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Le Front national en campagne : analyse d’un discours décomplexé
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Le Front national en campagne : analyse d’un discours décomplexé

09/12/2015 1’
Cécile Alduy Cécile Alduy
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Après le score du Front national au premier tour des régionales, Cécile Alduy a décortiqué les propos de ses candidats dans les meetings et les médias durant la campagne. L’analyse est claire : l’immigration, la sécurité et le nationalisme identitaire ont été le nerf de la guerre sémantique.

Loin de marquer la fin du discours extrémiste au sein du Front national, l’exclusion de Jean-Marie Le Pen en août 2015 a donné l’occasion au parti de s’absoudre des écarts antisémites et racialistes tout en maintenant une ligne radicale, essentiellement nationaliste, anti-immigration, autoritaire et sécuritaire. L’attention au profil des candidats aux élections régionales de 2015 et l’étude minutieuse des discours et « tweets » de Marine Le Pen pendant la campagne en rendent compte.

Les candidats du « nouveau » Front national sont en réalité des anciens professionnels de la politique, fidèles au père comme Louis Aliot et Sophie Montel, issus de groupuscules identitaires comme Gilles Pennelle, proches des idées catholiques traditionnalistes comme Christophe Boudot. Seul Florian Philippot fait figure d’exception. Bruno Gollnisch et Bruno Mégret sont également des repères idéologiques pour les candidats. Le renouvellement est ici illusoire.

Avec la crise des réfugiés syriens et les attentats du 13 novembre à Paris en toile de fond, porté par une stratégie de concurrence directe avec Les Républicains pour apparaître comme la seule force d’alternance, le Front national s’est « décomplexé » en misant sur l’offensive rhétorique nationaliste et sécuritaire.

Déjà très présents au début de la campagne, le thème de l’immigration et les sous-entendus qu’il charrie occupent de plus en plus de place dans les discours de Marine Le Pen. En effet, si le discours sur l’immigration, parce qu’il se fait l’écho d’une actualité douloureuse, est parfois teinté d’« humanisme », dénonçant les passeurs qui exploitent la « marchandise humaine », les événements du 13 novembre entraînent une nationalisation quasi totale des enjeux abordés et une radicalisation profonde axée sur une pensée anti-immigration et anti-islam.

Marine Le Pen délaisse les questions économiques et sociales pour se concentrer sur le terrorisme et ses corollaires ; les problématiques régionales sont reléguées au second plan. Le discours de Marine Le Pen à Ajaccio par exemple s’attaque au multiculturalisme, à la politique internationale, aux coupes budgétaires dans la police, à la servitude de la France envers l’Allemagne, aux fausses promesses de l’Union européenne pour mieux louer ensuite la France éternelle.

En outre, le compte des occurrences de vocabulaire, dans les discours mais aussi sur Twitter, confirme que Marine Le Pen mène la campagne des régionales sur le plan national : « frontières », « peuple », « national » font partie des mots qu’elle prononce le plus.

L’équation rhétorique du parti, à savoir « immigration = islamisme = guerre ; frontières = identité = sécurité », renvoie à des amalgames et raccourcis fort anciens qui ont longtemps été l’apanage rhétorique de Jean-Marie Le Pen. Son exclusion n’a pas entraîné l’éradication de ses idées. Au contraire, elles ont retrouvé de la vigueur tant le Front national, durant la campagne pour les régionales 2015, a renoué avec sa marque de fabrique originelle.

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