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Gauche, pouvoir et démocratie

02/12/2017 2’
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La Fondation Jean-Jaurès et la Fondation Liber Seregni (Uruguay) ont co-organisé à Montevideo, les 1er et 2 décembre 2017, une première rencontre rassemblant plusieurs fondations progressistes sud-américaines mais aussi européennes, afin de mener une réflexion commune sur l’expérience de la gauche au pouvoir et de tirer conjointement les enseignements d’une conjoncture électorale, politique et peut-être idéologique difficile de part et d’autre de l’Atlantique.

La rencontre de Montevideo entre fondations de gauche – dénominateur réducteur mais commode dans la mesure où il est partagé par les familles concernées quelle que soit leur dénomination officielle et historique – visait à engager un dialogue croisé et une réflexion afin d’essayer de comprendre une dynamique politique et sociale ayant déstabilisé ces dernières années les courants progressistes mais qui, par ailleurs, doit intégrer les exceptions portugaise et uruguayenne.

Dans la lettre envoyée aux fondations invitées, trois questions inscrites dans ce contexte ont été proposées afin de faciliter la réflexion commune :

  • Quelles sont les spécificités des réalités qu’affrontent la gauche et le progressisme dans vos pays respectifs ?
  • Quels sont les différents défis sociaux, politiques et culturels auxquels ils sont confrontés ?
  • Quelles réponses est-il possible d’identifier ?

Une dizaine de fondations ont signalé leur intérêt et leur intention de participer à cette réflexion collective. Neuf étaient finalement présentes : Fondation Friedrich-Ebert (Allemagne), CEMUPRO et I-GEN (Argentine), Fondation Perseu Abramo et Institut Lula (Brésil), Fondation Jean-Jaurès (France) ; Por México Hoy (Mexique) ; Fondation Olof Palme (Suède) ; Fondation Liber Sereni (Uruguay). Les fondations Chile 21 (Chili), Pablo Iglesias (Espagne) et Omar Torrijos (Panama) n’ont pas pu donner suite en raison de contraintes politiques et électorales, ou financières, dans leurs pays respectifs.

Les débats, après un premier tour de table, ont été articulés autour de problématiques relatives à l’information mutuelle en privilégiant le descriptif de dynamiques et de contraintes nationales afin de permettre d’approfondir ultérieurement les échanges sur des thématiques transversales.

Deux tables rondes ont permis de faire un état des lieux : l’une a été consacrée aux conjonctures européennes (allemande, française et suédoise) ; l’autre à celle de pays latino-américains (Argentine, Brésil, Mexique et Uruguay). Une troisième a été consacrée à une première identification de problématiques partagées, un travail et un échange plus approfondis étant renvoyés à une deuxième rencontre en fin d’année 2018.

Un échange particulier, enfin, avec les responsables de diverses composantes du Frente amplio uruguayen a permis de clore le séminaire en débattant de l’une des rares expériences progressistes de gouvernement inscrites dans la durée.

Les constats des uns et des autres sont assez convergents en dépit de l’éloignement géographique, d’expériences et d’héritages culturels, économiques, historiques et sociaux différents : en Amérique latine comme en Europe, les partis progressistes ont gouverné leurs pays respectifs ces dernières années. Ici et là, ils ont posé ou consolidé les bases d’un État solidaire adoptant des mesures voisines, indépendamment de références idéologiques diverses.

Malgré ces différences, les résultats constatés sont très proches les uns des autres, qu’ils aient été mis en œuvre par des gouvernements de « Front Populaire », « d’Union de la gauche », de « Gauche plurielle », de la « Concertation », du « Frente amplio », et de partis sociaux-démocrates, socialistes, travaillistes, du Travail, de Révolution démocratique, de Parti pour la démocratie, d’Alliance pays, du Pôle démocratique, etc. Tous, ou quasiment tous, en Amérique latine comme en Europe, ont aujourd’hui perdu leur hégémonie électorale. Ce qui pose la question d’éventuels dysfonctionnements dans l’exercice du pouvoir. De fait, en dépit de contextes différents en Amérique latine comme en Europe, ils n’ont pas réussi à garder la confiance de la majorité de la population. L’alternance démocratique, qui a suivi des voies diversifiées, témoigne cependant d’un décrochage ou de frustrations de l’électorat traditionnel des partis de gauche.

Ces dernières années, l’hégémonie acquise auparavant par les progressistes est en recul. Ce repli a été brutal, électoralement parlant en Argentine, au Chili, en France, aux Pays-Bas. Les nouvelles caractéristiques économiques et sociales ont déplacé un segment important de l’électorat vers des forces critiques à l’égard des progressistes historiques en panne de réponses face aux nouveaux défis et repliés sur des modes d’organisation contestés. Les instruments partisans, les alliances ont été brisés. Cette conjoncture a cassé l’espace de gauche. Les progressistes se sont séparés en familles antagonistes (Chili, Espagne, France). Les uns se replient sur des postures oppositionnelles contestataires et symboliques, refusant de construire des stratégies d’accession au pouvoir (Chili, Espagne, France). D’autres privilégient la perpétuation aux sommets de l’État, la lutte des places. La gestion du Bien commun est posée comme désidéologisée. Ce qui légitimerait un glissement vers le centre droit (France) ou les alliances subordonnée à des forces de droite (Allemagne, Mexique).

Les conséquences du retour des forces conservatrices au pouvoir, quelles que soient les circonstances locales, ont été dans leur esprit les mêmes : politiques d’austérité budgétaire affectant les dépenses sociales et d’éducation ; accent mis sur le règlement autoritaire et policier des conflits sociaux ; hégémonie culturelle via le contrôle des moyens d’information de masse.

Les situations particulières du Brésil et de l’Uruguay ont fait l’objet d’échanges justifiés par une exceptionnalité porteuse d’effets dominos contradictoires.

  • Au Brésil, mais aussi au Honduras et au Paraguay, les dynamiques ayant permis le retour des libéraux-conservateurs au pouvoir ont débordé celles restées dans le cadre de la légalité en Argentine, au Chili, comme en France ou aux Pays-Bas. Donc, au Brésil comme au Honduras et au Paraguay, la droite est revenue au pouvoir sans passer par la case électorale. Les intervenants brésiliens ont qualifié l’alternance de 2016 dans leur pays de coup d’État parlementaire. Ils ont appelé à la solidarité et à la réflexion pour faire face à un mode d’accaparement du pouvoir, certes sans violence militaire, mais aux conséquences politiques, sociales et économiques identiques à celles d’un coup d’État classique.
  • Au Portugal et en Uruguay, avec des cheminements divers mais concordants in fine, les différentes familles de gauche ont préservé des formes d’unité d’action dans la durée tout en préservant leur identité et leur autonomie. Et, parallèlement, elles acceptent les convergences, parfois difficiles, avec les autres composantes de la gauche, la nouvelle comme l’historique. Ce qui leur a donné une double caractéristique, celle de maintenir une capacité d’action politique progressiste tout en résistant aux pressions de la droite.

Rendez-vous a été pris pour un « Montevideo 2 », l’organisation d’une deuxième rencontre de fondations progressistes en fin d’année 2018.

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