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Enquête électorale française 2020 : une percée environnementale ou écologiste ?

13/03/2020 2’
Gilles Finchelstein Gilles Finchelstein
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La Fondation Jean-Jaurès est partenaire de la 23e vague de l’Enquête électorale française 2020, réalisée par Ipsos avec le Cevipof et Le Monde. Pour l’occasion, Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, nous éclaire sur la possible surprise du parti Europe Écologie-Les Verts lors des prochaines élections municipales.

Le score d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) peut-il constituer la surprise des élections municipales de 2020 après avoir été celle des élections européennes de 2019 ? Si les résultats de la 23e vague du panel électoral ne permettent évidemment pas de répondre à cette question, ils peuvent au moins de l’éclairer.

Premièrement, du point de vue sociétal, il y a une percée environnementale. Elle est nette lorsque l’on interroge les Français sur les sujets qui les préoccupent le plus lorsqu’ils pensent à la situation de leur pays : la protection de l’environnement figure en troisième position, proche du pouvoir d’achat et du système de santé et, surtout, en progression de dix points par rapport à mars 2019. Cette percée est plus éclatante encore lorsque l’on passe du global au local et que l’on interroge les Français sur ce qu’ils considèrent être les priorités de leur prochain maire : la préservation de l’environnement arrive cette fois-ci en tête – davantage encore dans les très petites communes et dans les très grandes villes mais quel que soit le genre et, surtout, quel que soit l’âge des personnes interrogées. Cette percée doit cependant être relativisée en ce que la préoccupation environnementale n’écrase pas toutes les autres ; au niveau communal, et notamment dans les communes de plus de 50 000 habitants, les questions de sécurité les concurrencent fortement et cela peut contribuer à limiter leur percée.

Deuxièmement, du point de vue électoral, il y a en effet une contradiction des Français – rendant les résultats plus incertains encore. D’un côté, lorsque l’on analyse les souhaits de victoire, EELV dispose d’un important potentiel électoral. 73 % des Français estiment que ce serait une bonne chose qu’elle obtienne des sièges au Conseil municipal et 50 % qu’elle dirige la commune – les chiffres sont respectivement seulement de 38 % et de 30 % s’agissant du Rassemblement national. Même placée en compétition avec les autres camps quant aux souhaits de victoire, la formation écologique devance encore, avec 23 % et certes de quelques points seulement, aussi bien la droite (à 20 %) que la gauche, La République en marche ou le Rassemblement national (à 19 %). Mais, d’un autre côté, la confiance accordée aux maires sortants comme le jugement porté sur leur bilan constituent une faiblesse pour une formation écologiste dont l’implantation demeure modeste. Et les préoccupations en matière de sécurité une faiblesse supplémentaire pour une formation dont le champ de légitimité demeure étroit.

Troisièmement, du point de vue politique, c’est la clarification qui domine. On a vu en Allemagne ou en Autriche les Verts nouer des alliances avec les conservateurs. On a vu parfois ici même une certaine ambiguïté entretenue par des leaders écologistes. Du point de vue des Français, les choses sont simples. La protection de l’environnement est bien davantage une priorité pour les sympathisants de gauche (52 %) que pour les sympathisants de droite (27 %) ou du Rassemblement national (24 %). Et Europe Écologie-Les Verts est clairement située à gauche par les Français : interrogés sur le positionnement de chacune des grandes formations politiques – 0 indiquant un positionnement très à gauche et 10 très à droite –, ils placent EELV en moyenne à 3,3. De manière piquante, ils placent d’ailleurs EELV d’autant plus à droite qu’ils sont à gauche (4,2 pour les sympathisants de LFI) et d’autant plus à gauche qu’ils sont à droite (2,6 pour les sympathisants LR). Ce positionnement moyen à 3,3 est très proche de celui du Parti socialiste qui est à 2,9 mais très éloigné de La République en marche qui est désormais à 6,3 et, davantage encore, des Républicains qui sont à 7,6.

Conclusion ? Il y a aujourd’hui une conjonction favorable pour EELV : c’est à la fois le bon moment et le bon scrutin. Il est à peu près acquis que le parti écologiste verra son nombre d’élus progresser. Mais il est plus hypothétique qu’il détienne un nombre substantiellement plus important de mairies à l’issue du second tour.

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