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L’Union européenne, l’Ukraine et le gaz russe

03/09/2014 2’
Collectif d’experts « Énergie et développement durable »
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Quelles sont les interdépendances entre l’Europe, la Russie et l’Ukraine pour l’approvisionnement en gaz du continent européen ? Alors que la situation en Ukraine se détériore, le collectif d’experts sur l’énergie et le développement durable de la Fondation analyse cet enjeu majeur.

L’Union européenne et la Russie sont depuis longtemps interdépendantes sur le gaz et le pétrole. La Russie occupe le premier rang mondial des exportateurs d’hydrocarbures, aussi bien pour le pétrole que pour le gaz. Ces exportations sont vitales pour le pays. Le budget de la Russie dépend officiellement à 50 % des revenus générés par le pétrole et le gaz, un pourcentage officieusement plus important. Quant à l’Europe, elle reçoit 27 % de son gaz de la Russie (125 Gm3 en 2013), 32 % de son pétrole. Cela représente pour la Russie 56 % de ses exportations de pétrole et 84 % de ses exportations de gaz.

Si des sources alternatives à la Russie sont envisageables pour le pétrole, c’est plus compliqué pour le gaz. Le gaz est par nature plus difficile à transporter. Son prix de transport représente donc une part importante de son prix.

Pourquoi l’Ukraine reste-t-elle si importante pour l’approvisionnement en gaz de l’Europe ? Le gaz russe transite vers l’Europe par l’Ukraine, et ce à 80 % jusqu’à récemment. Elle est elle-même un client de la Russie. Les prix d’achat sont inférieurs aux prix de marché mondiaux – ce qui est un moyen de pression auquel recourt la Russie pour peser lors de crises politiques intérieures majeures, en 2004 avec la Révolution orange et récemment avec la « révolution de Maïdan ». Cela a pu aller jusqu’à des coupures de gaz en Europe, comme en 2009 ; mais de manière générale, les livraisons russes vers l’Europe continuent d’être honorées à ce jour.

Le gaz russe peut-il contourner l’Ukraine ? C’est en partie déjà le cas. Le gazoduc Nord Stream via la Baltique achemine jusqu’à 55 Gm3/an de gaz russe ; 33 Gm3/an de gaz russe destiné à l’Europe passent par la Biélorussie et la Pologne. Les gazoducs South Stream par la Mer Noire et la Bulgarie, et Blue Stream passant par la Turquie et l’Adriatique, acheminent pour l’instant 16 Gm3/an de gaz russe. Ils pourraient à terme faire disparaître le transit ukrainien du gaz. L’achèvement du projet prévu pour 2019 est suspendu à cause des sanctions européennes et américaines contre la Russie. Il a récemment provoqué la démission du gouvernement de coalition en Bulgarie.

L’Europe peut-elle remplacer le gaz russe ? Réduire la consommation de gaz est une option. Le gaz pâtit en Europe par rapport au charbon de contraintes structurelles – plus difficile à transporter – mais aussi conjoncturelles – des prix élevés par rapport à l’abondance de charbon bon marché, bien que plus émetteur de CO2. Diversifier les approvisionnements demande du temps, des financements, et pose d’autres problèmes géostratégiques (transit par la Mer Caspienne et l’Iran notamment).

La Russie peut-elle se passer de son client européen ? La crise ukrainienne aura été pour la Russie l’occasion de mettre en place une collaboration avec la Chine qui lui permet la diversification, tant recherchée, de ses débouchés. Il reste que cette évolution n’échappera pas à des contraintes financières et temporelles fortes. Pour la Russie également, les clients européens restent indispensables.

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