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« Congrès de l’Unité » à Épinay-sur-Seine (juin 1971) : pour la renaissance du Parti socialiste

15/06/2011 4’
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Le congrès d’Épinay de juin 1971 marque la renaissance du Parti socialiste, après la courte période du Nouveau Parti socialiste dirigé par Alain Savary depuis juillet 1969. Ce « congrès de l’unité » a pour but de construire une formation militante unie, tournée vers l’élaboration d’un programme commun avec les communistes, et, surtout, vers la conquête du pouvoir.

Déjà, en juin 1970, un congrès socialiste à Épinay-sur-Seine

Depuis 1968, les socialistes français parlent d’unification de toutes les tendances au sein d’un seul parti. Après le retrait de Guy Mollet à la tête de la SFIO en décembre 1968, Alain Savary, qui avait quitté le parti en 1958 pour protester contre le ralliement de Guy Mollet à De Gaulle, et qui a fondé le PSA devenu PSU, prend les commandes d’un parti qui se veut rénové, le Nouveau Parti socialiste : les congrès constitutifs du 4 mai 1969 à Alfortville et des 11, 12 et 13 juillet 1969 à Issy-les-Moulineaux, sont convoqués par la SFIO et l’Union des Clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG), que Savary dirige. Quelques militants de la Convention des institutions républicaines (CIR), dirigée par François Mitterrand, les rejoignent malgré leur retrait du collectif national d’organisation. Ces deux congrès fondent le Nouveau Parti socialiste, en définissant ses statuts, les débats d’orientation, et l’élection des organismes centraux.

Le congrès national extraordinaire du Nouveau PS, les 20 et 21 juin 1970

Un an plus tard, en juin 1970, le Nouveau PS tient un congrès extraordinaire à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, où il montre sa volonté de voir se réaliser l’unité des socialistes. Un « Plan d’action socialiste pour une France démocratique » est adopté à l’unanimité moins huit abstentions. Ce plan, opposé au capitalisme, propose une nouvelle économie et un nouvel État, tout en reconnaissant et acceptant les institutions de la Ve République. Il doit aussi permettre d’engager les débats avec les organisations politiques et syndicales en vue de l’union de la gauche et de leur accession au pouvoir.
Mais, malgré ce congrès voulu comme unificateur, le Nouveau Parti socialiste reste divisé, notamment sur le sujet, crucial, de l’union de la gauche. En témoigne la sortie de la salle de Guy Mollet et de quelques autres, juste avant le discours de François Mitterrand, qui lui est accueilli dans la salle par le slogan « Unité, Unité »... Cette sortie, non relatée par le Bulletin socialiste, est en revanche soulignée par les journaux de l’époque (Le Monde, L’Humanité, France-Soir, L’Aurore…).

> Bulletin socialiste, journal du PS (fonds Pierre Mauroy, boîte 148)
> Voir aussi la revue de presse sur le congrès extraordinaire des 20 et 21 juin 1970 dans le fonds Robert Pontillon (en cours de classement-un inventaire sur les séries SFIO et PS sera prochainement disponible)

Un programme commun avec les autres partis de gauche

Les socialistes, avant le « congrès de l’unité » de 1971, projettent déjà un programme commun de gouvernement, avec le PCF et les radicaux de gauche, avec qui des discussions ont été lancées.

> Déclaration commune du Nouveau PS avec le Parti radical (fonds Pierre Mauroy, boîte 51)
> Déclaration commune du Nouveau PS avec le Parti communiste, le 18 décembre 1969 (fonds Robert Pontillon)

La préparation du « congrès de l’unité »

Suite à un accord du 26 janvier 1971, la « Délégation nationale pour l’Unité des socialistes » – composée de représentants du Nouveau Parti socialiste, de la CIR, et des clubs créés en dehors de la SFIO – lance un appel à la participation au « congrès de l’unité », qui se tiendra les 11, 12 et 13 juin suivants, pour un « changement profond et une organisation puissante du Parti socialiste ». La Délégation, présidée par Nicole Questiaux, encourage les militants à participer aux congrès préparatoires prévus dans tous les départements afin de désigner leurs délégués.

Appel de la Délégation nationale pour l’Unité des socialistes au congrès de l’Unité
Préparation du congrès
« Note sur le congrès à l’usage des nouveaux adhérents »
« Projet de règlement intérieur du congrès »
Précisions de la CIR sur la préparation du congrès

Ces documents sont extraits du fonds Claude Estier (dossier 5FP6-27).

Les différentes motions présentées au congrès d’Épinay

Dix-sept textes vont être présentés au « congrès de l’unité ». Mais le débat va se concentrer sur cinq d’entre elles, présentées par les principaux dirigeants du Nouveau PS, de la CIR et des clubs : la motion L, du tandem Louis Mermaz-Robert Pontillon, la motion M de Jean Poperen, leader de l’Union des groupes et clubs socialistes (UGCS), la motion O présentée par Alain Savary et signée par Guy Mollet, la motion P du CERES de Jean-Pierre Chevènement, et la motion R qui réunit avec Gaston Defferre et Pierre Mauroy les fédérations socialistes des Bouches-du-Rhône et du Nord.

Dossier du congrès diffusé aux délégués (comprend les 17 motions)
> Motion L (Louis Mermaz-Robert Pontillon) : « Pour un socialisme, un Parti uni et puissant »
> Motion M (Jean Poperen) : « Pour un Parti socialiste orienté à gauche »
> Motion O (Alain Savary et Guy Mollet) : « Pour un Parti socialiste fort et pour la recherche de l’Union de la gauche »
> Motion P (CERES) : « Unité et rénovation pour une victoire du socialisme en 1973 »
> Motion R (Gaston Defferre et Pierre Mauroy) : projet de discours de Pierre Mauroy au congrès

Les textes des motions sont extraits du fonds Robert Pontillon.

Du 11 au 13 juin 1971

Ce « congrès de l’unité », attendu par tous les socialistes, se place dans la continuité des thèmes abordés lors du congrès extraordinaire du Nouveau PS en 1970 : en juin 1971, les leaders des formations présentes, et les militants, axent leurs interventions sur la rupture (ou pas) avec le capitalisme, et sur l’union de la gauche, c’est-à-dire l’alliance électorale avec le Parti communiste de Georges Marchais.
Le résultat du vote sur les motions par les délégués, place la motion O, défendue par Alain Savary et Guy Mollet, en tête ; mais c’est insuffisant pour l’emporter face à la majorité qui va se dessiner autour de François Mitterrand, signataire de la motion L (Mermaz-Pontillon) :

  • Motion O (Alain Savary et Guy Mollet) : 33 %
  • Motion R (Gaston Defferre et Pierre Mauroy) : 28 %
  • Motion L (Mermaz-Pontillon) : 16 %
  • Motion M (Jean Poperen) : 12 %
  • Motion P (CERES) : 8,5 %

Après tractations (notamment avec la fédération socialiste du Nord), François Mitterrand parvient à rassembler autour de lui ses amis de la CIR, mais aussi Gaston Defferre et Pierre Mauroy, et le CERES de Jean-Pierre Chevènement. Jean Poperen, quant à lui, choisit de soutenir Alain Savary. Le vote final du congrès permet à la motion de synthèse Mauroy-Defferre-Mitterrand-Chevènement de sortir majoritaire (51,26 %), face à celle de Savary-Poperen-Mollet (48,73 %).
On retiendra de ce congrès la formule de François Mitterrand à la tribune, le dimanche 13 juin au matin : « Violente ou pacifique, la révolution c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture – la méthode, cela passe ensuite –, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, c’est secondaire…, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

> Tableau de répartition des délégués au congrès
> Transcription des débats du congrès les 11, 12 et 13 juin 1971 :
11 juin 1971
12 juin 1971
13 juin 1971
> Motion d’orientation finale

L’après-Épinay

Fondateur en 1964 de la Convention des institutions républicaines, et ancien président de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), créée en 1965 pour l’élection présidentielle, François Mitterrand prend la tête du Parti socialiste refondé au congrès d’Épinay, en devenant le Premier secrétaire. Les instances du nouveau parti (comité directeur de 81 membres, bureau exécutif de 21 membres, et un secrétariat national de 9 membres) se composent suivant une majorité issue des vainqueurs du congrès (motions L, P, R, associées au CERES de Jean-Pierre Chevènement), et une minorité représentée par Alain Savary et Guy Mollet. Des statuts, qui ont fait l’objet d’un âpre débat durant le congrès, sont publiés par le PS à l’automne 1971. À cette période, les socialistes adoptent aussi leur nouvel emblème, le poing et la rose, à l’origine conçu par Marc Bonnet et Yann Berriet pour la fédération de Paris.

Bulletin intérieur du Parti socialiste, juin 1971
Conférence de presse du 1er juillet 1971 : buts et orientations du Parti socialiste
Volonté Socialiste. Bulletin du Ceres, juillet 1971
Statuts du Parti socialiste

Quelques semaines plus tard, en juillet 1971, la fédération socialiste du Nord organise une fête militante à Phalempin, au sud de Lille. Le premier secrétaire du PS, François Mitterrand, y est accueilli par son allié à Épinay, Pierre Mauroy, devenu le secrétaire à la Coordination du nouveau parti (ce qui fait de lui le n°2 après le premier secrétaire). À Phalempin, François Mitterrand prononce son premier discours public depuis qu’il a pris la tête du Parti socialiste.

Certains militants du nouveau parti, qui avaient créé le PSA puis le PSU, ou qui viennent du syndicalisme chrétien, adhèrent au Parti socialiste après Épinay. Parmi eux, Claude Bourdet et Gilles Martinet, fondateurs de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, le Catalan Jean Rous ou Jean Monnier, futur maire d’Angers en 1977, publient à l’automne 1971 une brochure, Le Socialisme pour aujourd’hui : ce texte insiste sur les réformes programmatiques que doit désormais entreprendre la gauche socialiste (nouvelle gestion du monde du travail, réforme de l’enseignement, réduction de la durée du travail, modernisation de l’habitat et du cadre de vie, décentralisation des pouvoirs), et prône un « socialisme démocratique ».

> Le Socialisme pour aujourd’hui

Dès l’automne 1971, le PS s’engage dans des discussions pour une alliance avec le PCF

C’est Jean-Pierre Chevènement qui est chargé, à la fois de négocier avec les communistes, et de rédiger le programme politique du Parti socialiste, intitulé « Changer la vie » et adopté en mars 1972. Puis, le 27 juin, François Mitterrand et Georges Marchais scellent l’alliance électorale entre le PS et le PCF par la signature du « Programme commun de gouvernement », qui sera également signé par les radicaux de gauche dirigés par Robert Fabre.

> Volonté Socialiste. Bulletin du Ceres, juillet-août 1972
Texte du Programme commun, juin 1972
> Voir aussi notre dossier « 27 juin 1972 : la signature du Programme commude gouvernement »

En 1977, après le congrès du PS à Nantes, le parti édite une bande dessinée illustrée par Paul Gillon, Histoire du socialisme en France, qui revient dans ses dernières pages sur le tournant qu’a représenté le congrès d’Épinay pour le socialisme en France.

> Extrait de la brochure Histoire du socialisme en France, automne 1977

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