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La France est-elle finie ?

21/03/2011 22’
Jean-Pierre Chevènement, Laurent Bouvet
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Jean-Pierre Chevènement débat de son livre La France est-elle finie ? (Fayard, 2011) lors d’une Cité des livres animée par Gilles Finchelstein et Laurent Bouvet.

 

 

Sans répondre directement à la question posée dans le titre – titre dont il préférait d’ailleurs la version latine « Finis Francia ? » – ce belfortain d’origine a exprimé certaines de ses inquiétudes quant à l’avenir de la patrie, mais aussi – surtout – quant à son passé. A ses yeux, le socialisme n’a jamais été qu’un « rève » en France, surtout pendant la présidence de Mitterrand, ce qui provoque chez lui une « déception fondamentale ». De surcroît, il s’est dit « désolé de la France que nous allons laisser aux générations futures ». Dès le début de la présentation donc, le ton et le cadre de réflexion sont donnés : la France va « de gouffre en gouffre », a minima depuis 1983.
L’historien Chevènement est là pour le déplorer et... c’est tout ! Première cible de la mémoire chevènementiste et, en même temps, paravent d’un discours plus anecdotique que réellement historique : François Mitterrand. Il est décrit comme « un chef » qui « a réuni la gauche parce qu’il ne venait pas de la gauche » ; un chef à qui le fondateur du C.E.R.E.S. n’avait pas peur de « s’opposer ». Sur ce dernier point, on agréera que Mitterrand a toujours témoigné d’une certaine reconnaissance à l’endroit de cet homme qui avait favorisé, sinon permis, son intronisation à la tête du nouveau Parti socialiste (ex-SFIO) en 1971 au congrès d’Epinay. Cela dit, tout en restant fidèle au président – « il pouvait compter sur moi dans tous les coups durs » – Jean-Pierre Chevènement a démissionné à deux reprises de ses charges ministérielles , et, à nouveau en 2000, du gouvernement Jospin pour dénoncer les accords de Matignon sur la Corse et l’instauration d’un parlement autonome dans l’Ile de Beauté. Il a par ailleurs quitté le Parti socialiste en 1993 après avoir combattu, en vain, la ratification du traité de Maastricht voulue par Michel Rocard, et « la dérive gestionnaire » de l’Europe qui devait en découler. Tout au long de sa carrière politique, Jean-Pierre Chevènement est donc resté fidèle à cette phrase prononcée en 1983, au lendemain de sa première démission : « Un ministre, ça ferme sa gueule, si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ».
Esprit libre donc, mais aussi grand patriote, Jean-Pierre Chevènement ne parle pas de la patrie ou de la nation sans que l’on sente poindre chez lui un léger frémissement ou une excitation difficilement contenue. Ce sont en effet deux termes – et deux thèmes – qui lui sont chers, et nombre de ses combats politiques en témoignent : opposition à la construction européenne , et notamment au Traité de Luxembourg (1970) et au Traité de Maastricht (1992), à « l’économicisme » européen, à la Banque Centrale Européenne (BCE), à la monnaie commune… Sans détour et avec un certain sens du passéisme, il affirme que « sans l’Etat, la démocratie n’a pas de bras » - comprendre ici sans l’Etat-nation, sans ce cadre formel en passe d’être rattrapé et disloqué par la mondialisation autant que par les régionalismes. Economiquement parlant, il pourfend le modèle néolibéral, dont Mitterrand, encore lui, avait caché l’avènement « dans les plis du drapeau européen ».Cela dit, Jean-Pierre Chevènement est aussi un homme tourné vers l’avenir, un homme qui s’engage (même modestement) et propose des idées (à rebours de l’histoire en cours… ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose). Il voudrait par exemple que la BCE puisse racheter les dettes nationales des pays européens, comme elle l’a timidement fait avec la Grèce, et qu’on abandonne les pactes de stabilité et de compétitivité. Il admet cependant que l’on ne peut plus se départir de l’euro, malgré sa « conception initiale stupide ». Encore un mot à propos de ses camarades socialistes :
- Strauss-Kahn, il s’est trompé, « on ne fera pas de l’Europe une nation ».
- Jospin, « Y’avait que ça en magasin ! ».
- Et, le meilleur pour la fin, Elisabeth Guigou, « je l’aime beaucoup, j’ai peut-être eu un faible pour elle… »
Et pour conclure, la recette du chef lui-même pour faire une bonne « chevènementade » à la sauce MRC : un peu de critique marxiste, beaucoup de vision républicaine, un zeste de Proudhon et une pincée de Fourier. Bon appétit !
© Nonfiction

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