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Le rapport des Français à la laïcité

05/11/2020 2’
Gilbert Abergel, Jean-Pierre Sakoun
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À l’occasion de la remise de ses Prix de la laïcité (5 novembre), le Comité Laïcité République a commandé à l’Ifop une enquête visant à mesurer les positions des Français sur un sujet désormais au cœur du débat public avec la multiplication des attentats islamistes et l’élaboration du projet de loi contre les « séparatismes ». Jean-Pierre Sakoun et Gilbert Abergel, respectivement président et vice-président du Comité, en livrent pour la Fondation les grands enseignements.

Le sens donné à la laïcité et l’attachement aux grands dispositifs législatifs

Une adhésion massive aux grandes lois actuelles en matière de laïcité

Le premier enseignement de l’enquête est de confirmer le consensus autour de ces dispositifs législatifs, y compris chez les Français de confession musulmane qui se prononcent favorablement à la loi de 1905, et ceci à un niveau similaire à celui des catholiques et sans religion. Mais, quand il s’agit des autres grandes lois « laïques » (ou assimilées, comme celle de 2010 sur le voile intégral), les Français musulmans se distinguent fortement du reste de la population, s’opposant même majoritairement à la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école (à 56 %). Dans l’esprit de nombreux musulmans, la loi de 1905 est donc sans doute compatible avec le port des signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics.

Dans tous les cas, le profil des partisans de la loi de 2004 révèle que sur pratiquement tous les segments les Français de culte musulman sont à peu près deux fois moins nombreux que l’ensemble des Français. Chez les musulmans, les jeunes de vingt-cinq à trente-quatre ans y sont les moins favorables. De même, on constate que le milieu urbain génère moins d’adhésion à la loi que le milieu rural.

 

 

Un large soutien aux propositions de mesures de renforcement en matière de laïcité émises après l’assassinat de Samuel Paty

Quelle que soit leur confession, les Français soutiennent nettement les propositions récentes émises pour renforcer la laïcité à l’école et dans la loi. Certes, les Français musulmans y sont moins favorables que la moyenne des Français mais ils n’en soutiennent pas moins majoritairement ces initiatives.

 

 

Un soutien croissant au principe d’une laïcité de « combat »

Sur la vision que les Français veulent donner à la laïcité, un point important est à relever : il concerne l’évolution de l’item « Faire reculer l’influence des religions dans notre société » qui passe de 9 % en 2005 à 26 % en 2020. Un résultat qui révèle la perception d’une progression de l’influence des religions dans la société et de la nécessité de s’en protéger.

 

 

 

« Mettre toutes les religions sur un pied d’égalité » recueille un score plus important chez les musulmans que chez les catholiques et les sans religion.

Un résultat peut interroger : les femmes de confession musulmane sont beaucoup moins nombreuses que les autres catégories à considérer que la laïcité doit faire reculer l’influence de la religion dans notre société (5 % contre 13 % chez les hommes musulmans et 26 % chez les non musulmans).

Autre point qui interroge mais dont il serait hasardeux de tirer des conclusions : 43 % des musulmans de catégorie aisée (contre 23 % pour la catégorie moyenne supérieure et 16 % pour les catégories allant de « moyenne inférieure » à « pauvre ») pensent que la laïcité doit faire reculer l’influence des religions.

Quand il s’agit de mettre toutes les religions sur un pied d’égalité, chez les croyants musulmans, les femmes affichent un score bien supérieur à celui des hommes.

Enfin, toujours sur cette thématique, plus le niveau de diplôme est élevé, moins la revendication est forte.

L’attitude à l’égard de la loi de séparation des Églises et de l’État

La suppression de cette grande loi n’est souhaitée que par une petite minorité de personnes interrogées. Son aménagement est en revanche souhaité par 37 % des musulmans et 26 % des catholiques pour une moyenne nationale de 24 %. On notera toutefois une légère contradiction avec le résultat obtenu à la première question qui montrait que 89 % de la population musulmane était favorable à la loi de 1905.

 

 

 

La place de la religion dans la société et l’espace public 

Le port des signes religieux ostensibles 

Le port des signes religieux quel que soit le lieu est massivement réclamé par les Français musulmans (de 63 % à 75 %). Ils affichent ainsi un écart de 40 à 50 points avec les catholiques et les sans religion, qui eux manifestent très largement une aspiration séculariste, qui ne se dément pas par rapport à l’enquête Ifop-Fondation Jean-Jaurès de mars 2019.

Peut-être peut-on attribuer cette exigence de discrétion des religions dans l’espace public à la constance du débat sur la religion qui s’est installé comme un élément essentiel de la vie politique et sociale du pays, au grand dam de Français qui sont majoritairement athées, agnostiques ou croyants laïcs.

 

 

 

La lutte contre l’islamisme

Un soutien assez net aux principales mesures annoncées pour lutter contre l’islamisme

- Le droit de montrer les caricatures : le droit des enseignants à montrer des caricatures de personnages religieux à leurs élèves est soutenu massivement par l’ensemble des Français (75 %), y compris catholiques (80 %), tandis que les deux tiers (66 %) des Français musulmans s’y opposent.

- Les mesures postérieures au meurtre de Samuel Paty : 34 % seulement des musulmans approuvent la dissolution du CCIF et de BarakaCity, tandis que ces annonces faites après le meurtre de Samuel Paty sont largement soutenues par l’ensemble de la population (65 % pour le CCIF, 76 % pour BarakaCity). Les musulmans soutiennent en revanche nettement l’expulsion des étrangers fichés en situation irrégulière (72 %) ;

- Le projet de loi sur la laïcité : tous les items révèlent une moindre adhésion de l’échantillon musulman aux propositions de la loi. En revanche, l’enseignement de l’arabe recueille 82 % d’avis favorables.

 

 

 

Lois religieuses vs. lois de la République

15 % des Français se déclarant catholiques estiment que les règles édictées par la religion doivent avoir préséance sur les lois de la République. Ce taux atteint 38 % chez les Français musulmans, mais surtout 57 % chez les 15-24 ans musulmans, en augmentation de dix points depuis 2016. 

 

 

 

Méthodologie

Étude Ifop pour le Comité Laïcité République (CLR) réalisée par questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon de 2034 personnes, représentatif de l’ensemble de la population vivant en France métropolitaine âgée de quinze ans et plus (20-22 octobre 2020) et d’un échantillon de 515 personnes, représentatif de la population de religion musulmane vivant en France métropolitaine âgée de quinze ans et plus (6-17 août 2020). 

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