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Illinois : « Swing State » devenu fief démocrate

16/07/2020 9’
Renan-Abhinav Moog Renan-Abhinav Moog
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Malgré le contexte sanitaire très critique aux États-Unis, la campagne électorale se poursuit et le retrait des primaires démocrates de Bernie Sanders a fait de Joe Biden l’adversaire de Donald Trump en novembre prochain. À l’approche du scrutin, Renan-Abhinav Moog propose une analyse électorale historique de différents États, afin de saisir les rapports de force politiques locaux, décisifs quant à l’issue du scrutin fédéral. Après le Vermont, l’Alaskala Floride, le Texas, la Californie et le Wyoming, septième étape en Illinois.

Connu pour être l’État d’élection de Barack Obama et un fief démocrate, l’Illinois a pourtant été pendant de longues décennies un Swing State par excellence. Aussi, s’il a voté démocrate lors des sept derniers scrutins présidentiels, sur les cinquante élections auxquelles il a participé, les démocrates et les républicains en ont remporté chacun 24.

Jusqu’en 2000 – et son vote en faveur d’Al Gore, tandis que George W. Bush s’imposait nationalement –, l’État a voté 39 fois sur 45 pour le vainqueur du scrutin présidentiel. De 1864 à 1996, l’État a suivi le vote du pays à chaque scrutin, 1884, 1916 et 1976 exceptés.

La conquête de l’État par les démocrates repose intégralement sur le comté de Cook, où se trouve Chicago. Avec 5,1 millions d’habitants, c’est le deuxième comté le plus peuplé du pays, derrière celui de Los Angeles. Il rassemble plus de 40 % des habitants de l’État. À lui seul, Cook County est plus peuplé que 28 États et que les sept États les moins peuplés réunis.

Il est bordé de cinq comtés – DuPage (2e comté en terme de population), Kane (5e), Lake (3e), McHenry (6e) et Will (4e) – qui font partie de l’aire urbaine de Chicago et qui sont surnommés les collar counties. Réunissant plus de 3,1 millions d’habitants, ils représentent près de 25 % de la population de l’Illinois.

Alors que Chicago penche largement en faveur des démocrates, les cinq collar counties ont longtemps favorisé le GOP (Grand Old Party, Parti républicain). Ainsi, McHenry n’a voté qu’une seule fois pour un candidat démocrate entre 1892 et 2016 : c’était en 2008, pour Barack Obama. DuPage et Kane n’ont jamais voté pour un démocrate entre 1892 et 2008 mais ont voté pour Barack Obama et Bill Clinton. Sur la même période, Lake a voté démocrate en 1964, 1996 et depuis 2008, tandis que Will a favorisé les démocrates lors de deux scrutins supplémentaires, en 1932 et 1936.

Troisième État le plus peuplé lors des recensements de 1930 et 1940, il a perdu une place en 1950 – lorsque la Californie a pris la deuxième place – puis une nouvelle en 1960 – dépassé par le Texas. En 1990, il est passé à la sixième place, dépassé par la Floride, avant de regagner une place en 2000 en passant devant la Pennsylvanie. Il devrait toutefois retrouver la sixième place en 2020, car sa population tend à diminuer, tandis que celle de la Pennsylvanie augmente légèrement.

Bordé à l’ouest par le Mississippi – qui lui sert de frontière avec l’Iowa et le Missouri – et au nord-est par le lac Michigan, l’Illinois a des ressources très diversifiées, ce qui lui permet d’être la cinquième économie du pays. Chicago est une place financière de premier choix et abrite les sièges de nombreuses multinationales, parmi lesquelles Boeing, Kraft Heinz, McDonald’s, United Airlines, Motorola, Mondelez et Caterpillar, auxquelles s’ajoutent John Deere, implanté à Moline. Le centre et le Nord de l’État sont très agricoles et produisent notamment du maïs et du soja, tandis que le Sud exploite de nombreuses ressources – comme le charbon et le bois – et raffine du pétrole.

L’Illinois, s’il a voté à quatre reprises pour Franklin D. Roosevelt, l’a toutefois fait avec des marges réduites en 1940 (51 %) et en 1944 (51,5 %). Alors qu’il disposait de 29 grands électeurs dans les années 1930, l’État en a perdu un, suite au recensement de 1940. En 1948, Harry Truman s’est imposé de justesse face à Thomas Dewey, remportant 50,1 % des voix contre 49,2 % à son adversaire républicain. Par ailleurs, alors qu’il était représenté par deux sénateurs démocrates depuis 1932 (James Hamilton Smith, élu en 1930, et William Dieterich, élu en 1932), l’Illinois a élu de nouveau un sénateur GOP à partir de novembre 1940, suite au décès en 1939 de James Lewis. Après avoir récupéré ce siège en 1948, avec la victoire de Paul Douglas sur le sortant, Charles Brooks, les démocrates ont perdu le second siège de sénateur en 1950, lorsque le républicain Everett Dirksen a battu le sortant Scott Lucas, élu depuis 1938.

Après deux nettes victoires de Dwight D. Eisenhower en 1952 et 1956 – alors que le candidat démocrate, Adlai Stevenson, était son ancien gouverneur –, l’État a été particulièrement disputé en 1960. À l’issue d’une partie très serrée, John F. Kennedy l’a finalement emporté avec 8858 voix d’avance sur plus de 4,75 millions de voix, récoltant 49,98 % des voix contre 49,8 % à Richard Nixon. L’élection de 1960 a été particulièrement serrée sur le plan national. Les médias – quarante ans avant le cafouillage de 2000 en Floride – ont notamment déclaré John Kennedy vainqueur dans l’Ohio et la Californie avant de se rétracter. Richard Nixon – vice-président sortant – a fait la course en tête dans l’Illinois tout au long de la soirée électorale. Toutefois, en milieu de nuit, alors que les résultats de Chicago tombaient, John Kennedy a fini par le rattraper puis par le dépasser. Prévenu de soupçons de fraudes – en faveur des démocrates – dans au moins deux États clés, le Texas et l’Illinois, Richard Nixon n’a pas voulu contester l’élection. Deux jours après le scrutin, le sénateur GOP de l’Illinois, Everett Dirksen, a, le premier, évoqué les fraudes électorales à Chicago, en les imputant au maire de la ville, Richard Daley. Mais Richard Nixon, exténué par la campagne passée, n’a pas souhaité se battre devant les tribunaux pour avoir gain de cause et le lendemain, son attaché de presse, Herb Klein, a déclaré qu’il acceptait la décision des électeurs.

John Kennedy n’a remporté que 9 des 102 comtés de l’État. Outre Cook County (Chicago), il s’est imposé à St. Clair, Madison, Macoupin et Clinton, quatre comtés contigus et appartenant à l’aire métropolitaine de St. Louis, dans le Missouri, à Rock Island, situé dans le Nord-Ouest et dont la plus grande ville, Moline, située au bord du Mississippi, abrite le siège de John Deere, et à Christian, comté rural situé au centre de l’État. Enfin, John Kennedy est arrivé en tête dans deux comtés de la Little Egypt – surnom donné au tiers sud de l’Illinois –, Gallatin (où l’Ohio se jette dans le Mississippi) et Alexander (où se réunissent les rivières Wabash et Ohio). Cette victoire lui a permis de remporter les 27 grands électeurs de l’État. Conjointement à l’élection de John Kennedy, les démocrates ont également récupéré le siège de gouverneur, perdu en 1952 suite au retrait d’Adlai Stevenson. Leur candidat, Otto Kerner, remporte 55,5 % des voix contre 44,3 % au sortant GOP William Stratton. De son côté, le sénateur Paul Douglas est élu pour un troisième mandat, avec 54,6 % des voix contre 45,2 % à son adversaire républicain.

En 1964, alors que l’Illinois passe à 26 grands électeurs, la victoire de Lyndon B. Johnson est beaucoup plus large. Le président sortant remporte 59,5 % des voix contre 40,5 % à Barry Goldwater, lequel ne s’impose que dans 23 comtés – dont DuPage (59,9 %), McHenry (55,5 %) et Kane (53,3 %) – contre 79 à Lyndon B. Johnson, qui s’impose notamment à Lake (51,6 %), Will (56,3 %), Cook (53,2 %) et St. Clair (72,4 %).

Malgré cette large victoire, les démocrates ne remporteront plus l’Illinois jusqu’en 1992. De son côté, le gouverneur démocrate Otto Kerner est réélu avec toutefois une majorité réduite ; il ne remporte que 51,9 % face au candidat républicain, Charles Percy.

Ce dernier se présente à nouveau en 1966 contre le sénateur démocrate sortant Paul Douglas, candidat à un quatrième mandat, et le bat largement, obtenant 54,9 % contre 43,9 % seulement à Paul Douglas. L’Illinois est désormais représenté par deux sénateurs GOP.

En 1968, alors que la Convention nationale démocrate a été organisée à Chicago – provocant des manifestations contre la guerre du Vietnam, très violemment réprimées à la demande du maire, Richard Daley[1] –, Richard Nixon prend sa revanche sur sa victoire volée huit ans plus tôt. Avec 47,1 % des voix, il dépasse le vice-président sortant, Hubert Humphrey, qui ne remporte que 44,2 %. Enfin, George Wallace[2] obtient 8,5 %, dans un État dont le tiers sud était très proche de la Confédération durant la guerre de Sécession.

Hubert Humphrey ne s’impose que dans 12 comtés, dont Cook (50,6 %), St. Clair (50,3 %), Macoupin (46 %), Madison (45,9 %). De son côté, George Wallace obtient 20,8 % à Alexander, 17,6 % à Pulaski, 15,1 % à St. Clair et 14,8 % à Madison, tous situés dans la Little Egypt. Sans surprise, Richard Nixon remporte facilement les collar counties : il obtient 66,6 % à DuPage, 66,2 % à McHenry, 61,9 % à Kane, 56,6 % à Lake et 49,3 % à Will. Alors que Lyndon Johnson disposait d’une marge de 641 463 votes à Chicago en 1964, la marge de victoire de Humphrey n’est que de 220 823 suffrages.

Le gouverneur Kerner a démissionné en mai 1968, afin d’être nommé par le président Johnson à la Cour d’appel des États-Unis pour le septième circuit (Illinois, Indiana et Wisconsin). Il est remplacé par son lieutenant-gouverneur[3], Samuel Shapiro, qui, candidat à sa réélection, est toutefois battu par le républicain Richard Ogilvie, qui remporte 51,2 % des voix.

Décédé en septembre 1969, Everett Dirksen est remplacé au Sénat par Ralph Tyler Smith jusqu’à l’élection partielle de novembre 1970. Cette élection est très largement remportée par le candidat démocrate, Adlai Stevenson III, fils de l’ancien gouverneur, Adlai Stevenson II, où il obtient 57,4 % contre 42,2 % au sénateur sortant et remporte ainsi un mandat de deux ans au Sénat – pour finir le mandat de Dirksen.

En 1972, une vague rouge déferle sur l’Illinois. Avec 59 % des voix, Richard Nixon s’impose dans 101 comtés sur 102. Seul Jackson County, situé dans le sud de l’État, lui préfère le démocrate George McGovern. Ce comté, où se trouve la Southern Illinois University, avait pourtant voté pour Richard Nixon quatre ans plus tôt. En dehors du South Dakota, État de McGovern, seuls quatre comtés ont voté pour le candidat démocrate en 1972 alors qu’ils avaient été remportés par Richard Nixon en 1968[4]. Celui-ci s’impose même dans les fiefs démocrates de St. Clair (51,5 %) et Cook (53,4 %). Toutefois, la vague Nixon n’empêche pas la défaite du gouverneur Ogilvie, qui s’incline avec seulement 49 % contre 50,7 % au démocrate Dan Walker.

La partie est extrêmement serrée en 1976 entre Gerald Ford et Jimmy Carter mais tourne à la faveur du premier. Avec 50,1 % des voix et 92 974 voix d’avance, le président sortant remporte les 26 grands électeurs de l’État. Jimmy Carter remporte deux comtés du Nord : Cook et Alexander, et s’impose dans la majorité des comtés du Sud rural. Mais Gerald Ford est sauvé par ses marges de victoire dans les collar counties, qu’il remporte aisément : 68,8 % à DuPage, 67,5 % à McHenry, 62,2 % à Kane, 60,3 % à Lake et 63,9 % à Will. Rien qu’à DuPage, il distance Jimmy Carter de près de 103 000 voix, soit plus que sa marge de victoire à l’échelle de l’État.

Le gouverneur Dan Walker, candidat à sa réélection, est battu lors de la primaire démocrate par Michael Howlett. Toutefois, Howlett est largement distancé par le candidat républicain, James Thompson, qui devient gouverneur avec 64,7 % des suffrages. Son mandat n’est toutefois que de deux ans, l’Illinois ayant changé son calendrier afin d’élire son gouverneur lors des Midterms et non lors du scrutin présidentiel. James Thompson, réélu en 1978, 1982 et 1986, reste à la tête de l’Illinois durant quatorze ans.

En 1980, Ronald Reagan ne remporte que 49,7 % des suffrages, concurrencé par l’ancien républicain devenu indépendant, John Anderson, élu de l’Illinois, qui récolte 7,3 % dans son Home State. Il distance toutefois assez largement Jimmy Carter, qui n’obtient que 41,7 %. Jimmy Carter ne remporte que trois comtés : Cook – avec 268 000 voix d’avance –, Alexander (51,5 %) et St. Clair (49,7 %). La victoire de Ronald Reagan ne permet toutefois pas aux républicains de récupérer le siège abandonné par Adlai Stevenson III, non candidat à sa succession. C’est le démocrate Alan Dixon qui est élu, avec 56 % contre seulement 42,5 % au candidat républicain, Dave O’Neal.

Deux ans plus tard, les démocrates manquent de très peu de détrôner le gouverneur James Thompson. Ce dernier est finalement réélu avec 49,4 % contre 49,3 % au démocrate Adlai Stevenson III. Seulement 5074 voix séparent les deux candidats sur plus de 3,67 millions de suffrages.

En 1984, l’Illinois – qui n’avait pas perdu de grands électeurs après le recensement de 1970 – en perd deux, passant de 26 à 24. Le président sortant distance son opposant démocrate, Walter Mondale, avec 56,2 % contre 43,3 %. Walter Mondale ne remporte que 5 comtés, dont Cook (51 %) et St. Clair (50,2 %). De son côté, Ronald Reagan s’impose largement dans les collar counties, et dépasse les 70 % dans deux d’entre eux, McHenry (76,2 %) et DuPage (75,7 %).

Réélu largement sénateur en 1972 (62,2 %) et plus modestement (53,3 %) en 1978, Charles Percy est battu par le démocrate Paul Simon, au terme d’une campagne particulièrement rude, n’obtenant que 48,2 % contre 50,1 % à son adversaire, soit une différence d’un peu plus de 89 000 voix. Malgré sa performance dans les collar counties, Charles Percy est dépassé par Paul Simon dans le sud de l’État et Cook County offre à son adversaire plus de 300 000 voix d’avance.

En 1988, le démocrate Michael Dukakis regagne du terrain face à George H. Bush ; arrivant en tête dans 31 comtés, il obtient 48,6 % contre 50,7 % au vice-président sortant. Cook County, qu’il remporte avec 55,8 %, lui procure plus de 251 000 voix d’avance, ce qui est toutefois insuffisant pour battre George Bush, lequel obtient près de 124 000 voix d’avance à DuPage, largement plus que son avance au niveau de l’État, 94 999 suffrages.

En 1990, alors que les démocrates fondaient beaucoup d’espoirs dans l’élection du gouverneur, après le retrait du sortant républicain, James Thompson, c’est toutefois un autre républicain, Jim Edgar, qui est élu avec 50,7 % des voix. Après le recensement de 1990, l’Illinois perd encore deux grands électeurs et n’en conserve que 22.

Alors que l’État n’avait pas voté démocrate depuis 1964, Bill Clinton profite de la candidature de Ross Perot pour remporter l’Illinois en 1992. Il remporte 48,6 %, contre seulement 34,3 % au président sortant et 16,6 % à Ross Perot. Cette fois, Bill Clinton bénéficie de 644 000 voix d’avance à Cook County. Il fait également basculer Will, collar county situé au sud de Chicago, qu’il remporte avec 39,2 % contre 38,4 % à George Bush et 21,6 % à Ross Perot.

La percée démocrate de 1992 n’empêche pas Jim Edgar d’être très largement reconduit en 1994. Surfant sur la vague de la Republican Revolution, il obtient 63,9 %.

Réélu triomphalement sénateur en 1986, avec 65,1 %, Alan Dixon est défié, lors de la primaire démocrate, par Carol Moseley Braun, ancienne représentante de l’Illinois. Libérale et afro-américaine, Moseley Braun crée la surprise en remportant 38,3 % des suffrages contre seulement 34,6 % à Dixon, affaibli par la candidature du conservateur multimillionnaire, Albert Hofeld, qui obtient 27,1 % des voix. Le jour de l’élection générale, Moseley Braun est confortablement élue, remportant 53,3 %, soit dix points d’avance sur son adversaire républicain et devenant ainsi la toute première sénatrice afro-américaine de l’histoire des États-Unis

De nouveau candidat, Bill Clinton remporte largement l’Illinois en 1996. Il s’impose avec 54,3 % contre seulement 36,8 % à Bob Dole et 8 % à Ross Perot. Ce score est en grande partie dû à sa percée à Chicago, où il obtient 66,8 %, soit plus de 1,15 million de voix et 691 700 voix d’avance. Plus serrée qu’en 1994, l’élection du gouverneur tourne tout de même à l’avantage des républicains. Avec 51 % des voix contre 47,8 % à son adversaire démocrate, George Ryan succède à Jim Edgar. Du côté du Sénat, la succession de Paul Simon, qui ne se représentait pas après deux mandats, s’effectue sans encombre. Le démocrate Dick Durbin est élu avec 56,1 % contre 40,7 % au républicain Al Salvi.

Deux ans plus tard, la partie est moins facile pour Carol Moseley Braun, dont le mandat puis la campagne ont été émaillés de controverses : enquête sur son compte de campagne en 1993, rencontre avec le dictateur nigérian Sani Abacha en 1996, alors que les États-Unis avaient adopté des sanctions contre le Nigeria, utilisation du mot « nègre » en septembre 1998[5]. Elle est finalement battue par le républicain Peter Fitzgerald, qui obtient 50,4 %. Grâce à sa large victoire à Chicago, Carol Mosely Braun limite néanmoins les dégâts en obtenant 47,4 %.

L’absence de Ross Perot en 2000 profite aux républicains, mais ne leur permet pas de renverser une tendance pro-démocrate. Ainsi, Al Gore remporte 54,6 % des voix contre seulement 42,6 % à George W. Bush. L’Illinois devient ainsi un des États les plus démocrates du Midwest et de la Rust Belt. Pour la première fois depuis 1980, l’Illinois ne vote pas pour le candidat vainqueur au niveau national. Al Gore remporte 68,6 % des voix à Cook County, avec une avance de 746 000 voix, soit plus que sa marge au niveau de l’État, qui n’est que de 570 000 suffrages. Il s’impose dans 11 des 20 districts congressionnels, dont les 10e (parties de Cook et de Lake) et 11e (petite portion de Cook County et zones rurales au sud de Chicago) qui ont un représentant républicain. De son côté, George W. Bush remporte 54 % dans le 19e district, pourtant représenté par un démocrate. Ce district, rural, rassemble les comtés du sud-est de l’État, situés dans la Little Egypt.

En 2002, Jim Ryan est nettement battu par le démocrate Rod Blagojevich, qui obtient 52 % et le distance de plus de 236 000 voix. Rod Blagojevich devient ainsi le premier gouverneur démocrate de l’État depuis 1976. Le même jour, le démocrate Dick Durbin est largement réélu au Sénat, avec 60,3 %.

John Kerry améliore le score d’Al Gore, en obtenant 54,8 % des voix en 2004, alors que l’Illinois ne dispose plus que de 21 grands électeurs. Il dépasse les 70 % à Cook et remporte 14 autres comtés. Si George W. Bush remporte l’intégralité des collar counties, ses scores y sont néanmoins beaucoup moins élevés qu’en 2000. Ainsi, il n’obtient que 50,5 % à Lake, 52,4 % à Will, 54,4 % à Dupage et 54,9 % à Kane. Seul McHenry, avec 59,7 %, reste solidement ancré dans le camp républicain. John Kerry s’impose dans 10 des 19 districts et notamment dans le 10e dont le représentant est républicain. George Bush remporte le 8e district, dont le représentant GOP sortant, Phil Crane, est pourtant battu par la démocrate Melissa Bean. Phil Crane ne remporte que 48,3 % tandis que Bush obtient 56 %. Cette même année, l’élection sénatoriale permet l’émergence d’un jeune démocrate, un certain Barack Obama. Ce dernier, sénateur de l’Illinois, remporte largement la primaire, avec 52,8 % contre sept autres candidats. La primaire républicaine est remportée par Jack Ryan, mais ce dernier doit renoncer en septembre, suite à un scandale sexuel en lien avec son divorce. Il est remplacé par le conservateur et afro-américain Alan Keyes. C’est le premier scrutin de toute l’histoire américaine à voir s’opposer deux candidats afro-américains. Barack Obama s’impose très largement et remporte 70 % des voix contre 27 % à Alan Keyes.

Réélu largement en 2006, avec 49,8 % contre 39,3 % à la républicaine Judy Baar Topinka et 10,4 % au vert Rich Whitney, Rod Blagojevich ne profite pas longtemps de son second mandat. En décembre 2008, il est inculpé pour corruption par un procureur fédéral. Une procédure d’impeachment est votée par l’Assemblée générale de l’Illinois et il est destitué en janvier 2009. Il a notamment reconnu avoir monnayé le siège laissé vacant au Sénat par Barack Obama, après son élection à la Maison Blanche en novembre 2008 – les vacances au Sénat étant palliées par des nominations incombant aux gouverneurs.

En 2008, le candidat démocrate est bien connu des électeurs de l’Illinois, puisqu’il les représente au Sénat depuis janvier 2005. Barack Obama s’impose très largement en obtenant 61,9 % des voix contre seulement 36,8 % à John McCain. Pour la première fois, les démocrates dépassent les 75 % à Cook County, ce qui procure une avance de 1,14 million de voix à Barack Obama, lequel est également le premier à s’imposer dans les cinq collar counties. Le nouveau président remporte ainsi 59,3 % des voix à Lake, 56 % à Will, 55,2 % à Kane, 54,7 % à DuPage et 51,9 % à McHenry. Il s’impose dans 16 des 19 districts congressionnels, dont les 6e, 10e, 11e et 16e qui ont un représentant GOP. Les démocrates s’imposent d’ailleurs dans le 11e où Debbie Halvorson profite du retrait du sortant Jerry Weller, élu depuis 1994. Les démocrates avaient également remporté le 14e district lors de l’élection partielle organisée le 8 mars 2008 suite à la démission du sortant GOP, Dennis Hastert.

Deux ans plus tard, malgré le scandale de corruption ayant entaché son prédécesseur, Pat Quinn est réélu gouverneur pour un mandat complet. L’élection est toutefois très serrée, ne remportant que 46,6 % contre 46,1 % au républicain Bill Brady, soit un peu plus de 19 000 voix d’avance sur près de 3,7 millions de votes.

Toutefois, les démocrates perdent le siège de sénateur jadis occupé par Barack Obama. En effet, deux élections sont organisées le 2 novembre 2010 : une élection partielle, destinée à désigner le sénateur devant terminer le mandat de Barck Obama (donc de novembre 2010 à janvier 2011)[6] et une élection générale pour désigner le sénateur devant siéger pour la législature future, de janvier 2011 à janvier 2017. Après un dépouillement très serré, c’est le républicain Mark Kirk qui remporte les deux scrutins : il obtient 47,3 % des voix pour l’élection partielle contre 46,3 % au démocrate Alexi Giannoulias, et 48 % à l’élection générale, contre 46,4 % à son concurrent. À noter la performance du candidat vert, qui obtient respectivement 3,7 % et 3,2 % des voix, soit autour de 120 000 voix, tandis que la marge de victoire de Mark Kirk n’est que de 59 220 voix.

En 2012, Barack Obama recule légèrement et n’obtient plus « que » 57,6 % contre 40,7 % à Mitt Romney, ce qui lui permet donc de remporter les 20 grands électeurs de l’État. Alors qu’il obtient 74 % des voix à Cook County et ne perd qu’un seul collar county, McHenry, son recul se fait principalement dans les deux-tiers sud de l’État, c’est-à-dire les zones les plus rurales. Pat Quinn, devenu gouverneur en janvier 2009, est encore éligible en 2014. Il est toutefois battu par le républicain Bruce Rauner, qui obtient 50,3 % contre 46,4 % au sortant.

Hillary Clinton, de son côté, n’obtient que 55,8 % des voix en 2016, mais elle distance toutefois très largement Donald Trump, à 38,8 %. Gary Johnson, candidat libertarien, obtient 3,8 %, et l’écologiste Jill Stein, 1,4 %. Hillary Clinton s’impose dans 11 des 18 districts, dont le 6e, représenté par le GOP Peter Roskam, et le 10e, où Brad Schneider – qui représentait le district entre 2013 et 2015 avant d’être battu par le républicain Bob Dold, lui-même déjà élu entre 2011 et 2013 – prend sa revanche sur son tombeur. De son côté, Trump s’impose dans le 17e district, représenté par la démocrate Cheri Bustos, et qui comprend les zones rurales du nord-ouest de l’État, ainsi que Moline et son agglomération. Les démocrates se consolent en récupérant le second siège de sénateur, grâce à la victoire – avec 54,9 % des voix – de Tammy Duckworth, vétéran de la guerre en Irak, face au sortant Mark Kirk, qui n’obtient que 39,8 %.

En 2018, les démocrates lavent l’affront de 2014 en récupérant le poste de gouverneur. Leur candidat, J.B. Pritzker, s’impose en effet largement, récoltant 54,5 % des voix contre 38,8 % au sortant, Bruce Rauner.

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