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Floride : démocrate, puis républicaine, devenue « Swing State »

10/06/2020 9’
Renan-Abhinav Moog Renan-Abhinav Moog
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Malgré le contexte sanitaire très critique aux États-Unis, la campagne électorale se poursuit et le retrait des primaires démocrates de Bernie Sanders a fait de Joe Biden l’adversaire de Donald Trump en novembre prochain. À l’approche du scrutin, Renan-Abhinav Moog propose une analyse électorale historique de différents États, afin de saisir les rapports de force politiques locaux, décisifs quant à l’issue du scrutin fédéral. Troisième volet, après le Vermont et l’Alaska : la Floride.

La Floride tient son nom de l’explorateur espagnol Ponce de Leon, gouverneur de Puerto Rico, qui décrit ainsi la terre qu’il venait de découvrir par sa végétation luxuriante. Avec son climat tropical et située dans une péninsule bordée par le Golfe du Mexique à l’ouest et l’Océan Atlantique à l’est, la Floride est à la fois le refuge des riches retraités de tout le pays et des exilés venus de l’île voisine de Cuba, pour fuir le régime castriste.

À 80 kilomètres de Miami se trouve l’archipel des Bahamas. La Floride est aussi très connue pour l’archipel des Keys, multitude d’îles situées en enfilade au large de Miami. L’une d’elle, Key Largo, a vu son nom immortalisé par le film homonyme de John Huston, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Enfin, la pointe sud-ouest de la péninsule abrite le Parc national des Everglades.

Avec ses 21,5 millions d’habitants, la Floride est le troisième État le plus peuplé. Elle a dépassé New York en 2014, grâce à un taux de croissance de 14,2 % entre 2010 et 2019, contre seulement 0,4 % pour New York. Si elle n’abrite aucune ville de plus d’un million d’habitants, la Floride ne compte pas moins de 14 villes de plus de 100 000 habitants, dont Jacksonville (904 000 habitants), Miami (471 000 habitants), Tampa (393 000 habitants) et Orlando (286 000 habitants). Sa capitale, Tallahassee, n’arrive qu’en septième position avec moins de 200 000 habitants. L’aire métropolitaine de Miami, qui comprend les trois comtés les plus peuplés de l’État – Miami-Dade, Broward et Palm Beach –, rassemble quant à elle près de 6,2 millions d’habitants.

La Floride est la quatrième économie des États-Unis : elle constituerait la seizième économie mondiale si elle était indépendante. Elle a la double particularité de n’avoir pas instauré d’impôt sur le revenu, mais d’avoir, depuis 2004, un salaire minimum. L’agriculture occupe encore une place importante dans son économie, et particulièrement la culture d’agrumes, malgré un recul de la culture du citron ces dernières décennies. L’industrie est peu présente, principalement via l’industrie aérospatiale, depuis l’installation de la Nasa à Cap Canaveral dans les années 1960, et l’industrie médicale. Le secteur bancaire et financier est mieux représenté : Miami est le deuxième plus grand centre bancaire américain après New York City. Enfin, le tourisme est la première source de revenus pour le Sunshine State ; Orlando profite d’une manne touristique importante grâce à l’implantation du parc d’attraction de Disney, et Miami est le premier port mondial pour les paquebots.

Du fait de sa proximité avec la Caraïbe, la Floride abrite la plus forte population caribéenne du pays : 4,5 % de sa population, principalement originaire d’Haïti et de la Jamaïque. On trouve également une forte minorité latina, qui compte pour 26,1 % de la population, avec la particularité d’être majoritairement composée d’immigrants cubains. Cette spécificité a longtemps eu une forte influence sur le vote latino en Floride. En 1970, les latino-américains ne représentaient pourtant que 6,6 % de la population, mais leur fort taux de natalité leur a permis une progression forte et rapide. Par ailleurs, la Floride a la deuxième plus grande population portoricaine après New York. Alors que les Américains d’origine cubaine vivent principalement dans le sud de l’État, les Portoricains sont surtout concentrés dans la région d’Orlando, dans le centre de la péninsule. Ancien État confédéré, la Floride a longtemps eu une très forte minorité afro-américaine, qui a représenté jusqu’à 40 % de la population dans les années 1900. À l’heure actuelle, seuls 16,9 % de la population est afro-américaine. Enfin, a émergé très récemment une petite mais grandissante communauté asiatique, qui représente 3 % de la population de Floride. La Floride est également l’État ayant la plus forte population âgée de plus de 65 ans (17 %), ce qui a – depuis les quatre dernières années – une influence primordiale électoralement parlant. Enfin, l’État abrite la troisième plus grande population juive des États-Unis après New York et la Californie.

Alors qu’elle était un fief démocrate jusque dans les années 1950, la Floride s’est ensuite tournée vers le GOP (Grand Old Party, Parti républicain), au point de ne voter démocrate que deux fois entre 1952 et 2004, lorsque les candidats démocrates venaient du sud, Jimmy Carter en 1976 et Bill Clinton en 1996. En effet, dans l’immédiat après-guerre, l’apparition d’une classe moyenne supérieure dans le centre et le sud de l’État, votant largement pour le GOP, perçu comme plus favorable au « business », fait basculer la Floride dans le camp républicain dès 1952. À cette époque, le nord de l’État – que l’on surnomme le Panhandle de Floride, plus rural et moins développé – vote comme un seul homme pour le Parti démocrate.

Pourtant, au niveau de la Chambre des représentants, la Floride n’a élu que des démocrates de 1880 à 1954, année de l’élection du premier républicain depuis la Reconstruction[1], William C. Cramer. Il a fallu attendre 1966 pour que le GOP fasse élire son candidat au poste de gouverneur. Enfin, le premier sénateur républicain n’est élu qu’en 1968. Cette même année, Richard Nixon remporte la Floride avec 40,5 % seulement, fortement concurrencé par George Wallace, qui recueille 28,5 % des voix, talonnant le démocrate Hubert Humphrey à 30,9 %. Ce dernier ne s’impose que dans trois comtés : Miami-Dade, Monroe (dont le siège est Key West, dans les Keys) et Alachua, où se situe Gainesville, siège de l’Université de Floride. Richard Nixon remporte 21 comtés, dont Broward, Palm Beach, mais aussi Pinellas (où se trouve St. Petersburg), Hillsborough (Tampa) et Orange (Orlando). Enfin, George Wallace remporte 43 comtés dont Duval (Jacksonville), Escambia (Pensacola). Il arrive en tête dans tous les comtés du nord (sauf Alachua), frontalier avec l’Alabama – son home State – et la Georgie, qui constituaient la base électorale du Parti démocrate, ainsi que dans 8 comtés du centre de la péninsule. Richard Nixon arrive en tête sur les côtes du centre de la péninsule, tandis que l’extrémité sud vote pour Humphrey.

Depuis 1964, la Floride comptait 14 grands électeurs (contre 10 de 1952 à 1960). En 1972, elle en gagne 3, passant ainsi à 17.

1972 se traduit par un raz-de-marée républicain : remportant l’intégralité des 67 comtés, Richard Nixon est triomphalement réélu et obtient 71,9 % en Floride, tandis que le candidat démocrate, George McGovern, plonge à 27,8 % et ne dépasse les 40 % qu’à Miami-Dade – qui comporte à la fois une forte population latina et abrite l’immense majorité de la communauté juive de Floride – et à Alachua, grâce au vote étudiant. Il faut attendre 1976 et la candidature du sudiste Jimmy Carter pour que les démocrates reconquièrent la Floride, comme tous les États du Deep South, Virginie exceptée. Mais la victoire de Jimmy Carter reste assez mince : il ne remporte que 51,9 % des voix contre 46,6 % à Gerald Ford, obtient ses meilleurs scores dans le nord de l’État et remporte quelques comtés urbains – Miami-Dade, Broward, Duval, Hillsborough –, tandis que Gerald Ford s’impose de justesse à Pinellas, Palm Beach, Escampa, et plus largement à Orange County.

Quatre ans plus tard, Ronald Reagan balaye le président sortant. Il obtient 55,5 % contre seulement 38,5 % à Carter, et s’impose dans 42 comtés sur 67. Il s’impose dans tous les comtés comprenant les principales villes : Miami-Dade, Broward (Fort Lauderdale), Pinellas (St. Petersburg), Palm Beach (West Palm Beach), Duval (Jacksonville), Hillsborough (Tampa) et Orange (Orlando).

Nouveau raz-de-marée en 1984 : Ronald Reagan triomphe et obtient 65,3 %, devançant très largement un Walter Mondale à 34,7 %, qui ne s’impose que dans un seul comté, Gadsden, situé dans l’aire métropolitaine de Tallahassee et qui a la particularité d’être le seul comté de Floride à avoir une population majoritairement afro-américaine.

La Floride, suite au recensement de 1980, est passée de 17 à 21 grands électeurs, devenant ainsi le septième État le plus représenté, prenant la place du Michigan (passé de 21 à 20 cette même année).

Deux ans plus tard, les républicains s’emparent du poste de gouverneur, pour la deuxième fois seulement depuis la Reconstruction, après Claude Kirk en 1966. Profitant du retrait du sortant Bob Graham, Bob Martinez, maire de Tampa et lui-même ancien démocrate (il a changé de parti au cours de son second mandat à Tampa), s’impose. Bob Martinez est élu avec 54,6 % des voix, contre 45,4 % au représentant démocrate Steve Pajcic, et devient ainsi le premier gouverneur d’origine latina à diriger la Floride.

En 1988, le départ de Ronald Reagan n’affecte pas le vote républicain. Le vice-président sortant, George H. Bush, remporte facilement le scrutin, obtenant 60,9 % contre 38,5 % à Michael Dukakis. Là encore, seul Gadsden County vote démocrate. La Floride est le cinquième meilleur État pour Bush. Ce sera toutefois le dernier scrutin où la Floride sera aussi peu disputée. Lors des scrutins suivant, l’État va en effet devenir un Swing State de premier choix.

Le même jour, l’élection au Sénat est particulièrement disputée. Lawton Chiles, sénateur démocrate sortant, se retire après trois mandats. Le représentant Buddy MacKay affronte son collègue républicain, Connie Mack III, soutenu par Ronald Reagan et son vice-président, Dan Quayle. Après une campagne particulièrement tendue, Mack est élu avec 50,4 % des voix contre 49,6 % au démocrate. Il devient ainsi le premier républicain à occuper ce siège de sénateur depuis la Reconstruction.

En 1990, l’élection du gouverneur permet aux démocrates de se mesurer. L’ancien sénateur Lawton Chiles est candidat face au gouverneur républicain sortant, Bob Martinez, dont le taux d’approbation ne dépasse pas 25 %. Lawton Chiles est largement élu avec 56,5 % contre 43,5 % au sortant.

Pourtant issu du Deep South, et malgré la candidature de Ross Perot, Bill Clinton ne parvient pas à remporter la Floride en 1992. Cette année, le Sunshine State a gagné 4 grands électeurs supplémentaires, arrivant ainsi à 25. Ce bond lui permet de dépasser en une fois l’Ohio (qui passe de 23 à 21), l’Illinois (passant de 24 à 22) et la Pennsylvanie (de 25 à 23) et de devenir le quatrième État le mieux représenté au sein du collège électoral. Ross Perot obtient 19,3 % et George H. Bush 40,9 %. Bill Clinton s’incline à 100 612 voix près, avec 39 %. Pour la première fois depuis 1960, la Floride soutient le candidat perdant au niveau fédéral. Cette première sera également la dernière, épisode de 2000 excepté. Bill Clinton fait basculer Broward, Miami-Dade, Palm Beach et Pinellas, tandis que Hillsborough, Duval et Orange restent dans la colonne GOP.

En 1994, alors que le GOP s’empare du pouvoir au Sénat et à la Chambre, la Floride reste – de peu – dans le camp démocrate lors de l’élection du gouverneur. Le sortant Lawton Chiles, élu en 1990, est réélu avec 50,8 % face au candidat GOP, Jeb Bush (49,2 %).

Il faut toutefois attendre 1996 pour que, président sortant, Bill Clinton, remporte la Floride, de justesse, cependant. Alors que Ross Perot ne récolte que 9,1 % des voix, Bob Dole en obtient 42,3 % et Bill Clinton fait la course en tête avec 48 %, grâce au fort soutien des latinos et des Afro-Américains.

Deux ans plus tard se tient l’élection du gouverneur. Le sortant, Lawton Chiles, ne peut se représenter car il a déjà effectué deux mandats. Son lieutenant-gouverneur, Buddy MacKay, est candidat à sa succession. Il a face à lui un candidat de poids en la personne de Jeb Bush, fils de George H. Bush et frère de George W. Bush. Le 3 novembre 1998, Jeb Bush est largement élu avec 55,3 %, prenant sa revanche sur sa courte défaite en 1994. Toutefois, Lawton Chiles décède le 12 décembre 1998, ce qui permet à Buddy MacKay de devenir gouverneur quelques semaines, jusqu’à la prise de fonction de Jeb Bush en janvier 1999.

Le cas du scrutin présidentiel de 2000

L’élection de 2000 en Floride change à la fois la politique américaine mais aussi la face du monde entrant dans le XXIe siècle. Lors de la soirée électorale, les médias américains ont l’imprudence de déclarer Al Gore vainqueur dès les premiers résultats arrivant de Floride. Toutefois, alors que les résultats sont très serrés, la Floride est ensuite déclarée « too close to call ». Mais, au milieu de la soirée, la très conservatrice Fox News déclare Bush vainqueur en Floride, et par conséquent, vainqueur sur le plan national. Afin de ne pas être en reste, les autres médias, CNN en tête, suivent Fox News.

Et pourtant, la situation localement est loin d’être aussi simple, et seulement quelques centaines de voix (sur près de 6 millions de votes !) séparent George Bush d’Al Gore. Celui-ci reconnaît sa défaite, puis, après avoir constaté le faible écart de voix en Floride, revient sur sa déclaration.

Le lendemain de l’élection, George Bush a 1784 votes d’avance, soit moins de 0,5 point d’écart avec Al Gore, ce qui implique, en vertu de la loi électorale de Floride, un recomptage automatique des bulletins de vote. Toutefois, ce recomptage ne concerne que les bulletins appelés « overvotes » et « undervotes ». Dans le premier cas, l’électeur a coché plus de cases que de postes en jeu (par exemple, en cochant la case Kerry et la case Nader pour le scrutin présidentiel, alors qu’il n’y a qu’un seul poste en jeu). Dans le second cas, l’électeur n’a coché aucune case, ou sa marque n’a pas été suffisamment bien placée pour être lue par la machine.

Cela concerne 170 000 bulletins : 60 000 undervotes et 110 000 overvotes. En Floride, il est possible de voter de deux façons différentes, en fonction du comté où l’on vote. Le premier système consiste à la perforation du bulletin, après noircissement de la case correspondant au candidat choisi par l’électeur. Le second réside en la lecture optique du bulletin de vote. En 2000, 3,7 millions de votes l’ont été via des cartes perforées, contre 2,3 millions par lecture optique.

Le 10 novembre 2000, ce recomptage terminé dans 66 des 67 comtés, l’avance de George Bush fond à 327 voix. Suite à cela, le camp d’Al Gore réclame un recomptage manuel dans quatre comtés – Miami-Dade, Broward, Palm Beach et Volusia –, tandis que le camp de George Bush saisit la justice pour empêcher ce recomptage.

Les quatre comtés concernés débutent le recomptage manuel. Toutefois, la loi électorale de Floride impose également que l’ensemble des comtés de l’État fassent parvenir leurs résultats définitifs au secrétaire d’État de Floride dans les sept jours qui suivent le scrutin présidentiel, soit le 14 novembre 2000 au plus tard. Aussi, les autorités des quatre comtés estiment qu’ils ne pourront pas finir ce recomptage manuel dans les délais légaux impartis.

Le 14 novembre 2000, seul le comté de Volusia a terminé son recomptage manuel et fait parvenir ses résultats certifiés à Kathleen Harris, secrétaire d’État de Floride. Celle-ci déclare avoir reçu les résultats des 67 comtés, alors que le recomptage manuel est toujours en cours à Broward, Palm Beach et Miami-Dade. Elle indique toutefois que les comtés ont la possibilité, jusqu’au lendemain, de réclamer l’autorisation de rendre leurs résultats en retard, sous la condition de lui faire parvenir une déclaration écrite précisant les faits et circonstances justifiant cette remise tardive des résultats. Quatre comtés font parvenir une déclaration écrite ; néanmoins, Kathleen Harris estime qu’aucune d’entre elles ne justifie qu’elle retarde la date limite de transmission. Elle annonce également qu’elle proclamera les résultats définitifs le 18 novembre. Mais le 17 novembre, la Cour suprême de Floride ordonne à Kathleen Harris de ne pas certifier les résultats de l’élection avant d’avoir reçu les résultats du recomptage manuel. Enfin, le 21 novembre, cette même Cour suprême autorise le recomptage manuel qui avait déjà commencé, et repousse le délai de certification du scrutin au 26 novembre. Le camp de George Bush fait appel de cette décision devant la Cour suprême fédérale. Le 26 novembre, Kathleen Harris annonce à nouveau la victoire de George W. Bush, par 537 voix d’avance sur Al Gore.

Le 8 décembre 2000, la Cour suprême de Floride rejette la requête d’Al Gore pour le recomptage manuel dans les quatre comtés réclamés. En lieu et place, par 4 voix contre 3, elle ordonne un recomptage manuel, dans l’ensemble de l’État, des 60 000 undervotes. Toutefois, elle n’impose aucune méthode unique pour ce recomptage, laissant ainsi chaque comté recompter comme il le souhaite. Dès le 9 décembre, la Cour Suprême ordonne par 5 voix contre 4 de surseoir au recomptage. Le juge Antonin Scalia estime effectivement qu’un tel recomptage, dont la légalité n’est pas établie, menace de « nuire de façon irréparable à George Bush et au pays ». Son collègue John Paul Stevens, dans son opinion minoritaire, qui figure également sur l’arrêt, estime quant à lui que « compter chaque vote exprimé de façon légitime ne peut en aucune façon nuire de façon irréparable ».

Saisie de trois questions le 11 décembre 2000, la Cour suprême des États-Unis y répond le lendemain :

  • sur la dénaturation de la loi de l’État par la Cour suprême de Floride, lorsque ses juges ont ordonné la prolongation des recomptages jusqu’au 26 novembre, la Cour suprême ne tranche pas, quatre juges se prononcent pour le non, trois pour le oui et deux ne se prononcent pas ;
  • sur la violation de l’Equal protection clause, du 14e amendement de la Constitution, en raison de l’absence de méthode unique de recomptage des bulletins, la Cour suprême répond oui, par 7 votes contre 2. En effet, la Cour suprême de Floride a ordonné que les undervotes soient recomptés, car nul vote ne pouvait être exclu tant que « l’intention de l’électeur » pouvait être précisément déterminée. Toutefois, la détermination de l’intention de l’électeur dépendait exclusivement de la personne chargée du décompte : un même bulletin pouvait être accepté ou rejeté, en fonction de la personne l’ayant traité ;
  • sur l’épuisement du délai (et donc l’impossibilité d’avoir un vrai recomptage en Floride tout en respectant les délais légaux), la Cour suprême répond oui par 5 votes contre 4, considérant que les grands électeurs de Floride devaient être identifiés au plus tard le 12 décembre 2000, six jours avant leur réunion pour désigner le prochain président. Ce délai n’est toutefois inscrit nulle part.

Or, c’est la même Cour suprême qui a ordonné que le recomptage s’arrête le 9 décembre 2000. S’il avait pu continuer, rien n’indique qu’il n’aurait pas pu être terminé avant le 12. De plus, alors qu’Al Gore aurait pu demander à la Cour suprême de Floride un nouveau recomptage, en précisant ses modalités, il ne l’a pas fait. Et George Bush est devenu président en janvier 2001.

En novembre 2001, le National Opinion Research Center de l’Université de Chicago a donné plusieurs résultats, après avoir examiné l’intégralité des 170 000 overvotes et undervotes de Floride. Selon les critères utilisés, Al Gore remportait la Floride avec entre 60 et 171 voix d’avance sur George Bush. Mais deux mois après le 11 septembre, cette information n’a pas reçu d’écho important.

Conjointement au scrutin présidentiel de 2000, les démocrates ont pourtant remporté le scrutin sénatorial. Le sénateur sortant, Connie Mack III avait préféré se retirer plutôt que de solliciter un troisième mandat. Le démocrate Bill Nelson, trésorier de l’État, a facilement battu le représentant Bill McCollum, en remportant 51 % des voix contre 46,2 %. Six ans plus tôt, Connie Mack avait été réélu avec 70,5 % face à Hugh Rodham, frère de la Première Dame, Hillary Clinton.

Les scrutins suivants

En 2004, la Floride gagne deux nouveaux grands électeurs, passant ainsi de 25 à 27. Avec une participation en forte hausse, George W. Bush s’impose nettement en Floride, obtenant 52,1 % contre 47,1 % pour John Kerry – aidé par la très bonne popularité de son frère, Jeb, gouverneur en poste de l’État. Il remporte 18 des 25 districts congressionnels, dont un seul ayant un représentant démocrate (le 2e), tandis que John Kerry remporte le 22e district, représenté par un républicain. Cette poussée républicaine permet au GOP de s’emparer du siège de sénateur laissé par le sortant démocrate Bob Graham, qui se retire après trois mandats. Après une campagne laissant entrevoir un résultat serré, le républicain et ex-gouverneur Mel Martinez est élu avec 49,4 % des voix contre 48,3 % à la démocrate Betty Castor, ancienne présidente de l’Université de Floride du sud.

En 2008, la balance penche de nouveau du côté démocrate. Barack Obama remporte la Floride avec 50,9 %, faisant basculer quatre comtés dans le camp démocrate. De son côté, John McCain ne remporte que 48,2 %. Les raisons de la victoire de Barack Obama sont à chercher du côté de l’électorat afro-américain (96 % en sa faveur), latino (57 % pour Barack Obama) et indépendant (52 % pour le candidat démocrate). Cette avance lui permet de remporter des victoires inédites dans les régions de Tampa et d’Orlando, remportées par George Bush quatre ans plus tôt.

En décembre 2008, le sénateur républicain Mel Martinez annonce qu’il ne sera pas candidat à un second mandat et démissionne le 7 août 2009. Charlie Crist, gouverneur républicain de l’État, désigne George LeMieux, son ancien chef de cabinet, pour remplacer Mel Martinez jusqu’à la fin de son mandat, en janvier 2011. De son côté, Charlie Crist annonce sa candidature à l’élection de novembre 2010. Mais il est finalement concurrencé par un candidat soutenu par le Tea Party, Marco Rubio, ancien speaker de la Chambre des représentants de Floride. En avril 2010, Charlie Crist renonce à se présenter à la primaire du GOP et annonce sa candidature en tant qu’indépendant. Longtemps favori des sondages, Charlie Crist perd du terrain face à Marco Rubio, tandis que le démocrate Kendrick Meek est distancé. Marco Rubio est finalement élu avec 48,9 % contre 29,7 % à Charlie Crist et 20,2 % à Kendrick Meek.

En 2010, Charlie Crist n’est pas candidat à sa réélection au poste de gouverneur. Poussé par la vague nationale en faveur de son parti, le républicain Rick Scott lui succède avec 48,9 % des voix contre 47,7 % à la candidate démocrate Alex Sink.

Malgré un tassement, Barack Obama conserve la Floride en 2012, avec tout juste 50 % contre 49,1 % à Mitt Romney. L’État a de nouveau gagné 2 grands électeurs, et fait désormais jeu égal avec New York (qui en a perdu 2), avec 29 grands électeurs.

Deux jours après l’élection, les résultats définitifs ne sont toujours pas connus : en cause, le nombre très important de votes par correspondance (presque 50 % des électeurs de Floride ont voté par correspondance) notamment dans les comtés urbains de Miami Dade, Palm Beach, Broward et Duval. Le vendredi suivant l’élection, les comtés de Palm Beach et Duval sont toujours en train de traiter ces votes émis par correspondance. Cette année encore, la Floride est l’État où le scrutin a été le plus serré.

En 2014, la partie est également très serrée entre le gouverneur sortant, Rick Scott, et son prédécesseur et désormais démocrate depuis décembre 2012, Charlie Crist. Malgré les tentatives juridiques du camp de Charlie Crist pour obtenir une prolongation des opérations de votes dans les comtés de Broward, Palm Beach et Miami-Dade, les démocrates ne remportent que 47,1 % des voix, contre 48,1 % au sortant, qui est donc réélu.

Contre toute attente, alors qu’elle avait réélu très largement son sénateur démocrate Bill Nelson en 2006 et 2012, la Floride fait un virage à droite en 2016. Surprenant, en raison de la part croissante des minorités et de leur vote largement favorable aux démocrates. Beaucoup moins surprenant, quand on sait que la Floride est l’État comptant le plus de personnes âgées de plus de 65 ans, une catégorie de la population votant très largement pour le GOP.

Hillary Clinton en fait les frais : malgré la très forte participation annoncée chez les Afro-Américains et les latinos, elle s’incline, ne récoltant que 47,8 % face aux 49 % de Donald Trump. Alors qu’il remporte largement le nord de l’État, Donald Trump fait basculer quatre comtés ayant voté pour Barack Obama en 2012. Il s’impose dans 14 des 27 districts. Et surtout, il remporte 54 % du vote des Américains d’origine cubaine contre seulement 41 % à Hillary Clinton. Les latinos d’origines autres que cubaine ont, eux, soutenu la démocrate par 71 % contre 26 %.

Avec une marge de 1,2 %, la Floride est le cinquième État le plus serré, après le Wisconsin, le Michigan, le New Hampshire et la Pennsylvanie.

Cette même année, les démocrates espéraient remporter le second siège de sénateur, profitant du retrait de Marco Rubio, qui avait annoncé ne pas se représenter, même en cas d’abandon de sa campagne présidentielle, avant de revenir finalement sur cet engagement. Mais le retour de Marco Rubio – particulièrement attractif pour l’électorat latino – a balayé les espoirs démocrates. Marco Rubio est finalement réélu avec 52 % contre 44,3 % au démocrate Patrick Murphy.

Pire, en 2018, le sénateur démocrate Bill Nelson, en place depuis 2000, est battu par son adversaire GOP Rick Scott, gouverneur sortant. Et les démocrates échouent à récupérer le siège de gouverneur, remporté par Ron DeSantis. Rick Scott s’impose avec 50,06 % des voix contre 49,93 % pour Bill Nelson. De son côté, Ron DeSantis l’emporte avec 49,6 % contre 49,2 % à Andrew Gillum, maire de Tallahassee. Pour la première fois depuis la Reconstruction, le GOP détient les deux sièges de sénateurs.

Et le scrutin de 2020 promet lui aussi d’être serré : au 31 décembre 2019, la Floride comptait 4 986 520 électeurs affiliés comme démocrates (+10 625 par rapport au 31 décembre 2018) soit 36,83 %, contre 4 761 405 électeurs affiliés comme républicains (+42 685 par rapport au 31 décembre 2018) soit 35,17 %. Enfin, 3 641 359 électeurs étaient non affiliés, soit 52 841 de plus qu’un an auparavant.

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