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Les États-Unis, l’Afrique et la guerre au Mali

07/02/2013 1’
Maya Kandel Maya Kandel
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A la suite de la visite de Joe Biden à Paris le 3 février dernier pour féliciter François Hollande de son « action décisive » au Mali, Maya Kandel revient sur la stratégie de Washington en Afrique subsaharienne et plus précisément sur la réalité de l’appui qui a été fourni par les Américains à l’opération Serval.

Synthèse

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Français et Américains ont les mêmes objectifs au Mali et au Sahel, mais depuis le 11 janvier 2013, début de l’opération Serval menée par les forces françaises, le soutien américain est décrit à Paris comme « timoré ». Comment peut-on expliquer ce comportement ? Quelle est la stratégie américaine en Afrique ?

L’Afrique subsaharienne est toujours bonne dernière dans la liste des priorités stratégiques américaines. Jusqu’à 1998, année des deux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, les intérêts de Washington en Afrique ont été « inexistants ». Sous l’administration Bush, après les attentats du 11 septembre 2001, l’Afrique devient l’un des fronts de la « guerre globale contre le terreur ». En 2006, est créé AFRICOM, commandement militaire régional pour l’Afrique, qui devait permettre une meilleure application de la stratégie d’« empreinte légère » privilégiée par Washington en Afrique et que les Américains souhaitaient ériger en modèle pouvant servir ailleurs à l’avenir.

La politique américaine repose sur une stratégie de coopération avec les pays africains partenaires à travers des programmes régionaux et des accords bilatéraux (en particulier avec le Mali, officiellement jusqu’au coup d’Etat de mai 2012). Les effectifs américains déployés en Afrique sont environ 5000 hommes, dont 2500 à Djibouti et les autres dans de « mini-bases » que l’on retrouve dans un grand nombre d’Etats africains. La politique de Washington vise à long terme la stabilité du continent. A court terme, elle est centrée sur la lutte contre les groupes terroristes islamistes présents sur le sol africain et les trafics divers qui les alimentent et contribuent à l’instabilité régionale. Pour défaire les organisations terroristes opérant au Maghreb et au Sahel le département d’Etat a lancé en 2002 la Pan-Sahel Initiative et en 2005 le Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership.

Depuis le début de l’opération Serval, le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a fermement déclaré qu’il était de la responsabilité américaine de soutenir la France dans la lutte contre les islamistes. Aussi plusieurs membres du Congres ont exprimé des critiques face à l’approche minimum adoptée par la Maison Blanche. Le président Obama est réticent à engager l’Amérique dans un nouveau conflit, surtout dans un pays musulman. De plus, le retrait d’Afghanistan est à peine engagé et le président a déclaré lors de son discours d’inauguration en janvier dernier « qu’une décennie de guerre allait prendre fin ».

Le silence vis-à-vis de la France est sans doute aussi un silence très attentif. La stratégie américaine d’empreinte légère a déjà montré ses limites et à Washington on est curieux de savoir si le Mali sera ou non l’Afghanistan de la France et de juger l’efficacité de la « French way of war ».

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