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Les mots pour le dire : enquête sur les représentations de l’immigration chez les électeurs de gauche

05/04/2012 2’
Ivoa Alavoine Ivoa Alavoine
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La Fondation a réalisé avec l’institut HCK une étude unique sur la perception de l’immigration en faisant dialoguer, pendant plus de quinze jours, des dizaines d’électeurs de gauche. Ivoa Alavoine met en lumière les résultats passionnants de cette étude.

Télécharger la synthèse :

Grâce à un dispositif online d’étude inédit dans sa forme, l’institut HCK a, sur la demande de la Fondation Jean-Jaurès, fait débattre pendant plus de quinze jours sur l’immigration des dizaines d’individus ayant voté au moins une fois à gauche. Cette étude a permis de dégager les contours des représentations que se font ces électeurs de l’immigration, et de mieux appréhender le langage que la gauche se doit d’adopter pour parler de ces problématiques.

Tout d’abord, l’étude a mis en évidence une tripartition robuste des électeurs potentiels (mais parfois lointains) de la gauche, avec deux groupes numériquement majoritaires (appelés par convention les « ouverts » et les « ouverts/fermés ») et un groupe si minoritaire (les « fermés », définis par un vote favorable à l’idée « Il faut réduire le nombre d’immigrés qui arrivent en France ») qu’il est statistiquement inexploitable. Le groupe des « ouverts » se définit par un vote consensuel et franc en faveur des assertions : « L’immigration est créatrice de richesse » et « La France a besoin d’immigration ». Le groupe des « ouverts/fermés », à peine moins nombreux que le groupe des « ouverts » mais tout aussi solide dans les corrélations établies par l’enquête, se définit par un vote positif sur ces trois propositions : « La France a besoin d’immigration », « L’immigration est créatrice de richesse » et, dans le même temps, « Il faut réduire l’immigration ». Cette distinction est particulièrement importante pour l’étude, puisque celle-ci démontre que si ces deux groupes ne partagent pas toujours le même diagnostic sur l’immigration, ni un même langage, ils s’accordent assez largement sur les propositions qu’ils souhaiteraient voir formulées par la gauche.

Alors que l’immigration est perçue par les « ouverts/fermés » comme un « enjeu important pour 2012 », la gauche est pour eux inaudible. Ils estiment majoritairement que « la gauche n’est pas claire sur les questions d’immigration » et hésitent à considérer que l’immigration soit un « faux problème ». A l’inverse, pour le groupe des « ouverts », le positionnement de gauche sur la question est clair : l’immigration n’est pas un problème en soi et ne nécessite donc pas de traitement spécifique. C’est l’un des points d’achoppement de ces deux groupes. Le responsable politique se trouve donc confronté à une difficulté majeure : d’un côté, il ne semble pas possible de parler d’immigration sans risquer de s’aliéner les « ouverts », pour lesquels le simple fait d’aborder le sujet est suspect en soi ; d’un autre côté, on ne peut espérer convaincre les « ouverts/fermés » sans parler d’immigration. Plus précisément, l’étude montre que ces deux groupes, qui se rencontrent pourtant sur de nombreux points, se repoussent comme des aimants dans l’art et la manière d’appréhender la question, la terminologie employée, le « métalangage » relatif à l’immigration.

Ainsi, la terminologie généreuse de la gauche sur la question de l’immigration non seulement ne convainc pas les « ouverts/fermés » mais elle a tendance à les repousser – comme les « ouverts » n’ont, pour leur part, pas besoin d’être convaincus, ce discours semble donc totalement contre-productif : le simple fait d’aborder politiquement la question rebute les « ouverts », alors que les arguments des « ouverts » repoussent les « ouverts/fermés ». La construction d’un discours politique de gauche sur l’immigration doit donc, de façon subtile et réfléchie, trouver la meilleure manière de s’adresser aux uns sans froisser les autres.

Dans cette entreprise, cette étude à l’initiative de la Fondation Jean-Jaurès permet de dégager une méthodologie, mais aussi de faire émerger des préconisations adaptées aux attentes. Pour parler d’immigration, il apparaît indispensable de systématiquement déconstruire les termes et de cultiver une « pédagogie », empreinte de neutralité et dénuée d’affirmations idéologiques pour mettre à bas les très nombreuses idées reçues sur le sujet. Cette étape s’est révélée très efficace dans la tenue des débats avec les individus interrogés pour faire avancer les discussions. Les groupes, chiffres ou notions utilisés doivent ainsi faire l’objet de définitions claires.

Concernant les préconisations, on soulignera l’exigence de pragmatisme (notamment pour les flux d’immigration) eu égard aux conditions économiques difficiles traversées par la France mais également l’accent mis sur la nécessité d’une bonne intégration des individus accueillis et d’un égal accès aux droits sociaux afin de favoriser celle-ci. Il ne saurait désormais être question de penser l’immigration sans prendre en compte l’avenir des populations accueillies et accueillantes, ce qui débouche sur un certain nombre de propositions concrètes de politiques publiques. C’est sur ce terrain que doit se développer une véritable politique de gauche : la présente Note offre de sérieux jalons pour initier ce renouveau.

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