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La gauche radicale en Europe, ou l’émergence d’une famille de partis
La gauche radicale en Europe, ou l’émergence d’une famille de partis Fabien Escalona, Mathieu Vieira Télécharger
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La gauche radicale en Europe, ou l’émergence d’une famille de partis

19/11/2013 2’
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Parmi les familles de la gauche européenne contemporaine, celle de la gauche radicale est encore peu européanisée et regroupe des traditions et des cultures politiques diverses. Pour l’Observatoire de la vie politique, Fabien Escalona et Mathieu Vieira analysent son émergence et ses composantes internes.

De l’effondrement du communisme occidental à la naissance d’une nouvelle famille politique
La première série de facteurs structurels expliquant le déclin des PC occidentaux concerne les mutations liées à l’avènement d’une société post-industrielle à partir de la fin des années 1970. La crise du communisme occidental peut d’autre part être attribuée à des facteurs idéologiques et organisationnels propres à la famille communiste. Sur ces décombres, une nouvelle famille de gauche radicale émerge depuis la fin des années 1990. En privilégiant une approche rokkanienne, nous soutenons que la famille de gauche radicale est issue d’une nouvelle «  phase critique » ouverte par ce que nous appelons la « Révolution globale ». Nous expliquons que cette révolution historique a transformé l’ancienne division socialistes/communistes, qui affectait le second versant du clivage de classe entre possédants et travailleurs.

La nature de la famille de gauche radicale
Parler d’une famille de gauche radicale exige d’identifier le conflit qui la fonde, puis de mettre en évidence la façon dont elle le médiatise dans la compétition partisane. La gauche radicale a remplacé la famille communiste dans son opposition aux sociaux-démocrates, dont elle dénonce toujours la soumission à l’État capitaliste, mais sur la base de lignes d’opposition différentes de celles du communisme. La diversité des programmes et des principes adoptés au sein de la famille de gauche radicale n’empêche pas d’identifier un horizon normatif commun : la recherche d’une alliance de tous les subalternes du capitalisme global dominé par la finance, et la promotion d’une modernité alternative, dans un sens démocratique, égalitaire et écologiste. Les valeurs « post-matérialistes » ont pris un essor considérable au sein des engagements de la gauche radicale. La base sociale de la famille de gauche radicale inclut plutôt un électorat déjà politisé à gauche et qui hésite rarement avec la droite ou l’extrême droite. Elle est composée de couches populaires souvent « encadrées » par des syndicats ou des associations, et de professions intermédiaires et intellectuelles détenant un niveau élevé d’instruction mais peu de patrimoine. En termes d’organisation, on remarque (1) la taille modeste de tous les partis existants, (2) la renonciation au modèle du parti d’avant-garde et (3) la volonté de créer des liens avec les mouvements sociaux tout en respectant leur autonomie.

Une typologie de la famille de gauche radicale
Notre typologie de la famille de gauche radicale se décline en quatre branches : les communistes orthodoxes, la gauche de la social-démocratie, les partis rouges-verts et l’extrême gauche révolutionnaire. Notre classification repose sur deux axes principaux, à savoir le rapport à l’identité communiste et la place dans l’espace politique. Ces branches ou composantes de la famille de gauche radicale reflètent des traditions et des choix stratégiques différents, qui dépendent des histoires nationales et des dynamiques des systèmes partisans. Ce sont des catégories utiles à l’analyse mais qui ne peuvent évidemment intégrer la complexité de toutes les configurations nationales de la gauche radicale. Pour cette raison, mais aussi parce que nous faisons l’hypothèse d’une acculturation progressive des différentes traditions non orthodoxes de la famille anticapitaliste, elles ne doivent pas être vues comme des ensembles figés.

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