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Le vote de la diaspora française

31/10/2018 8’
Jérôme Fourquet Jérôme Fourquet
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Le nombre d’électeurs français inscrits auprès de nos ambassades ou consulats a crû de manière exponentielle ces dernières années. Même si une partie de cette hausse vertigineuse s’explique sans doute par des modalités administratives, la spectaculaire croissance de ce corps électoral témoigne de l’immersion de la France dans la mondialisation. Jérôme Fourquet analyse, pour la Fondation, le vote de cette « diaspora » française.

Les expatriés : une population grandissante et très convoitée

Lors de l’élection présidentielle de 2002, on ne recensait que 385 000 Français dits « de l’étranger ». Cette catégorie a grimpé à 822 000 en 2007, puis à 1 043 000 en 2012 pour atteindre 1 264 000 en 2017, soit une progression de 228 % en quinze ans. Sur la même période, l’ensemble du corps électoral n’augmentait que de 15 %...
 

Évolution du nombre de Français de l’étranger inscrits sur les listes électorales


Signe de l’immersion grandissante de la France dans la globalisation, les 1 264 000 expatriés représentent aujourd’hui un poids électoral significatif. Ils constituent ce que l’on pourrait appeler la « quatorzième région[1] ». À titre de comparaison, la région Centre compte 1 827 000 inscrits.

Le développement des échanges commerciaux et culturels et les facilités de déplacement partout sur le globe ont certes favorisé ce flux croissant d’expatriation. Mais le dynamisme économique moindre de la France et la pression fiscale qui s’y exerce constituent également des ressorts puissants incitant une frange de nos concitoyens à quitter le pays. Ainsi, à l’instar du départ des huguenots fuyant la France au lendemain de la réforme de l’édit de Nantes, le mouvement d’expatriation de personnes fortunées, de cadres dirigeants, de créateurs d’entreprise ou de professionnels de la finance s’est considérablement amplifié au cours des dernières années. Symptôme de l’ampleur de cet exode des forces vives et des fortunes françaises, la plupart des candidats à une élection font désormais la tournée des capitales étrangères pour lever des fonds. De manière très pragmatique, ces professionnels de la politique toujours en quête de subsides pour financer leur campagne ont pleinement intégré cette réalité nouvelle et vont chercher l’argent là où il se trouve. Lors de la primaire de la droite, par exemple, les différents candidats se sont rendus chacun à leur tour à Londres et à New York. Mais c’est Emmanuel Macron qui s’est livré au quadrillage le plus systématique de la riche communauté des expatriés français pour collecter les fonds nécessaires au lancement de son jeune mouvement puis à sa campagne électorale. Il s’est notamment rendu à Bruxelles, où Olivier Duha, l’ex-président de CroissancePlus, réseau de dirigeants d’entreprises, et patron d’une entreprise de télémarketing, qui s’est expatrié dans la capitale belge, l’a fait bénéficier de son carnet d’adresses en organisant un petit déjeuner de fundraising. À New York, c’est un autre expatrié connu et transfuge de la droite, Renaud Dutreil, l’ex-dirigeant de LVMH en Amérique du Nord et désormais à la tête d’un fonds de private equity, qui a organisé pour lui une réunion de ce type. Mais c’est à Londres, où le gisement de donateurs potentiels était manifestement le plus important, qu’En Marche a fait porter le plus d’efforts. Emmanuel Macron ou le trésorier de son association de financement ont effectué pas moins de six déplacements[2] pour collecter des fonds auprès des expatriés français travaillant à la City, y ayant créé leur start-up ou ayant fait franchir la Manche à leur patrimoine.  

Emmanuel Macron plébiscité par la diaspora française 

Cette stratégie a été payante. 59 % à Düsseldorf, 57,2 % à San Francisco, 55 % à Boston ou Washington ou bien encore 51,4 % à Londres : dès le premier tour, les Français expatriés ou binationaux ont massivement voté pour Emmanuel Macron, qui recueille au total 40,4 % des voix au premier tour dans cet électorat. Ces compatriotes résidant à l’étranger, et notamment dans les pays développés, vivent de plain-pied dans la mondialisation. . 
 

Le vote des expatriés au premier tour de la présidentielle de 2017


Signe des spécificités sociologiques (surreprésentation des diplômés, des cadres et des personnes aisées) et idéologiques de ces Français ayant décidé d’aller vivre à l’étranger, les scores et l’ordre d’arrivée diffèrent sensiblement des résultats nationaux. Hormis la très forte prime (+16 points) dont a bénéficié Emmanuel Macron parmi les expatriés, on constate également que François Fillon surperforme et se classe en deuxième position avec dix points d’avance sur Jean-Luc Mélenchon, alors que ces deux candidats sont au coude-à-coude en métropole. L’autre différence majeure réside bien entendu dans le score très faible de Marine Le Pen, qui arrive derrière Benoît Hamon et accuse chez les expatriés quinze points de retard par rapport à sa moyenne nationale. 

Ces résultats montrent que les expatriés se sont massivement reconnus en Emmanuel Macron. Défendant un modèle ouvert et faisant l’apologie des bienfaits de l’intégration de la France dans le système économique globalisé, il est apparu comme leur candidat naturel, notamment aux yeux de ceux résidant en Europe, qui ont soutenu le candidat ayant fait la campagne la plus européenne. C’est ainsi dans certains pays européens qu’il obtient ses scores les plus élevés : 55,9 % en Allemagne, 52,2 % aux Pays-Bas, 51,1 % en Suède, 51 % dans la communauté française vivant en Grande-Bretagne et traumatisée par le Brexit ou encore 50,5 % au Danemark. Hormis la tonalité très internationale ou européenne de son discours, les expatriés ont également massivement voté pour un programme parlant aux cadres et aux milieux d’affaires et financiers. On constate d’ailleurs que, dans plusieurs pays, dès le premier tour, les scores ont été plus élevés dans les villes abritant des places financières (métropoles dans lesquelles une partie des expatriés français est employée dans ce secteur) que dans les autres agglomérations[3]. Emmanuel Macron enregistre ainsi un score de 45,6 % à Zurich contre 32,7 % à Genève, 59 % à Düsseldorf et 58,7 % à Francfort contre 50 % à Berlin. Cet écart, renseignant sur le soutien encore plus intense des personnes travaillant dans le secteur financier au sein d’une communauté d’expatriés déjà massivement acquise, s’observe également au Canada, avec un résultat de 48,2 % à Toronto contre 36,1 % à Montréal, par exemple. 

On soulignera également que, même si le leader d’En Marche est arrivé largement en tête au premier tour dans les différents pays européens, des écarts assez marqués existent entre eux. Le candidat défendant l’intégration européenne enregistre ses meilleurs résultats dans les pays du nord du continent : 57 % à Munich et 52,2 % à Amsterdam, par exemple, contre « seulement » (les scores étant tout de même élevés) 34,1 % à Athènes, 33,6 % à Lisbonne, 33 % à Naples ou bien encore 31,9 % à Séville. Les Français résidant dans les pays du sud de l’Europe, qui ont subi les politiques d’ajustement structurel demandées par les instances européennes, ont manifestement été moins sensibles que leurs concitoyens vivant dans les États du nord, bons élèves de la zone euro, à son discours européen.

Une estimation du vote des agents du Quai d’Orsay et des militaires 

L’analyse détaillée des résultats concernant le corps électoral des expatriés permet par ailleurs de faire apparaître les tropismes idéologiques de différents groupes sociaux ou ethnoculturels dont les comportements électoraux ne sont pas forcément décelables dans l’Hexagone. En effet, ces groupes y sont soit numériquement trop faibles pour être isolés statistiquement dans les échantillons nationaux représentatifs des sondages, soit trop dispersés géographiquement pour qu’on puisse avoir des indices sur leurs comportements électoraux à partir de quartiers ou de bureaux de vote clairement identifiés. C’est le cas par exemple pour les fonctionnaires du Quai d’Orsay. Afin de tenter d’approcher le vote de ce groupe, nous avons isolé les quarante pays dans lesquels moins de 200 ressortissants français ont voté au premier tour de l’élection présidentielle. Ces pays très divers (les îles Fidji, le Salvador, l’Ouganda, le Sri Lanka ou la Mongolie, par exemple) se caractérisent tous par l’étroitesse de la communauté française résidant sur place. Au regard des faibles effectifs de votants, on peut penser que ces communautés appartiennent majoritairement, voire essentiellement au personnel diplomatique. Ce panel n’est donc pas chimiquement pur, mais permet sans doute une bonne approche des orientations politiques des fonctionnaires du Quai. Parmi cette catégorie d’expatriés, Emmanuel Macron arrive largement en tête avec 34,7 %, suivi par François Fillon (25 %), Jean-Luc Mélenchon (17,5 %), Benoît Hamon (9,6 %, soit trois points de plus que la moyenne nationale, les fonctionnaires étant restés un peu plus fidèles au Parti socialiste que le reste de la population) et enfin Marine Le Pen (8,2 %), dont le positionnement nationaliste séduit peu dans ces milieux. D’autres fonctionnaires en poste à l’étranger ont manifestement été plus sensibles au discours frontiste : les militaires. On observe en effet un vote Le Pen anormalement élevé chez les Français de l’étranger résidant à Djibouti, où est implantée l’une des principales bases militaires françaises. 
 

Un survote frontiste à Djibouti au premier tour de la présidentielle de 2017

 

Ensemble des expatriés

Djibouti

Emmanuel Macron

40,4 %

20,2 %

François Fillon

26,3 %

21,6 %

Jean-Luc Mélenchon

15,8 %

16,3 %

Marine Le Pen 

6,5 %

27,2%


On repère également la trace de la présence de militaires français dans le détail des résultats aux Émirats arabes unis. Marine Le Pen n’obtient que 4,9 % en moyenne dans les bureaux de vote de Dubaï, mais son score est nettement plus élevé (12,6 %) à Abou Dhabi où est située une base abritant 900 militaires. Ces derniers sont nettement minoritaires parmi les expatriés français, mais leur présence pèse significativement sur les scores dans cet émirat. Le tropisme frontiste des militaires est confirmé par les résultats dans certaines villes de garnison de l’Hexagone. Marine Le Pen atteint ainsi au premier tour 33,7 % des voix à La Cavalerie sur le plateau du Larzac, où est stationnée une unité de la Légion étrangère, contre une moyenne départementale de 16,2 % dans l’Aveyron. De la même façon, alors qu’elle enregistre déjà un résultat élevé dans la Marne (28 %), son score explose à Mourmelon-le-Petit (43 %), Mourmelon-le-Grand (44 %) et Suippes (47,1 %), communes abritant des camps et des régiments de l’armée de terre. L’armée de l’air n’est pas en reste : Marie Le Pen obtient 46,4 % à Ventiseri (base aérienne de Solenzara) en Haute-Corse (contre une moyenne départementale de 27,2 %). Il en est de même pour la Garde républicaine, le Front national récoltant 35,2 % dans le bureau de vote n° 10 de Nanterre où ne votent que des membres de cette unité et leur famille, contre 10,4 % sur l’ensemble de la ville.

Le vote des expatriés, révélateur de la vive concurrence entre Emmanuel Macron et François Fillon parmi les cadres supérieurs 

Pour des raisons sociologiques, jusqu’à présent, certains segments des expatriés étaient la chasse gardée traditionnelle de la droite. Il en était ainsi par exemple dans les pays producteurs de pétrole, où la grande majorité des communautés françaises est constituée de cadres et d’ingénieurs[4] travaillant chez Total ou pour d’autres majors ou des sociétés parapétrolières. Or, en 2017, si François Fillon a obtenu parmi ses meilleurs scores dans ces pays, Emmanuel Macron a souvent fait jeu égal avec lui, démontrant qu’une part importante de cet électorat aisé a délaissé la droite pour En Marche.
 

François Fillon et Emmanuel Macron au coude-à-coude chez les expatriés du secteur pétrolier au premier tour de la présidentielle de 2017

 

François Fillon

Emmanuel Macron

Émirats arabes unis

40,3 %

37 %

Angola

38,8 %

37,6 %

Bahreïn

37,8 %

36,9 %

Nigeria

37,3 %

37,1 %

Gabon

35,7 %

24,8 %

Koweït

32,9 %

30,6 %

Qatar

30,8 %

37,3 %

Arabie Saoudite

30,5 %

38,5 %


De la même façon, la communauté française expatriée en Asie, où les cadres bancaires, industriels et commerciaux sont nombreux, a certes accordé de bons scores à François Fillon, mais Emmanuel Macron y a viré en tête. Dans certains pays, l’écart est amplifié, notamment au Japon, en Corée du Sud et à Taïwan, où le profil des expatriés est sans doute plus diversifié, avec une proportion significative de jeunes diplômés travaillant notamment dans le secteur des nouvelles technologies et des start-up.
 
 En Asie, Emmanuel Macron devance François Fillon au premier tour de la présidentielle de 2017

 

Emmanuel Macron

François Fillon

Singapour

47,2 %

37,1 %

Hong Kong

45,8 %

39,1 %

Chine

43,7 %

32,8 %

Japon

40,2 %

19,8 %

Taïwan

38,5 %

21,6 %

Corée du Sud

38,2 %

23,1 %


À l’appui de cette hypothèse, on notera qu’en Californie, dans les trois bureaux de vote de Palo Alto, cœur névralgique de la Silicon Valley, Emmanuel Macron a été plébiscité dès le premier tour par 59 % des expatriés, contre seulement 22 % pour François Fillon. Le candidat d’En Marche recueille également 50,8 % à Bangalore, fief du high-tech et de l’informatique indienne, contre une moyenne de 30,6 % dans ce pays. Le candidat de droite obtient le même score en Inde (30,4 %), mais est très nettement distancé à Bangalore (26,8 %).

De la même manière, un zoom sur la Suisse (pays abritant le plus important contingent de Français de l’étranger ayant voté : 66 000 suffrages) permet de mettre au jour la forte concurrence électorale entre Emmanuel Macron et François Fillon, chacun des deux candidats ayant capté un segment sociologique particulier. Le candidat de la droite a manifestement conservé le soutien majoritaire de l’électorat très aisé et retraité, dont une partie a néanmoins soutenu son rival. François Fillon arrive ainsi en tête dans les bureaux de vote du centre de Genève et de la ville huppée et résidentielle de Nyon, en bordure du lac Léman. Emmanuel Macron, de son côté, a été massivement choisi par les cadres bancaires et financiers, puisqu’il frôle la barre des 50 % au premier tour dans les bureaux de Bâle et de Zurich.
 

Les votes Macron et Fillon dans certains bureaux de vote suisses au premier tour de la présidentielle de 2017

Ville 

François Fillon

Emmanuel Macron

Genève centre (9 bureaux)

40,2 %

30,6 %

Nyon (6 bureaux)

40,2 %

32,6 %

Zurich (6 bureaux)

30,3 %

47,7 %

Bâle (2 bureaux)

25,4 %

48,3 %

Impacts électoraux de certaines prises de position des candidats en matière de politique étrangère 

Comme on vient de le voir, le profil sociologique des différentes populations expatriées influe singulièrement sur le vote. Dans certains pays, le contexte politique et historique et les prises de position de certains candidats sur des questions de politique étrangère ont également eu un impact. Le tableau ci-dessous fait ainsi ressortir un survote massif en faveur de François Fillon au Liban. Ce vote traduit le poids de la communauté chrétienne franco-libanaise, population traditionnellement favorable à la droite et qui a sans doute été sensible au plaidoyer appuyé du candidat des Républicains en faveur des chrétiens d’Orient.
 

Le vote des Français de l’étranger au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 au Liban

 

Ensemble des expatriés

Liban

Emmanuel Macron

40,4 %

16 %

François Fillon

26,3 %

61 %

Jean-Luc Mélenchon

15,8 %

6,6 %

Marine Le Pen 

6,5 %

12,3 %


L’analyse détaillée par bureau de vote vient valider l’hypothèse et démontrer la persistance des clivages ethnoreligieux et idéologique au pays du cèdre, ces clivages se retrouvant chez les ressortissants français (dont beaucoup sont binationaux, et non pas des expatriés). Le vote Fillon est ainsi extrêmement massif dans les bureaux de vote situés à Beyrouth-Est (partie chrétienne) alors que l’écart avec Emmanuel Macron est moins important à Beyrouth-Ouest (partie musulmane de la ville). On observe également que ces quartiers ont davantage voté Jean-Luc Mélenchon et nettement moins voté pour Marine Le Pen que les bureaux situés en zone chrétienne.
 
Le vote des Français de l’étranger au premier tour de l’élection présidentiellede 2017 à Beyrouth : le reflet d’une ville toujours coupée en deux



Le clivage se retrouve également dans le reste du Liban avec un survote pour François Fillon et Marine Le Pen à Jounieh, fief maronite, tandis qu’à Saïda et Tripoli, en zone musulmane, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon résistaient davantage.
 

Le vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 dans le reste du Liban

 

Jounieh

Saïda + Tripoli

François Fillon

64,5 %

40 %

Emmanuel Macron

10,4 %

30,5 %

Marine Le Pen

19,9 %

12,5 %

Jean-Luc Mélenchon

3,6 %

10,7 %


On retrouve des ressorts similaires en Israël, où l’électorat des Français de l’étranger compte également de très nombreux binationaux. Ayant voté à 80 % pour Nicolas Sarkozy lors des précédents scrutins présidentiels, ces Franco-Israéliens ont à nouveau plébiscité la droite en 2017 (60 % pour François Fillon) mais un tiers d’entre eux a opté pour Emmanuel Macron. Les candidats Jean-Luc Mélenchon (payant son soutien affiché à la cause palestinienne) et Marine Le Pen (dont le parti demeure perçu par beaucoup comme antisémite) sont totalement marginalisés. 
 
Le vote des Français de l’étranger au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 en Israël

 

Ensemble des expatriés

Israël

Jérusalem

Emmanuel Macron

40,4 %

30,9 %

31,7 %

François Fillon

26,3 %

60,4 %

57,1 %

Jean-Luc Mélenchon

15,8 %

1,6 %

2,5 %

Marine Le Pen 

6,5 %

1,1 %

1 %


L’analyse des résultats en Israël et à Jérusalem[5] permet de disposer d’un effet de loupe pour cerner le vote de la communauté juive française. Mais cet effet de loupe grossit les tendances, la population franco-israélienne étant plus à droite et assez logiquement plus sensible aux tensions entre Israël et les pays arabes que la population juive vivant en France, dont toute une partie est assez peu communautaire[6]

Ailleurs dans le monde, les prises de position en matière diplomatique des différents candidats ont parfois également eu un impact significatif. François Fillon, assumant sa volonté d’un dialogue constructif avec Vladimir Poutine, a ainsi obtenu pas moins de 44 % des voix parmi les Français vivant en Russie. De la même façon, la déclaration d’Emmanuel Macron en février 2017 assimilant la colonisation française de l’Algérie à un crime contre l’humanité a certes suscité une levée de boucliers dans certains milieux en France, parmi les rapatriés et leurs descendants, notamment, mais elle s’est manifestement révélée très rentable électoralement dans la communauté franco-algérienne.
 

Le vote des Français de l’étranger au premier tour de l’élection présidentielle présidentielle de 2017 dans les pays du Maghreb

 

Ensemble des expatriés

Algérie

Tunisie

Maroc

Emmanuel Macron

40,4 %

51,9 %

36,8 %

31,6 %

François Fillon

26,3 %

11,1 %

19,2 %

28,9 %

Jean-Luc Mélenchon

15,8 %

25,6 %

32,1 %

25,8 %

Marine Le Pen 

6,5 %

2,1 %

3,3 %

4,1 %


Alors que le score d’Emmanuel Macron se situe autour d’un tiers des voix au Maroc et en Tunisie, il atteint près de 52 % en Algérie. Ces chiffres montrent également l’audience résiduelle du Front national dans cette partie du corps électoral et, à l’inverse, un tropisme mélenchoniste assez marqué ; tropisme que l’on retrouve en France dans les quartiers où la population issue de l’immigration maghrébine est nombreuse. 

On constate enfin un survote en faveur de François Fillon au Maroc, qui traduit la présence significative de retraités français aisés au sein de ce corps électoral des expatriés et binationaux franco-marocains. On observe en effet des écarts très marqués selon les villes, avec des scores particulièrement élevés pour le candidat de droite à Marrakech et Agadir[7], communes très touristiques où habitent de nombreux retraités français[8], et des résultats nettement moins bons à Fès, Rabat ou Tanger, où résident davantage de binationaux. 
 

Le vote des expatriés pour François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle présidentielle de 2017 dans les différentes villes marocaines



Le candidat des Républicains obtient également des scores très significatifs dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Dans cette région du monde, les Français venus passer une retraite dorée ne sont pas légion. Ici, les soutiens locaux de la droite traduisent sans doute la persistance des réseaux néogaullistes dans des pays historiquement et politiquement très liés à la France. François Fillon devance ainsi nettement Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire et au Gabon et fait jeu égal avec son rival au Congo et au Cameroun. Il obtient un score moins élevé et est légèrement devancé par son concurrent au Sénégal, pays où ces réseaux et ces liens sont moins puissants.
 

Le vote des Français de l’étranger au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 dans les pays de la « France-Afrique »

 

François Fillon

Emmanuel Macron

Côte d’Ivoire

40,9 %

27,2 %

Congo

35,9 %

34,1 %

Gabon

35,7 %

24,8 %

Cameroun

33,4 %

34 %

République démocratique du Congo

32,%

34,4 %

Sénégal

26,9 %

29,9 %

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