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La grande dépossession. Pour une éthique numérique européenne
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La grande dépossession. Pour une éthique numérique européenne

23/05/2018 2’
Maxime des Gayets Maxime des Gayets
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Piratages industriels, cyber-attaques, fuites de données, manipulations politiques, effets psycho-sociaux… : la révolution numérique révèle, jour après jour, son côté le plus obscur. Simples aléas ? Fragilités inhérentes à toute grande transformation ? Pour Maxime des Gayets, ce serait bien plutôt l’expression d’une mécanique plus profonde de dépossession des vies, des valeurs comme des identités. 

En appelant ainsi à la responsabilité collective des citoyens européens, Maxime des Gayets, consultant en cybersécurité et résilience des entreprises et conseiller régional d’Île-de-France, formule des propositions pour sortir de notre aveuglement éthique à l’égard d’une technologie aux effets de plus en plus incontrôlables.

 

Retrouvez le débat dans lequel l’auteur est intervenu et a présenté l’ouvrage, le 23 mai, aux côtés de Jennyfer Chrétien et Marylin Maeso :

 

 

SYNTHÈSE

La révolution numérique aurait-elle deux visages ? Le premier, c’est celui d’une technologie qui se présente sous les traits d’un mouvement de progrès sans précédent, offrant autant de potentialités que de transformations, qui refondent le temps comme les distances et modifient les chaînes de valeurs autant que les modes de gouvernance. Le deuxième, c’est celui d’un progrès chargé de menaces et aux multiples conséquences néfastes. La révolution numérique compte un avers et un envers ; ses progrès l’ont placée sur une ligne de crête, position la rendant susceptible de basculer vers le bon ou le mauvais versant. Les illustrations, dans les vies personnelles comme dans les parcours professionnels, en sont nombreuses : l’usage du mail a transformé l’organisation même des entreprises mais son utilisation incontrôlée est devenue un facteur pénalisant de productivité, les réseaux sociaux ont permis de mondialiser les relations sociales mais amènent aussi les individus à s’enfermer dans leurs propres convictions, l’hyper-connexion a boosté l’économie mais les vulnérabilités aux cyber-attaques constituent des fragilités structurelles inédites, le big data a nourri le progrès technologique mais l’exploitation des données personnelles est devenue un braquage indolore qui met en jeu l’intimité même des individus… Face à ces contradictions, il appartient à nos sociétés à s’interroger sur la façon même dont les nouvelles technologies transforment nos vies.

C’est ce à quoi nous enjoint Maxime des Gayets, consultant en cybersécurité et résilience des entreprises et conseiller régional d’Île-de-France, en formulant des propositions pour sortir de notre aveuglement éthique à l’égard d’une technologie aux effets de plus en plus incontrôlables.

L’enjeu est de taille : comment structurer la viabilité d’un progrès technologique et économique concomitamment à une pérennisation sociale et une préservation des valeurs collectives comme des identités individuelles ?

Il faut d’abord comprendre par quels rouages cette mécanique peut être en prise avec les intérêts propres des individus, allant jusqu’à menacer leur souveraineté numérique. Comment, en l’espace d’une grosse décennie, les entreprises du numérique – dont l’alimentation de la croissance est corrélative à la dépossession même de la souveraineté numérique de leurs clients – ont opéré une cannibalisation fulgurante de l’économie mondiale, les hissant au premier rang des capitalisations boursières et leur octroyant une domination quasi-monopolistique sur l’économie numérique ; rendant le retournement du rapport de force d’autant plus difficile. Cette situation résulte d’une double inconscience persistante : la sous-estimation des risques relatifs aux usages des outils digitaux et l’incompréhension de la valeur des données qui circulent dans nos sociétés modernes.

Au-delà donc des systèmes et des infrastructures que peuvent mettre en place les États, ce sont les pratiques individuelles qui doivent être encadrées ; la résilience n’est pas seulement technique, elle est aussi, et peut-être surtout, humaine.

Si le diagnostic est clair, il est cependant difficile d’exiger des individus, qui ont à couvrir une pratique quotidienne déjà bien incommode à maîtriser, de chercher ailleurs les « remèdes » souhaités. Quand on aura observé que le déploiement de la révolution numérique est un puissant facteur de désordre pour les institutions, les entreprises et les citoyens, on comprendra que ceux-ci se retrouvent involontairement pris au piège d’une nasse qui les enferme, les sature d’informations et gomme progressivement les frontières entre leur vie privée et leur vie professionnelle.

Pourtant, il y a un moyen pour les citoyens de ne pas rester seuls et impuissants face aux effets de cette révolution technologique : retrouver un peu de maîtrise dans l’univers du numérique implique une réévaluation de la responsabilité de chaque protagoniste – individu, institution ou entreprise – à son échelle, mais dans un effort d’ensemble, afin que tous puissent adhérer et distiller cette éthique partagée qui sous-tend une conservation de la souveraineté numérique empêchant toute dépossession.

Cette réévaluation nécessite une démarche volontariste de mise en lumière salutaire des enjeux liés à l’économie des données et à la numérisation ; qui passe elle-même par la mise en recul des incertitudes liées aux usages – qui constitue la source principale de vulnérabilité de tous les acteurs – en plaidant pour la démocratisation de solutions garantissant des échanges sécurisés et la réappropriation de l’outil numérique, afin qu’il reste au service de ceux qui le font progresser.

Seule la recherche de l’équilibre entre une exposition nécessaire au monde extérieur et la préservation de la capacité d’action de chaque utilisateur – individuel ou collectif, privé ou public – peut engendrer un progrès continu, réel et partagé par le plus grand nombre.

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