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Débat du second tour : les réactions des Français

05/05/2017 3’
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« Pathétique », « lamentable », « une honte », « des disputes d’enfants de CP ». Les mots des Français pour décrire le débat qui a opposé Marine Le Pen et Emmanuel Macron à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle sont impitoyables. Cécile Lacroix-Lanoë a recueilli des témoignages et en fait l’analyse pour l’Observatoire de l’opinion.

Comme en témoignent les réactions recueillies dans le cadre de la Communauté présidentielle Kantar Public-Krealinks, suivi qualitatif de l’opinion durant la campagne électorale, ce débat n’a pas été jugé à la hauteur des enjeux et des attentes. Beaucoup ne l’ont d’ailleurs pas regardé jusqu’au bout.

  •  « On ressent un grand malaise en sortant de ce débat (que je n’ai pas vu en entier). En tout cas, ce n’était pas digne d’un débat de futur(e)s président(e)s de la République »
  •  « J’ai abandonné au bout d’une demi-heure, c’était inaudible et irrespectueux de part et d’autre »
  •  « Pour ma part je n’ai regardé qu’à peine la moitié et je n’en ai pas retenu grand-chose. Ils ont passé leur temps pour convaincre à se chamailler comme des enfants et à se contredire sur tout »
  •  « Tant de mois de discours et de dépenses financières hors normes pour être incapable de s’écouter et parler calmement et courtoisement. Je suis écœurée »

Ces réactions très fortes sont peut-être d’autant plus remarquables que ce débat semblait peu déterminant. Pour la plupart des participants à notre communauté, le choix entre les candidats était déjà clairement fait et l’identité du vainqueur au soir du second tour ne suscite guère de doute. L’affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron devait plutôt être l’occasion d’une confirmation de son choix, plutôt que l’opportunité d’obtenir des éléments d’arbitrage entre les candidats, comme cela avait été le cas pour les débats d’avant le premier tour.

« Une cour d’école », « un pugilat »

L’attitude des candidats – spécialement celle de Marine Le Pen – est au cœur des critiques Perçue dans une posture d’attaque quasi-permanente (elle « semblait obsédée par l’agression, l’affrontement (on revoyait le père...) »), beaucoup décrivent une candidate se contentant d’invectives à l’égard de son adversaire, avec une attitude corporelle qui a parfois profondément irrité (« ses petits sourires et rires sont vraiment agaçants »). Par ailleurs, elle ne semble pas vraiment s’être prêtée au jeu du débat en ne répondant pas ou peu aux questions posées par les journalistes.

  • « Elle a été incapable de respecter les règles du débat, mêlant mensonge et pantomime »
  • « Dès le début, la hargne de Mme Le Pen a donné le ton : des invectives, des attaques ridicules, etc. »
  • « Elle n’a fait que critiquer Macron et les socialistes, en lui reprochant des quantités de choses alors qu’il n’était pas encore ministre ni au gouvernement. Elle était imprécise alors que lui était précis en donnant des exemples, il expliquait les choses, c’était clair. Elle, elle s’embrouillait notamment sur la sortie de l’euro et sur un retour au franc et sur l’écu ! C’était n’importe quoi ! »

Pour ces participants, en opposition, le candidat d’En Marche ! a paru posé et connaissant bien ses dossiers. Il a gardé son calme face aux attaques et a développé ses propositions. Pour certains, cette opposition frontale a prouvé qu’Emmanuel Macron disposait de la carrure d’un président de la République, même si généralement, il s’agit plutôt d’une confirmation pour ceux qui lui accordait déjà cette qualité.

  • « Malgré la jeunesse qu’on lui reproche, Emmanuel Macron pourra être un président reconnu par les Français et un partenaire de qualité pour les autres nations (sous réserve qu’aux législatives il obtienne une majorité présidentielle) »
  • « J’ai trouvé monsieur Macron bon, il a gardé son calme et a pu dérouler son programme, il ne fait pas de promesses, mais propose aux Français un projet »
  • « Je n’étais pas trop pour Emmanuel Macron mais depuis hier soir je le suis. Je ne pourrai pas être fier d’une présidente ainsi faite »

Le fond des programmes en grande partie occulté

En conséquence directe de ces tirs de barrage continus auxquels se sont livrés les candidats, le fond des programmes, l’explication des propositions ont semblé tenir peu de place dans ce débat de l’entre-deux tours, ce qui est vivement déploré. Ce reproche vaut, de nouveau, surtout pour Marine Le Pen. Car campée dans une posture belliqueuse à l’égard d’Emmanuel Macron, elle a, pour les partisans de ce dernier, peu développé ses propositions et est apparue fragilisée lorsqu’il s’est agi d’entrer en profondeur dans les sujets. Elle a d’ailleurs souvent donné le sentiment de devoir se raccrocher aux dossiers posés devant elle, surtout en matière économique, la candidate ayant semblé plus à son aise sur les marqueurs frontistes que sont l’immigration ou l’insécurité. Enfin, ces téléspectateurs font remarquer qu’elle a proféré des mensonges tout au long de la soirée.

  • « Sur l’éducation n’a pas répondu, sur l’économie je ne sais pas quoi elle pense »
  • « Elle n’a absolument pas détaillé son programme économique, est restée floue sur la sortie de l’euro et le financement d’un tas de mesures. Le seul moment où elle a été concrète est sur le terrorisme et l’islamisme. Pour le reste elle a passé son temps à regarder ses notes, souvent fausses par ailleurs. Ça prouve bien qu’elle ne maîtrisait absolument pas ses sujets, sinon à ce stade pas besoin de notes. Elle n’a pas profité de sa carte blanche pour faire passer ou s’adresser aux gens sur des sujets non abordés. Son discours était donc creux, je l’ai trouvé bien mal à l’aise par rapport à d’autres débats »

Chez les partisans de Marine Le Pen, les perceptions sont, de nouveau, inversées. Pour ceux-ci, Marine Le Pen a su développer une vision de la France et « semblait plus à l’aise avec son programme que son adversaire ». De fait, les critiques visent Emmanuel Macron, dont le programme reste très flou à leurs yeux. L’ancien ministre de l’Économie n’a pu su départir des reproches persistants qui lui sont faits : il « n’a pas de vrai programme », ses propositions sont très défavorables aux travailleurs et il est le continuateur de la politique de François Hollande.

  • « Macron n’a pas d’idée, c’est évident, à part le fait de ne pas vouloir que Le Pen soit élue au pouvoir »
  • « Macron a encore répété qu’il voulait supprimer la taxe d’habitation, c’est d’ailleurs pratiquement la seule proposition qu’il a évoqué !! »
  • « Dans chacune de ses phrases, il y avait le terme « finance » mais êtres humains, citoyens... non !!!!! »

Cette perception déborde le cercle des partisans de Marine Le Pen. Chez ceux qui ont l’intention de s’abstenir ou de voter blanc, mais même chez certains qui voteront pour Emmanuel Macron, le candidat ne convainc pas forcément, car il est perçu comme ayant finalement, lui aussi, assez peu parlé de son programme au cours des échanges.

  • « Là où ça devient critique, c’est Macron, pour lequel je n’ai pas voté au premier tour mais pour qui je voterai au second : il ne m’a pas convaincue et je ne sais aujourd’hui toujours pas quoi retenir de son programme »

Au demeurant, le débat ne semble pas avoir fait bouger profondément les lignes, surtout du fait de la déception qu’il a suscitée chez les téléspectateurs. Aucun des deux candidats ne semble avoir fait bouger les positions établies, dans un contexte où la très grande majorité de l’électorat apparaît déjà très sûre de son choix. Dans notre dernier sondage d’intention de vote réalisé entre vendredi et dimanche, 90 % des électeurs ayant l’intention de voter pour Emmanuel Macron et 84 % de ceux qui se dirigent vers un vote pour Marine Le Pen se déclaraient certains du nom choisi. En outre, l’indécision ne porte pas tant sur le choix entre les deux candidats (qui ne concerne que 6 % de l’électorat, dont 2 % déclarent hésiter totalement entre les deux candidats et 4 % toujours hésiter en ayant une préférence pour l’un d’entre eux), mais plutôt entre le choix de glisser un nom dans l’urne, ou de ne pas le faire, soit en ne se rendant pas à son bureau de vote, soit en optant pour un vote blanc ou nul (15 % des électeurs). Et pour ces derniers, le sentiment qui semble dominer est plutôt la confirmation qu’aucun des deux candidats ne leur convient.

  • « Cela a confirmé mon choix de ne pas aller voter afin de ne pas cautionner ce marasme économique à venir »
  • « Dans tous les cas, les deux candidats ont manqué de précision et m’ont laissé dans le flou. Je suis toujours décidé à voter blanc. Mais je pense que les législatives vont être beaucoup plus importantes que la présidentielle pour la première fois. »

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