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Le conspirationnisme dans l’opinion publique française

07/01/2018 8’
Rudy Reichstadt Rudy Reichstadt
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Les attentats de janvier 2015 ont mis en lumière l’existence, au sein de la société française, d’un courant d’opinion complotiste tangible. Depuis, les inquiétudes sont croissantes quant à la circulation de théories du complot dans l’espace public ou encore de fake news susceptibles d’influer sur le cours d’une élection. Trois ans après ces attaques terroristes, la Fondation et Conspiracy Watch ont mené une étude pour estimer la pénétration du complotisme dans la société et approcher plus finement le profil de ceux qui y adhèrent. C’est l’enquête d’opinion sur le complotisme la plus ambitieuse réalisée à ce jour. 

Quatre points à retenir : 

  1. Le complotisme est un phénomène social majeur qui concerne, dans sa forme la plus intense, pas moins d’un Français sur quatre. Seul un Français sur cinq y semble hermétique.
  2. La plupart des théories du complot soumises à l’échantillon recueillent des niveaux d’approbation préoccupants.
  3. Comparativement à leurs aînés, les jeunes sont nettement plus perméables aux théories du complot, sauf certaines d’entre elles, portant par exemple sur le réchauffement climatique ou l’immigration.
  4. Le conspirationnisme est corrélé avec le vote populiste – de gauche ou d’extrême droite.

Contexte

Les réactions conspirationnistes qui se sont fait jour dans le sillage des attentats perpétrés les 7, 8 et 9 janvier 2015 ont jeté une lumière crue sur l’existence, au sein de la société française, d’un véritable courant d’opinion complotiste. Au cours des deux dernières années, le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ont encore accentué cette prise de conscience de l’existence d’un courant complotiste. Responsables politiques, scientifiques, professionnels de l’information et enseignants ont commencé à faire publiquement état de leur inquiétude quant à l’importance prise dans l’espace public par la circulation de théories du complot, de thèses pseudo-scientifiques ou encore de fake news susceptibles d’influer sur le cours d’une élection. Au point que le président de la République a annoncé dans ses vœux à la presse du 3 janvier 2018 la présentation pour la fin de l’année d’un projet de loi visant à lutter contre les fausses nouvelles en période électorale.

Beaucoup s’alarment également de la menace que pourrait faire peser à long terme pour la démocratie la banalisation d’une culture dite de la « post-vérité » dans laquelle la prise en compte des réalités factuelles dans la détermination de l’intérêt général deviendrait secondaire.

Tandis que les pouvoirs publics ont intégré la prévention du complotisme à leur action en matière de lutte contre la radicalisation et de lutte contre le racisme et l’antisémitisme[1], notamment au travers du renforcement de l’éducation aux médias, les initiatives de la société civile pour tenter de répondre au défi du complotisme se sont multipliées : promotion de l’esprit critique et de l’auto-défense intellectuelle, prévention contre la désinformation conspirationniste, etc. La Fondation Jean-Jaurès a publié dès le mois de février 2015 une note dressant un état des lieux du conspirationnisme en France[2] avant de consacrer à ce thème une conférence en février 2016[3].

Alors que la France commémore le troisième anniversaire des attentats de janvier 2015, la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch se sont associés pour commander à l’Ifop une étude permettant d’estimer la pénétration du complotisme dans la société et d’approcher plus finement le profil de ceux qui adhèrent à ce type de contenus.

La plupart des grandes théories du complot en circulation de nos jours ont été proposées à l’échantillon : les vaccins, le sida, l’État islamique, les sociétés secrètes, le « nouvel ordre mondial », les « chemtrails », l’usage d’armes climatiques, l’assassinat du président Kennedy, la « Terre plate » ou encore le premier pas de l’homme sur la Lune. D’autres questions ont été posées permettant de croiser l’adhésion à ces théories du complot avec d’autres items tels que la fréquence de consultation de son horoscope, l’adhésion au négationnisme, au créationnisme, à la thèse d’un plan visant à remplacer la population française via l’immigration, à la thèse d’un complot politico-scientifique pour faire croire à l’existence du réchauffement climatique, la confiance dans les médias et la confiance dans la fiabilité des élections. Enfin, des questions ont été posées pour estimer le degré d’adhésion aux théories du complot sur les attentats du 11-Septembre 2001 et ceux des 7, 8 et 9 janvier 2015.

Réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 20 décembre 2017, cette étude a été menée auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, complété par un sur-échantillon de 252 personnes de moins de 35 ans, qui ont été remises à leurs poids réel au sein de l’échantillon lors du traitement statistique des résultats. C’est l’enquête d’opinion sur le complotisme la plus ambitieuse jamais réalisée à ce jour auprès du public français.

Les sondés ne se sont pas vus proposer de réponse « ne se prononce pas ». De la même manière, un certain nombre d’énoncés (dix énoncés complotistes et un énoncé créationniste) leur ont été proposés. Dans un premier temps, la question leur était posée de savoir s’ils en avaient déjà entendu parler. Dans un deuxième temps, il leur était demandé de dire s’ils étaient tout à fait d’accord, plutôt d’accord, pas vraiment d’accord ou pas d’accord du tout avec chacun de ces énoncés. Parti fut pris de poser cette seconde question à tous les sondés, y compris ceux qui n’avaient jamais entendu parler d’un tel énoncé auparavant. La lecture des résultats doit donc tenir compte de ces deux choix méthodologiques.

Principaux résultats[4]

Le complotisme est un phénomène majeur

Les résultats de l’enquête confirment que nous faisons collectivement face à un phénomène non seulement tangible mais majeur, qui traverse toute la société et imprègne les représentations collectives à un degré préoccupant. Les niveaux d’adhésion enregistrés à quelques-unes des théories du complot les plus diffusées sont particulièrement inquiétants. Ainsi, l’énoncé selon lequel le ministère de la Santé serait de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins recueille 55 % d’adhésion. La théorie du complot sur l’apparition du virus du sida est partagée par un sondé sur trois. Enfin, près d’un sondé sur dix est d’accord avec l’affirmation qu’« il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ».

 

À ces chiffres, il faut ajouter que parmi les sondés : 79 % croient à au moins une théorie du complot, 61 % à au moins deux théories, 47 % à au moins trois théories, 34 % à au moins quatre théories, 25 % à au moins cinq théories, 19 % à au moins six théories et 13 % à au moins sept théories.

S’agissant de la notoriété des théories du complot proposées, quatre se détachent clairement des dix autres : trois sont des théories du complot anciennes, « historiques », parfois vieilles d’un demi-siècle. La thèse selon laquelle le président Kennedy aurait été assassiné par la CIA est familière à trois sondés sur quatre. Celles sur le premier pas de l’homme sur la Lune et sur la création du sida en laboratoire d’un sondé sur deux. Il est par conséquent notable que la théorie du complot sur la collusion entre pouvoir politique et industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins, qui défraie l’actualité depuis plusieurs mois, soit connue de deux sondés sur trois.

Les autres théories du complot proposées ainsi que la proposition créationniste (« Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans ») n’étaient en revanche connues que d’une minorité des sondés.

 

Une opinion divisée en trois blocs

Les résultats de l’enquête quant à la pénétration des idées complotistes suggèrent une opinion française divisée en trois groupes distincts : les « non-complotistes » (un sondé sur cinq) d’un côté, les complotistes « endurcis » de l’autre qui croient à cinq théories du complot ou plus (un sondé sur quatre) et, entre ces deux groupes, un « ventre mou » composé de sondés plus ou moins séduits par le complotisme adhérant à une, deux, trois ou quatre théories du complot mais pas davantage (un peu plus d’un sondé sur deux, 54 % exactement).

Cette approche mérite cependant d’être nuancée. Sur plusieurs items en effet, on ne constate pas de différence de comportement très significative entre ceux qui n’adhèrent à aucune théorie du complot et ceux qui adhèrent à une, deux, voire trois théories du complot proposées dans l’enquête. On constate à plusieurs reprises un premier « palier » à partir de l’adhésion à au moins quatre théories. C’est pourquoi il paraît envisageable de considérer que le « ventre mou » penche du côté des non-complotistes. Cette approche plus « optimiste » nous mettrait en présence de trois groupes se distribuant comme suit :

  • Un premier groupe, constituant environ la moitié de la population et résistant relativement bien à la contamination complotiste bien que séduit en partie par certaines thèses. Ce groupe serait composé de personnes qui soit n’adhèrent à aucune théorie du complot (21 %), soit adhèrent à une (18 %) ou deux théories (14 %). Cumulés, ils représenteraient 53 % de l’échantillon, soit un Français sur deux.
  • Un deuxième groupe réunissant les « complotistes modérés » et représentant un Français sur cinq présenterait des signes d’adhésion au complotisme plus affirmés : adhésion à trois (13 %) ou quatre (9 %) théories du complot (soit 22 % au total). Il est permis de former l’hypothèse que la moitié d’entre eux – ceux qui, précisément, adhèrent à au moins quatre théories – sont mûrs pour basculer vers une forme plus intense de conspirationnisme.
  • Adhérant à cinq théories du complot et plus, le noyau dur des complotistes convaincus (ou « endurcis ») constitueraient le troisième bloc, soit 25 % des Français (6 % adhérant à cinq théories, 6 % à six théories, 13 % à sept théories et plus[5]).

 

 

Une surreprésentation de l’électorat populiste

Le positionnement politique apparaît comme l’une des variables les plus prédictives de l’adhésion au conspirationnisme. Confirmant un constat déjà mis en évidence dans d’autres études[6], l’enquête montre par exemple que les deux principaux candidats de l’élection présidentielle à avoir le plus capté les suffrages des complotistes « endurcis » (ceux qui croient à cinq théories du complot ou plus) sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

NB : Lire : « 39 % des électeurs de Marine Le Pen accréditent cinq théories du complot ou plus parmi celles proposées ».

A contrario, les électeurs de Benoît Hamon, Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, François Fillon, sont ceux chez qui on trouve le plus de personnes n’adhérant à aucune théorie du complot proposées dans l’enquête :

NB : Lire : « 34 % des électeurs de Benoît Hamon n’accréditent aucune théorie du complot proposée ».

S’agissant des attentats de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, les sympathisants de La République en marche, du MoDem et des Républicains sont à la fois ceux chez qui on rencontre les taux les plus importants (autour de 90 %) en matière de confiance dans la « version officielle » (respectivement : 88 %, 91 % et 88 %) et le moins de doute (autour de 10 %) quant à la certitude que les attentats ont été planifiés par des terroristes islamistes (respectivement : 11 %, 9 % et 10 %). On retrouve la même tendance chez les électeurs de Benoît Hamon, d’Emmanuel Macron et de François Fillon.

Les jeunes, nettement plus perméables au complotisme que leurs aînés

L’adhésion aux théories du complot avance avec les générations. Les moins de 35 ans sont ainsi deux fois plus nombreux à adhérer à sept théories ou plus que les plus de 35 ans (21 % contre 11 % en moyenne, les plus de 65 ans n’étant que 5 % dans ce cas). Les seniors résistent mieux au complotisme que leurs enfants et petits-enfants, sauf sur des théories du complot comme celles relatives au réchauffement climatique ou à l’immigration.

Cette tendance est visible sur la plupart des items avec des contrastes parfois saisissants. Ainsi, la possibilité « que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école » recueille l’approbation de 18 % des 18-24 ans contre 3 % des plus de 65 ans. De la même manière, les 18-24 ans sont quatre fois plus nombreux que l’échantillon (8 % contre 2 %) à souscrire à une forme atténuée de négationnisme, estimant que la gravité du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est exagérée et qu’il y a eu « beaucoup moins de morts » qu’on ne le dit généralement.

 

Les seniors résistent globalement mieux au complotisme que les 35-65 ans et ces derniers mieux que les 18-24 ans. Ces résultats suggèrent que l’influence du complotisme chez les jeunes ne concerne pas que les collégiens, lycéens et étudiants, comme le montrent les niveaux de complotisme mesurés chez les 25-34 ans, qui ont quitté le monde des études pour entrer dans la vie active. Les personnes qui ont été socialisées politiquement depuis le début des années 2000 (adolescents ou jeunes étudiants) sont beaucoup plus perméables au complotisme que les autres, ce qui tend à relativiser les approches optimistes selon lesquelles le complotisme chez les jeunes ne serait lié qu’à un moment de la vie et finirait par s’estomper avec l’âge, notamment avec la sortie des études. Au contraire, il semblerait plutôt que le complotisme opère une forme de sédimentation et rien ne permet d’indiquer que les personnes qui forment aujourd’hui la cohorte des moins de 35 ans deviendront moins complotistes en gagnant en âge.

Le créationnisme est très corrélé à l’adhésion au complotisme

Là aussi, les jeunes semblent plus concernés : ils sont 31 % chez les 18-24 ans à adhérer à l’idée que « Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans » contre 14 % chez les plus de 65 ans (moyenne de l’échantillon : 18 %). Surtout, la variable « créationnisme » est particulièrement prédictive de l’adhésion au conspirationnisme : ceux qui croient à sept théories du complot ou plus sont ainsi créationnistes à 61 % contre 0 % chez les « non-complotistes ».

 

Une corrélation entre complotisme et superstition

La consultation de l’horoscope croisée avec l’adhésion au complotisme suggère également une corrélation : ainsi, 75 % de ceux qui ne croient à aucune théorie du complot ne consultent jamais leur horoscope. À l’inverse, ceux qui croient à quatre théories ou plus consultent plus fréquemment leur horoscope que le reste de l’échantillon (ils sont 11 % à le consulter quotidiennement contre 6 % pour l’échantillon ; 15 % à le consulter au moins une fois par semaine contre 11 % pour l’échantillon) et ils sont moins nombreux que les autres à ne jamais consulter leur horoscope (54 % contre 63 % pour l’échantillon).

 

Ces résultats suggèrent une corrélation entre complotisme et superstition et sont de nature à invalider ou en tous cas à apporter une nuance forte à l’idée, parfois énoncée, selon laquelle le conspirationnisme trouverait sa source dans une forme de rationalité exacerbée ou d’« hyper-rationalité ». Ils plaideraient plutôt pour une approche du phénomène complotiste en termes d’« alter-rationalité », où « la vérité » serait à rechercher selon des modalités étrangères au monde de la communauté scientifique.

On retrouve ici encore un décalage entre jeunes et seniors : les 18-24 ans sont ceux qui consultent le plus régulièrement leur horoscope (ils sont 24 % à le consulter quotidiennement ou au moins une fois par semaine et seulement 42 % à ne jamais le consulter), les plus de 65 ans ceux qui le consultent le moins (ils sont 13 % à le consulter quotidiennement ou au moins une fois par semaine et 72 % à ne jamais le consulter). Les chiffres permettent d’estimer que plus on est jeune, plus on consulte souvent son horoscope. La ligne de partage des eaux passe par les moins de 35 ans : ils sont 52 % à ne jamais le consulter contre 67 % chez les plus de 35 ans.

 

Autres résultats notables

La théorie du complot sur les attentats de janvier 2015

Sur cet événement, le complotisme au sens fort (« il s’agit d’une manipulation dans laquelle des services secrets ont joué un rôle déterminant ») ne concerne qu’une fraction très faible de l’opinion publique (2 % en janvier 2015, 3 % trois ans plus tard, avec une marge d’erreur autour de 1 %) et l’on ne note pas d’évolution sensible par rapport au sondage réalisé en janvier 2015 par l’Ifop.

L’opinion dubitationniste[7] (« des zones d’ombre subsistent et ce n’est pas vraiment certain que ces attentats ont été planifiés et réalisés uniquement par des terroristes islamistes ») remporte une adhésion beaucoup plus franche chez les jeunes que chez leurs aînés : 27 % des moins de 35 ans y souscrivent contre 16 % des plus de 35 ans. De manière encore plus spectaculaire, les 18-24 ans sont 30 % à douter tandis que les plus de 65 ans sont 8 %, un rapport de un à trois.

Les résultats suggèrent également que les chômeurs sont plus dubitationnistes que les autres (27 % à douter contre 19 % au niveau global).

Sans surprise, c’est aussi chez ceux qui ont le plus confiance dans les médias qu’on trouve la plus grande adhésion à la « version officielle » (« il est certain que ces attentats ont été planifiés et réalisés par des terroristes islamistes ») et inversement. Ainsi, 29 % de ceux qui pensent que les médias nous mentent ont des doutes sur la version officielle des attentats de janvier 2015. C’est dix points de plus que sur l’échantillon global.

Autre enseignement, qui va dans le sens de la confirmation d’un phénomène désormais bien connu : l’adhésion à un nombre croissant de théories du complot va de pair avec un doute croissant quant à la version officielle. Ainsi, 35 % des dubitationnistes croient à sept théories du complot ou plus parmi celles proposées. Inversement, ceux qui ne croient à aucune théorie du complot proposée ne sont que 10 % à douter de la version officielle des attentats de janvier 2015.

 

Toutefois, il est très notable que les conspirationnistes « endurcis » demeurent, concernant les attentats de janvier 2015, majoritairement attachés à la version officielle des faits. À 53 % (contre 78 % sur l’échantillon global), ceux qui croient à sept théories ou plus sont convaincus que ces attentats ont bel et bien été planifiés et réalisés par des terroristes islamistes, ce qui conforte les analyses selon lesquelles les Français ont, dans leur ensemble, assez bien résisté à la tentation complotiste concernant cet événement tragique. En février 2015, le journaliste Jean-Laurent Cassely formulait ainsi l’hypothèse que « les sentiments d’unité et de solidarité ont éloigné chez la majorité de la population le ressentiment qui fait naître le désir de chercher la vérité ailleurs que dans la triste et décevante thèse officielle »[8]. Reste que, chez les endurcis, la théorie du complot au sens fort additionnée à l’opinion dubitationniste représentent un sondé sur deux.

La théorie du complot sur les attentats du 11 septembre 2001

 

Concernant l’adhésion à cette théorie du complot « historique », nous avons voulu tester l’adhésion différenciée aux thèses conspirationnistes LIHOP[9] (« ils ont laissé faire ») et MIHOP[10] (« ils ont organisés eux-mêmes l’opération »). La première recueille 29 % d’approbation et la seconde 6 %. Cumulées, elles représentent plus d’un sondé sur trois.

Là encore, les jeunes sont les plus concernés : il y a une césure nette entre les moins et les plus de 35 ans. Les moins de 35 ans sont près d’un sur deux (47 %) à adhérer à une des deux versions complotistes. Ils sont 53 % (douze points de moins que l’échantillon) à souscrire à la version communément acceptée de l’événement. Inversement, les plus de 65 ans rejettent de manière nette la théorie du complot : ils sont trois fois moins nombreux (3 % contre 10 %) que les moins de 35 ans à adhérer à la version la plus « dure » de la théorie du complot. Ils souscrivent à 74 % à la « version officielle ».

Cette même fracture se constate sur le plan politique : sympathisants FN et France insoumise ont plus tendance que les autres à souscrire à la théorie du complot.

Comme on peut s’y attendre, l’adhésion à la théorie du complot sur le 11-Septembre, que ce soit dans sa version LIHOP ou MIHOP, augmente avec l’adhésion globale à une vision du monde conspirationniste. On retrouve sur ces résultats un effet de palier distinguant d’un côté ceux qui adhèrent à moins de quatre théories et les autres.

 

Le climato-scepticisme et le complotisme climatique

La théorie du complot au sens fort du terme (« le réchauffement climatique n’existe pas, c’est une thèse qui profite à des politiques et des scientifiques ») ne concerne que 4 % de l’échantillon. Les plus jeunes y sont moins perméables que leurs aînés (1 % chez les 18-24 ans contre 5 % chez les plus de 50 ans). De la même manière, les seniors sont les plus sceptiques sur la réalité de l’origine anthropique du réchauffement climatique.

Du point de vue des sympathies politiques, la théorie du complot atteint des scores trois fois plus élevés que l’échantillon chez les électeurs de Marine Le Pen (11 %).

Sans surprise, c’est chez les complotistes « endurcis » qu’on trouve le pourcentage le plus élevé de conspirationnistes climatiques.

La question de l’immigration et le complotisme « anti-remplaciste »

La théorie du complot au sens fort du terme (l’immigration comme projet politique de « remplacement » organisé par nos élites et auquel il conviendrait de mettre fin) recueille une approbation de près d’un sondé sur deux (48 %).

17 % des sondés souscrivent « tout à fait » à cette idée et, parmi eux, les plus de 65 ans sont surreprésentés (24 % contre seulement 9 % chez les 18-24 ans). C’est chez les sympathisants de droite et d’extrême droite que cette opinion est la plus présente : 24 % pour Les Républicains et 41 % pour le FN. A contrario, les sympathisants de gauche ne sont que 7 % (soit dix points de moins que l’échantillon) à partager cette opinion.

C’est enfin chez les complotistes les plus endurcis qu’on trouve le pourcentage le plus élevé de conspirationnistes anti-remplacistes (32 % contre 17 %).

La confiance dans l’organisation des élections

65 % des sondés ont confiance dans la sincérité du suffrage, approuvant l’idée que « les élections en France sont organisées de manière suffisamment transparente et sûre pour éviter les tricheries et assurer la réalité des votes ».

Ici encore, on trouve une fracture générationnelle : 54 % des 18-24 ans contre 80 % des plus de 65 ans. Les résultats confortent l’hypothèse d’une érosion de la confiance dans le système démocratique chez les moins de 35 ans.

Chômeurs, ouvriers et employés sont ceux chez qui la confiance est la plus atteinte (respectivement 45 %, 53 % et 54 %).

Chez les sympathisants du FN, la confiance n’est que de 46 %. Elle est un peu supérieure chez les sympathisants de la France insoumise mais gravite autour de 50 %. Chez les sympathisants LREM, elle atteint 91 %.

Concernant le croisement de cette variable avec l’adhésion aux théories du complot, on reste dans des niveaux de confiance raisonnables et supérieurs ou comparables à l’échantillon (s’étalonnant de 79 % à 64 %) chez ceux qui n’adhèrent à aucune théorie du complot ou bien à une jusqu’à trois. Au-delà, c’est-à-dire à partir de la croyance dans au moins quatre théories du complot, on observe un décrochage très net.

 

La fiabilité des médias

9 % des Français pensent que le rôle des médias (journaux, radios, télévisions) est « essentiellement de relayer une propagande mensongère nécessaire à la perpétuation du ’Système’ ». Cette conviction atteint son maximum chez les sympathisants FN (17 %) et chez les complotistes endurcis (14 % chez ceux qui croient à cinq ou six théories du complot proposées, 23 % chez ceux qui croient à sept théories ou plus).

L’énoncé selon lequel « étant largement soumis aux pressions du pouvoir politique et de l’argent, la marge de manœuvre des médias est limitée et ils ne peuvent pas traiter comme ils le voudraient certains sujets » recueille l’adhésion de plus d’un Français sur trois (36 %). C’est chez les sympathisants France insoumise et Europe Écologie-Les Verts que cette opinion est la plus forte (55 %).

 

D’autres analyses spécifiques viendront compléter cette première note d’analyse non exhaustive.
Retrouvez des précisions méthodologiques sur l’enquête dans la note de Jérôme Fourquet du 12 janvier 2018.

Copyright photo de home : Ricardo Dominguez Alcaraz / Shutterstock

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