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Les femmes face aux violences sexuelles et le harcèlement dans la rue

19/11/2018 9’
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Un an après #MeToo et dans la perspective de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre,  la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS) et la Fondation Jean-Jaurès ont souhaité faire le point sur les violences sexuelles et le harcèlement de rue dont les femmes sont victimes dans cinq pays européens – la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni – et aux États-Unis.

Cette enquête réalisée par l’Ifop a été présentée à l’occasion du colloque « Violences sexuelles et sexistes au travail : état des lieux, état d’urgence ? » co-organisé par la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS) et la Fondation Jean-Jaurès le 19 novembre 2018.

 

 

Sommaire de l’enquête

1. Panorama des différents types de violences sexistes et sexuelles en Europe et aux États-Unis

  • Combien de femmes ont déjà fait l’objet de comportements irrespectueux dans la rue ?
  • Combien de femmes ont déjà été victimes d’insultes sexistes ou sexuelles dans la rue ?
  • Combien de femmes ont déjà été victimes de harcèlement de rue ?
  • Combien de femmes ont déjà été victimes d’exhibitionnisme dans la rue ?
  • Combien de femmes ont déjà été victimes d’agressions sexuelles dans la rue ?

2. Les caractéristiques des Françaises victimes d’atteintes ou de violences sexistes et sexuelles dans la rue

 

Principaux enseignements

  • 65 % des Européennes ont déjà été sifflées dans la rue au cours de leur vie, pour 70 % des Américaines
  • 36 % des Européennes ont déjà fait l’objet de remarques, de moqueries ou d’insultes sexistes dans la rue au cours de leur vie, pour 50 % des Américaines
  • 36 % des Européennes ont déjà fait l’objet de gestes grossiers à connotation sexuelle dans la rue au cours de leur vie (50 % pour les Espagnoles), pour 46 % des Américaines
  • 56 % des Allemandes ont déjà été abordées avec insistance dans la rue au cours de leur vie, malgré leur absence de consentement (moyenne européenne : 45 %)
  • 43 % des Françaises ont déjà été suivies sur une partie de leur trajet au cours de leur vie (moyenne européenne : 37 %)
  • 35 % des Espagnoles ont déjà été victimes d’exhibitionnisme dans la rue au cours de leur vie 
  • 40 % des Britanniques ont l’objet de caresses ou d’attouchements à caractère sexuel (ex : mains aux fesses) malgré leur absence de consentement dans la rue au cours de leur vie (moyenne européenne : 34 %), pour 41 % des Américaines
  • 40 % des Allemandes ont été victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours des douze derniers mois
  • 86 % des Françaises ont été victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue

 

Résultats détaillés

86 % des Françaises ont été victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours de leur vie. Plus d’un an après #MeToo et dans le contexte de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, comment mesurer et appréhender le phénomène des violences sexuelles et sexistes dans l’espace public ? Tel est l’objectif de l’enquête de l’Ifop, menée pour la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS), qui a été présentée le 19 novembre, lors du colloque sur « Violences sexuelles et sexistes au travail : état des lieux, état d’urgence ? »

Focus sur la méthodologie

L’enquête « Les femmes face aux violences sexuelles et le harcèlement dans la rue » a été menée dans six pays – cinq européens (France, Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni[1]) et les États-Unis, pays où est né le hashtag #MeToo, suite à l’Affaire Weinstein en octobre 2017. Un questionnaire a été auto-administré en ligne du 25 au 30 octobre 2018 auprès d’un échantillon représentatif de 6025 femmes âgées à partir de 18 ans[2] Cette enquête s’inscrit dans le sillage des précédentes enquêtes menées telles que l’enquête Enveff (2000), l’enquête de l’Agence européenne des droits fondamentaux (2014) et l’enquête Virage (2015). Plus d’un an après #MeToo et dans la perspective de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, elle permet de faire une première photographie de la situation concernant les violences sexuelles et sexistes dans la rue, face à l’importance croissante de ce sujet dans le débat public.

L’ensemble du spectre des atteintes et violences sexistes et sexuelles ont été traitées, du regard avec insistance, du sifflement aux attouchements sexuels et au viol dans l’espace public : 

  • Le regard avec insistance
  • Le sifflement
  • Les injures sexistes (remarques, moqueries, insultes…)
  • Les gestes grossiers à connotation sexuelle
  • Les tentatives d’approche insistantes 
  • Les filatures (« stalking » en anglais), c’est-à-dire avoir été suivie lors d’une partie de son trajet
  • L’exhibitionnisme
  • Le frotteurisme, c’est-à-dire lorsqu’une personne se frotte contre soi, sans y avoir consenti
  • Les attouchements sexuels
  • Le viol

Pour rappel, les six premiers items relevant du harcèlement de rue constituent aujourd’hui en France un délit, l’outrage sexiste, passible d’une amende de 90 euros à 750 euros et jusqu’à 1500 euros en cas de circonstances aggravantes ou de récidive.

Les quatre derniers items mentionnés sont des délits. En effet, l’exhibition sexuelle est un délit défini à l’article 222-32 du Code pénal comme le « fait d’imposer une exhibition sexuelle à la vue d’une personne non consentante dans un lieu accessible aux regards du public ». La peine encourue est d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Les agressions sexuelles – « tout acte à caractère sexuel sans pénétration commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise », selon la définition aux articles 222-27 à 222-30 du Code pénal – constituent un délit dont la peine encourue est de cinq ans d’emprisonnement et 70 000 euros d’amende, et jusqu’à sept ou dix ans dans le cas d’une ou plusieurs circonstances aggravantes.

Enfin, le viol est un crime défini par le Code pénal comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise ». La peine encourue est de quinze ans d’emprisonnement voire vingt ans si le viol est commis avec une ou plusieurs circonstances aggravantes.

Enfin, deux temporalités ont été mises en avant dans les questions, à savoir si les violences sexistes et sexuelles se sont déroulées au cours de la vie des femmes interrogées ou au cours des douze derniers mois.

Le cas de l’Allemagne : les femmes surexposées aux violences sexistes et sexuelles dans l’espace public

Les résultats concernant l’Allemagne sont particulièrement intéressants à analyser : jusqu’ici, l’Allemagne se situait parmi les pays intermédiaires dans les classements et les études internationales. Aujourd’hui, ce pays semble faire face à une situation où les femmes sont surexposées aux violences sexuelles et sexistes dans la rue à tous les niveaux, que ce soit le fait d’avoir été victimes de comportements sexistes ou à connotation sexuelle, de harcèlement dans la rue ou d’agressions sexuelles.

26 % des Allemandes déclarent avoir été regardées avec insistance au cours des douze derniers mois. Il s’agit du plus haut taux par rapport aux autres pays interrogés : 23 % des Espagnoles, 18 % des Françaises, 16 % des Américaines et des Italiennes, 11 % des Britanniques.

13 % des Allemandes ont fait l’objet de remarques, moqueries, insultes sexistes au cours des douze derniers mois : là encore, l’Allemagne figure en tête pour cet item, suivie par 10 % des Espagnoles et Britanniques, 8 % des Françaises et des Américaines, 5 % des Italiennes. 14 % des Allemandes affirment avoir été confrontées à au moins une de ces situations : avoir fait l’objet de remarques, moqueries, ou d’insultes sexistes ; avoir fait l’objet de gestes grossiers à connotation sexuelle. 

Deuxième élément saillant : 56 % des Allemandes ont été abordées avec insistance malgré leur absence de consentement au cours de leur vie ; c’est le cas pour 52 % pour les Américaines, 48 % pour les Françaises, ; 45 % pour les Britanniques, 44 % pour les Espagnoles, 28 % pour les Italiennes. 64 % des Allemandes ont de plus été confrontées par l’une de ces situations – être abordée avec insistance sans l’absence du consentement et/ou être suivie sur une partie du trajet – au cours de leur vie. L’Allemagne est encore nettement en tête du classement, en comparaison avec les autres pays étudiés (59 % pour la France, 57 % pour les États-Unis, 55 % pour l’Espagne, 54 % pour le Royaume-Uni, et 44 % pour l’Italie).

Nous retrouvons cette même tendance pour la proportion de femmes victimes d’une forme de harcèlement au cours des douze derniers mois : 28 % des Allemandes affirment avoir été abordées avec insistance et/ou ont été suivies sur une partie de leur trajet contre 17 % des Américaines, 13 % des Britanniques, 10 % des Françaises, et 9 % des Espagnoles et des Italiennes.

Enfin, plus d’une femme sur deux (52 %) en Allemagne a déjà été confrontée à une forme d’agression sexuelle – un passager qui se frotte contre soi, être victime d’attouchements sexuels, être victime de viol – au cours de sa vie. 40 % des Allemandes ont été victimes d’une personne se frottant contre elles de manière déplacée dans la rue au cours de sa vie, contre 32 % des femmes en Espagne, au Royaume-Uni, et aux États-Unis, 26 % des femmes en Italie, 24 % des femmes en France. 18 % des Allemandes ont été confrontées à au moins une des situations suivantes – un passager qui se frotte contre soi, être victime d’attouchements sexuels, être victime de viol – au cours des douze derniers mois contre 9 % au Royaume-Uni, 8 % aux États-Unis, 7 % en Espagne, 6 % en Italie et 5 % en France, soit plus du double par rapport aux autres pays.

Autre chiffre important à mentionner : 44 % des Allemandes ont été victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours des douze derniers mois.

Comment expliquer cette tendance ? Plusieurs explications sont possibles : cela peut venir d’une sensibilité et d’une prise de conscience plus accrues en Allemagne, ayant pour conséquence un seuil de tolérance plus bas par rapport aux autres pays. Nous pourrions y voir aussi l’un des effets du mouvement #MeToo où la parole se libère progressivement.

Mais ces résultats auraient aussi vocation à être mis en lumière avec les chiffres officiels des délits et crimes recensés par les autorités allemandes au regard des plaintes déposées. 

Les pays latins vs. les pays anglo-saxons 

À la lecture des résultats, nous pouvons observer une nette dichotomie entre les pays latins et les pays anglo-saxons. En effet, dans les pays latins, les taux plus importants concernent le fait d’avoir été regardée avec insistance et/ou avoir été sifflée : 76 % des Espagnoles et 71 % des Françaises déclarent avoir été regardées avec insistance au cours de leur vie, contrairement aux 53 % des Américaines et 51 % des Britanniques.

86 % des Espagnoles déclarent avoir été sifflées au cours de leur vie, 23 % au cours des douze derniers mois, ce qui constitue pour ces deux chiffres, le plus haut taux par rapport aux autres pays (71 % des Britanniques, 70 % des Américaines, 67 % des Allemandes, 66 % des Françaises et 41 % des Italiennes). Une Espagnole sur deux a fait l’objet de gestes grossiers à connotation sexuelles au cours de sa vie. Ces chiffres révèlent ainsi des taux élevés en matière d’agression verbale et visuelle.

En revanche, les pays anglo-saxons ressortent particulièrement pour les items relatifs aux proportions d’agression sexuelle. Plusieurs chiffres le soulignent : 

  • 40 % des Allemandes, 32 % des Américaines et des Britanniques ont été victimes d’une personne qui s’est frottée à elles de manière déplacée au cours de leur vie (26 % des Italiennes et 24 % des Françaises) ;
  • 41 % des Américaines et 40 % des Britanniques déclarent avoir été victimes d’attouchements sexuels dans la rue au cours de leur vie (c’est le cas pour 28 % des Espagnoles, 31 % des Françaises et 34 % des Italiennes). 
  • Enfin, dernier chiffre effarant : 20 % des Américaines et 18 % des Britanniques interrogées déclarent avoir été violées dans l’espace public au cours de leur vie (contre 5 % des Italiennes, 7 % des Espagnoles, 8 % des Françaises et 10 % des Allemandes). 

Les femmes aux États-Unis et au Royaume-Uni sont ainsi, d’après les résultats de l’enquête, plus victimes d’agression sexuelle dans l’espace public que dans les autres pays sondés tandis que les femmes vivant en France, Italie, et Espagne sont davantage victimes d’atteintes verbales et visuelles.

L’enquête montre surtout l’ampleur des violences sexistes et sexuelles dont les femmes sont victimes au cours de leur vie dans les différents pays interrogés.

Que révèle l’enquête pour la France ? 

86 % des Françaises ont été victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours de leur vie dont 24 % au cours des douze derniers mois et 62 % il y a plus d’un an.

Une Française sur deux a été victime de remarques, moqueries, insultes sexistes, gestes grossiers à connotation sexuelle au cours de sa vie. 43 % des Françaises ont été suivies une partie de leur trajet au cours de leur vie[3]. Il s’agit du plus haut taux pour cet item. 59 % des Françaises ont été abordées avec insistance et/ou suivies sur une partie de leur trajet au cours de leur vie. La France est là aussi en tête avec l’Allemagne (64 % des Allemandes y ont été confrontées) concernant cet item, suivie par les États-Unis avec 57 % et 55 % pour l’Espagne.

66 % des Françaises ont été sifflées au cours de leur vie, 11 % au cours de l’année, dont 37 % pour les moins de 25 ans.

Si les chiffres révélés par l’enquête soulignent dans tous les pays une exposition forte des femmes aux violences sexistes et sexuelles dans l’espace public, il est intéressant de regarder plus finement le profil des femmes victimes qui ont répondu aux questionnaires en ligne dans le cadre de l’enquête.

Le profil des victimes

Qui sont les femmes victimes de ces atteintes ou agressions sexuelles dans la rue en Europe ? L’enquête révèle un certain nombre de tendances qui permettent de dresser leur portrait-robot : l’âge, le lieu de résidence, le niveau de vie, l’orientation sexuelle jouent dans l’exposition des femmes aux violences sexistes et sexuelles dans la rue.

En effet, les femmes de moins de 25 ans sont davantage touchées par ces violences dans l’espace public : 60 % des Françaises de moins de 25 ans ont été victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours des douze derniers mois, 10 % des femmes de 50-64 ans l’ont été. 44 % des Espagnoles, 33 % des Allemandes, 31 % des Britanniques, 25 % des Françaises, 24 % des Italiennes et 15 % des Américaines de moins de 25 ans ont été victimes d’insultes sexistes et sexuelles dans la rue au cours de l’année. Autres chiffres éclairants (et effrayants !), parmi les femmes ayant subi une agression sexuelle au cours de l’année en Allemagne, 42 % ont de moins de 25 ans. Toujours en Allemagne, parmi les femmes qui ont déclaré avoir été abordées avec insistance et/ou suivies sur une partie de leur trajet au cours des douze derniers mois, 58 % ont moins de 25 ans.

À la jeunesse, s’ajoute un « effet ville » où les femmes qui y vivent sont plus victimes d’atteintes et/ou d’agressions sexuelles : en France, parmi les femmes qui ont été victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle au cours de leur vie, 30 % vivent en banlieue et 27 % des femmes vivent dans l’agglomération parisienne contre 19 % des femmes qui vivent dans des communes rurales. Ces chiffres se retrouvent dans les autres pays européens : 32 % des Allemandes vivant dans des grandes villes ont été abordées avec insistance et/ou suivies sur une partie de leur trajet, contre 17 % sur la moyenne totale en Allemagne.

Autre facteur à noter : les femmes précaires sont aussi plus touchées par les violences sexistes et sexuelles. 18 % des femmes CSP- aux États-Unis ont été victimes d’une forme d’insulte sexiste ou sexuelle dans la rue au cours des douze derniers mois, contre 8 % pour les CSP+. En France, nous constatons également ce phénomène : parmi les femmes victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours de leur vie, 33 % vivent avec moins de 894 euros par mois. C’est le cas pour 17 % des femmes vivant avec des hauts revenus.

L’orientation sexuelle des victimes constitue aussi un facteur : 49 % des femmes lesbiennes ou bisexuelles ont été victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours de leur vie en France ; c’est le cas pour 23 % des femmes hétérosexuelles à l’inverse.

Enfin, dernier élément : les femmes appartenant à une minorité sont plus victimes d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue. En France, 36 % des femmes musulmanes l’ont été au cours de leur vie ; 17 % des femmes catholiques non pratiquantes l’ont été.

Ces différents facteurs montrent combien les femmes ne sont pas exposées de la même façon aux violences sexistes et sexuelles dans l’espace public. Ces tendances se retrouvent dans l’ensemble des pays analysés dans l’enquête. 

Les violences sexistes et sexuelles dans l’espace public : un phénomène massif dans les six pays étudiés

Les résultats de l’enquête doivent ainsi être reçus comme un électrochoc en Europe et aux États-Unis car ils montrent combien il s’agit d’un phénomène massif dans l’ensemble des pays étudiés. Les violences sexistes et sexuelles dans l’espace public conduisent les femmes à limiter leurs déplacements et à adopter des stratégies d’évitement de certains lieux publics, ce qui constitue une réelle entrave à leur mobilité et à leur liberté.

Les pouvoirs publics doivent, par conséquent, se saisir de cette question pour lutter contre ces violences et rendre l’espace public plus sûr pour les femmes. Des mesures commencent progressivement à être mises en place par les autorités en France, le harcèlement de rue ayant été médiatisé notamment par l’association Stop harcèlement de rue ou encore par des vidéos relayées sur les réseaux sociaux par des jeunes femmes harcelées et/ou agressées, comme ce fut le cas à l’été 2018 pour Marie Laguerre. 

La création d’une nouvelle infraction – le délit d’outrage sexiste – fait partie de l’une des mesures de la loi sur les violences sexistes et sexuelles présentée par la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, et votée au Parlement en août 2018. L’outrage sexiste est défini par l’article 621-1 du Code pénal comme « le fait d’imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. » Il peut s’agir de sifflements, gestes, bruits obscènes, commentaires dégradants sur le physique et la tenue, d’une proposition sexuelle, d’être suivie de manière insistante dans la rue, etc.

Si cette mesure a fait beaucoup parler d’elle dans le débat public, son efficacité étant mise en question, il ne faut pas sous-estimer l’importance de nommer ces violences pour reconnaître leur existence et leur réalité et ainsi indiquer que ces comportements sont maintenant condamnables par la loi. À ce titre, la première condamnation a été rendue en septembre 2018 par le tribunal correctionnel d’Évry où un homme a été condamné à verser 300 euros d’amende pour outrage sexiste. Reste à voir les effets de cette mesure sur le long terme.

Lutter contre les violences envers les femmes doit conduire à mener plus largement une politique pour lutter contre les stéréotypes de genre et ce dès l’école, lieu de formation à la vie en collectivité et à la citoyenneté. On le voit, les violences sexistes et sexuelles dans l’espace public s’inscrivent dans un espace circonscrit mais elles sont symptomatiques des rapports entre les femmes et les hommes et montrent combien ce phénomène est diffus dans la société, à travers une banalisation de ces violences sexistes et sexuelles qui contribue à une « culture du viol ». Rappelons qu’en 2017, ce sont 250 000 personnes qui ont été victimes de viol ou de tentatives de viol dont 93 000 femmes, 15 000 hommes et 150 000 mineur·e·s en France[4]. Dans 90 % des cas, les victimes connaissent leurs agresseurs : 45 % des agresseurs sont les conjoints ou ex-conjoints. En effet, 93 % des appels reçus par la plateforme 3919 gérée par la Fédération nationale Solidarité Femmes sont des appels liés aux violences conjugales. Et seulement, 9 à 10 % des victimes déposent plainte. Preuve que les violences sexistes et sexuelles sont un réel fléau dans notre société et opèrent partout – dans l’espace public, au travail mais aussi surtout, dans les foyers – et que le mouvement de libération de la parole avec #MeToo n’en est qu’à ses soubresauts. 

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