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La minorité silencieuse : étude sur les retraités

02/05/2012 2’
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Leur parole est peu entendue. Pourtant, leur poids électoral ne cesse de croître. Quels sont les ressorts du comportement électoral des retraités ? Ont-ils une grille de lecture et des référents communs, au-delà du clivage droite-gauche ? Ils ont joué un rôle essentiel dans la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 ; quel sera leur choix le 6 mai ?







Données complémentaires : analyse chiffrée du vote des retraités dans la présidentielle 2012 :

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Synthèse

Enfants de la Vème République, les retraités constituent près du tiers de l’électorat. Voter est pour eux une obligation, s’abstenir n’étant pas concevable. En 2007, ils avaient constitué une grande part de l’électorat de Nicolas Sarkozy (70 % d’entre eux l’avaient plébiscité au second tour). Leur vote apparaît décisif dans une élection où les valeurs et la morale pourraient prendre le pas sur la fidélité partisane historique.

Il convient de noter que les retraités ont une identité politique et une fidélité partisane plus marquées que les autres catégories de la population et avant tout structurées par le clivage gauche/droite. Parallèlement, on note une certaine régularité dans la manière dont ils perçoivent la société, laissant apparaître de fait un clivage net avec les actifs.Deux séries de règles façonnent leur opinion politique : le fait d’être retraité d’une part, leur identité politique personnelle d’autre part. Etre retraité implique un discours commun, ce que l’on peut nommer une « grammaire de la désapprobation », qui apparaît en amont du discours politique partisan. Ce discours commun émane du fait que ceux-ci sont désormais extraits de la sphère de production, qu’ils n’ont plus ce « rapport intime au foisonnement du présent ». Leur position de langage est également bouleversée par cette « mise à l’écart »: il devient nécessaire de transformer la « mise à l’écart » en « prise de distance », pour continuer à être actif dans le discours. Les retraités adoptent alors la figure du « sage », prenant de la hauteur sur l’histoire courte du présent. Les retraités s’expriment à travers un discours avant tout « critique » (quelle que soit leur identité politique) et ce pour que cette parole soit distincte des discours de la vie active.


Un discours de désapprobation

Ce discours de désapprobation est structuré en deux pôles : « l’argent roi » et « l’enfant roi ». Désapprouver l’argent roi c’est désapprouver la déliaison entre l’argent et le travail. Désapprouver l’enfant roi c’est dénoncer la disqualification de la transmission et la déperdition des savoirs.En outre, cette « mise à l’écart » semble amoindrir la sensibilité de gauche au profit de celle de droite. Cependant, on observe, dans les pôles communs de désapprobation (argent roi et enfant roi), des divergences d’argumentation, à travers lesquelles s’expriment les identités politiques des retraités : pour les retraités de gauche, la dénonciation de l’argent roi est justifiée par la domination du pouvoir financier et par les excès du libéralisme économique incarnés par Nicolas Sarkozy. Pour les retraités de droite, le rapport entre Nicolas Sarkozy et l’argent demeure un problème moral, mais qui ne les empêche pas de voter pour lui. La dénonciation de l’argent roi chez ces électeurs est justifiée par la dénonciation de la société dépensière, incarnée par la gauche.


50 ans de vie publique et politique

L’attitude électorale des retraités s’explique par la dimension historique de leur réflexion politique. Cette expérience politique peut être structurée à travers cinq évènements clefs, qui leur sont communs, et au sein desquels va tout de même s’exprimer la frontière gauche/droite, principalement à travers la période mitterrandienne.


Une certaine conception de l’autorité politique

Cette chronologie commune aux retraités est marquée par une conception commune de l’autorité politique, incarnée par le général de Gaulle. Les retraités de gauche et de droite font de la « fermeté » une qualité essentielle pour tout président de la République : fermeté face aux dépenses sociales à droite, fermeté face au règne de l’argent à gauche. Un président doit de fait exercer de façon calme et réfléchie son autorité, et non par l’agitation et l’agressivité. C’est ce qui conduit une majorité de retraités à trouver que François Hollande, en 2012, incarne mieux la conception gaullienne que Nicolas Sarkozy. Le discours et l’opinion des retraités sur la vie politique actuelle sont également structurés par l’expérience de Mai 68 et la « méfiance à l’égard des troubles », loin de l’image d’Épinal volontiers colportée.


Le mitterrandisme : facteur principal du clivage gauche/droite

La période mitterrandienne apparaît comme la « grande césure politique » entre les retraités. Sous François Mitterrand, les électeurs de droite ont affirmé et confirmé leur rejet de la gauche, utilisant cette période pour juger la période actuelle. Pour les retraités de gauche, la période mitterrandienne est perçue comme globalement positive, d’autant plus quand ils la mettent en perspective à travers l’action ultérieure de la droite, le quinquennat de Nicolas Sarkozy incarnant selon eux plus que tout autre les dérives de l’argent.


21 avril 2002 ; sarkozysme ; Europe et dette publique

Autre évènement majeur dans l’opinion des retraités : le 21 avril 2002. La présence de Jean-Marie Le Pen a marqué et inquiété les retraités et a été perçue par tous comme un facteur de trouble, de dérives, et d’instabilité. D’autres évènements les ont marqués. La séquence ambivalente du sarkozysme, l’accroissement de la dette publique ou encore la crise de l’Europe laissent clairement apparaître une régularité dans la perception des retraités. Leur désir constant de stabilité tant politique qu’économique explique le faible vote des retraités en faveur des extrêmes, leur refus de leur sortie de l’euro et leur souhait de réduction de la dette publique – même si réapparaît dans les différentes causes et solutions proposées le clivage gauche/droite.Dès lors, les retraités, y compris ceux qui ont voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, ne semblent plus retrouver chez lui la conception de l’autorité présidentielle. En outre, les retraités qui se disent de droite, malgré leur fidélité politique évoquée plus haut, expriment ouvertement de sérieuses réserves au sujet d’un candidat qui incarne la conception de l’argent roi. Il serait donc surprenant que l’électorat retraité se prononce en faveur de Nicolas Sarkozy avec une ampleur similaire à 2007.

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