet, ce clivage ne permet pas d’expliquer à lui seul la performance d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle.

En guise d’illustration, soulignons ainsi que parmi les 50 circonscriptions dans lesquelles Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores parmi les trois déciles les plus participationnistes, 29 se situent certes en Île-de-France, mais 12 se trouvent en Bretagne (sur 27 circonscriptions au total), et 6 en Pays-de-Loire. Or, des terres comme le Finistère, terre socialiste qui a massivement basculé en faveur d’Emmanuel Macron (avec 29,45 % des suffrages exprimés, soit son meilleur score en Bretagne après l’Ille-et-Vilaine – 30,26 %), qui fut fortement touchée par les plans sociaux dans l’agroalimentaire ces dernières années, ne peuvent certainement pas être assimilées aux métropoles mondialisées.

De même, pour s’en tenir à l’exemple de la Bretagne, l’analyse du candidat arrivé en tête au premier tour à l’échelle des 1 233 communes que compte la région confirme notre analyse : Emmanuel Macron arrive en tête dans les deux tiers de ces communes (820) contre 174 pour Marine Le Pen, 125 pour François Fillon et 114 pour Jean-Luc Mélenchon. De même, la superposition des votes avec la concentration des habitants permettant de visualiser les aires urbaines et les zones rurales témoigne d’un vote Macron qui s’est fréquemment étendu bien au-delà des principales villes ou métropoles (Brest et Rennes) de la région.
 

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