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Géographie du vote Macron à Paris

04/05/2017 2’
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Le premier tour de l’élection présidentielle aurait-il mis en valeur une dichotomie entre deux France – une France urbaine et une France périphérique ? Le cas de Paris semble illustrer ce clivage. Analyse par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach pour l’Observatoire de l’opinion.

Paris semble constituer un cas archétypal pour appréhender la géographie du vote en faveur d’Emmanuel Macron. Au lendemain du premier tour, on a beaucoup insisté, à juste titre, sur la dichotomie entre le visage de ces deux France qui étaient sorties des urnes et qui se regardaient en chiens de faïence : une France urbaine ayant soutenu Emmanuel Macron et une France périphérique, des petites villes, des zones péri-urbaines et des campagnes ayant placé Marine Le Pen en tête. Le cas de Paris illustre ce clivage à merveille dans la mesure où la capitale a accordé près de 35 % au leader d’En Marche !, soit plus de 10 points au-dessus de sa moyenne nationale et son meilleur score de toutes les grandes villes. Ce soutien massif des Parisiens le place largement en tête quand, dans le même temps, sa rivale du second tour ne parvenait pas à franchir la barre symbolique des 5 % et enregistrait ainsi dans la plus grande ville de France l’un de ses plus mauvais résultats nationaux. La difficulté rencontrée par la candidate frontiste dans les métropoles se trouve ainsi exacerbée avec une audience marginale et en recul à Paris (alors qu’elle progresse de plus de 3 points au plan national) qui la relègue en cinquième position derrière Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, qui avec 10 % enregistre un score deux fois supérieur à celui de Marine Le Pen, ce qui au plan départemental est unique en France.


La carte du vote Macron par arrondissements et bureaux de vote renforce et illustre encore l’idée d’un candidat particulièrement soutenu par le cœur des métropoles. Ce vote atteint ainsi son intensité la plus importante dans la partie centrale de la capitale avec les scores les plus élevés dans le 3e arrondissement, dans une partie de 2e, du 8e et du 11e. Puis tout en restant à un niveau important, il perd en puissance quand on s’éloigne de cet épicentre. En direction du nord, on descend d’un palier quand on franchit les faubourgs qui marquent la frontière avec le 20e, le 19e et une partie du 18e arrondissement. Le score d’Emmanuel Macron décline de nouveau progressivement dans ces arrondissements pour atteindre son point bas dans les bureaux de vote situés le long du périphérique et qui correspondent aux quartiers de logements HBM (Habitats à bon marché de l’entre-deux-guerres) où réside une population modeste. Dans le sud de Paris, c’est également dans le liseré de bureaux bordant le périphérique que Emmanuel Macron enregistre ses moins bons résultats. On notera au passage que la carte du vote Macron est le négatif quasi-parfait du vote Le Pen, la candidate frontiste atteignant ses moins mauvais scores sur le pourtour de la capitale et son plus faible niveau dans son cœur. L’opposition centre/périphérie entre ces deux votes se vérifie donc de manière emblématique à l’échelle des bureaux de vote parisiens.
 


À cette ligne de clivage centre/périphérie répond une autre division traditionnelle de la capitale entre les arrondissements de l’ouest acquis à la droite, et ceux de l’est fidèles à la gauche. Une fois encore, le cas parisien permet de bien saisir la nature de ce vote nouveau qu’est le vote Macron. Le leader d’En Marche ! s’est en effet positionné comme un candidat central. Or dans le cas de la géographie électorale parisienne, cette position centrale sur l’échiquier politique a correspondu à une aire géographique elle aussi centrale au sens spatial du terme. On constate en effet que la zone de force maximale du vote Macron est comprise de l’est du 17e et de Montmartre au nord au bas du 14e arrondissement au sud en passant par le 9e, le 10e, le 11e et les six premiers arrondissements. Mais si de par sa capacité à mordre sur les différents électorats Emmanuel Macron obtient des scores significatifs partout dans Paris, c’est dans cette large coulée centrale que ses résultats ont été les plus significatifs. Or ce couloir central correspond à la zone de friction entre le bloc conservateur de l’ouest, qui a massivement soutenu François Fillon, et les arrondissements de l’est parisien dont les habitants ont tout aussi massivement choisi de voter pour Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Il est d’ailleurs intéressant de noter dans une logique de gradient à la fois géographique et politique que ce dernier atteint ses meilleurs résultats dans des bureaux de vote qui jouxtent les bastions « macroniens » et que quand on progresse encore davantage vers la périphérie dans le nord et l’est parisien, c’est Jean-Luc Mélenchon qui prend l’ascendant comme si la radicalité gagnait en intensité au fur et à mesure où l’on s’éloignait du cœur de la capitale.

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