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Nomades ou sédentaires : quelles différences dans le vote ?

14/03/2017 7’
Jérôme Fourquet Jérôme Fourquet
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44 % des Français ont toujours vécu dans le même département ou la même région depuis leur naissance, quand 46 % ont vécu dans plusieurs départements ou régions différentes, et 10 % ont quasiment toujours vécu au même endroit. Quelle incidence ce rapport très particulier à la sédentarité et à la mobilité a-t-il sur le vote ? Ce rapport, choisi ou subi, est-il structurant dans les attitudes électorales ? Analyse de ces trois groupes – « nomades », « sédentaires » et « quasi-sédentaires » – par Jérôme Fourquet pour l’Observatoire de l’opinion. 

La grande spatialité du vote Front national

Le vote pour le Front national est caractérisé de longue date par une spatialité très marquée. Depuis près de trente ans, la carte de ce vote fait ainsi toujours ressortir un clivage est-ouest avec une ligne de fracture courant du Havre à Valence avant de rejoindre Perpignan. En schématisant quelque peu, tous les territoires situés à l’est de cette ligne de démarcation sont des zones de force frontistes quand les départements se trouvant à l’ouest (à l’exception de la vallée de la Garonne) font figure de terres de mission, ou du moins de moindre influence. À un niveau d’analyse plus fin, la dimension géographique ressort également régulièrement comme étant structurante de ce vote avec, d’une manière générale, une audience plus importante dans les zones péri-urbaines et rurales et une moindre assise dans le cœur des grandes agglomérations. Les résultats du premier tour des dernières élections régionales en Île-de-France l’ont par exemple illustré spectaculairement avec un vote Front national dont l’intensité allait crescendo au fur et à mesure que l’on s’éloignait du centre de Paris[1].


Scores moyens au 1er tour des élections régionales de 2015 en Île-de-France en fonction de la distance à Paris

 

Si la répartition spatiale du vote Front national répond donc à une géographie bien spécifique, le discours de ce parti est également porteur d’un rapport particulier au territoire avec une place centrale accordée à des notions comme l’enracinement, les frontières, le patriotisme vécu au sens barrésien comme l’attachement à la terre et aux morts et la souveraineté, définie comme la pleine maîtrise par l’État et un peuple de sa destinée mais aussi de son territoire national.   

Pour les frontistes, le nouveau clivage n’oppose plus la gauche et la droite mais les mondialistes aux patriotes attachés au cadre national, ce clivage se superposant à celui entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Pour les politologues, cette division renvoie à celle qui oppose les tenants d’une société ouverte aux adeptes d’une société fermée. On voit ainsi poindre un clivage entre ceux qui auraient un rapport maîtrisé et apaisé vis-à-vis de la mobilité (c’est-à-dire ceux qui ne redoutent pas les flux migratoires, qui défendent le principe de libre-circulation et qui pratiquement aisément la mobilité dans un cadre touristique, professionnel ou résidentiel) et ceux qui entretiendraient un rapport plus craintif et restreint ou contraint à la mobilité. Ces derniers voyagent moins, vivent souvent là où ils sont nés, sont inquiets voire opposés à la poursuite de l’immigration et sont en attente d’une reprise de contrôle et d’un retour des frontières nationales.    

France sédentaire et France mobile

Pour explorer cette piste, nous avons posé, dans le cadre de nos sondages d’intention de vote pour la présidentielle, une question visant à cerner le degré de sédentarité des interviewés. Cette étude, réalisée auprès d’un échantillon national représentatif de 4 400 électeurs inscrits sur les listes électorales, nous montre que 44 % de la population française a toujours vécu dans le même département ou la même région depuis sa naissance quand la même proportion (46 %) a vécu dans plusieurs départements ou régions différentes. 10 % ont quasiment toujours vécu au même endroit depuis leur naissance bien qu’ayant passé une ou plusieurs années ailleurs dans le cadre de leurs études ou de leur travail par exemple.


Le degré de mobilité résidentielle au cours de la vie

Question : Depuis que vous êtes né… ?


On le voit, la société française est fortement divisée concernant son degré de sédentarité avec une quasi-majorité de nos concitoyens qui a quasiment toujours vécu dans la même région, voire le même département, quand l’autre moitié a connu plusieurs régions de résidence au cours de son existence. Ces chiffres varient très sensiblement selon les différentes catégories de la population. Assez logiquement, la propension à avoir résidé dans plusieurs départements ou régions augmente avec l’âge car la probabilité d’avoir dû ou choisi de déménager pour différentes raisons (familiale, professionnelle, etc.) sera d’autant plus grande que le nombre d’années de l’interviewé sera élevé. Il ne s’agit cependant pas d’une relation strictement linéaire car comme le montre le graphique suivant on observe un vrai effet de seuil au-delà de 65 ans. Cette borne correspond au départ à la retraite qui se traduit pour une part significative des seniors par un changement de région. Environ 15 % d’entre eux (la proportion des personnes ayant toujours vécu dans le même département ou la même région passant de 44 % chez les 50-64 ans à seulement 29 % parmi les 65 ans et plus) choisissent d’aller s’installer sur le littoral ou dans les régions du sud de la France. 


Le degré de mobilité résidentielle au cours de la vie selon l’âge, la catégorie socio-professionnelle et le niveau de diplôme

♦ A toujours vécu dans le même département ou la même région

♦ A vécu dans le même département ou la même région mais a passé une ou plusieurs années ailleurs

♦ A vécu dans plusieurs départements ou régions différentes
 

Le fait d’avoir connu plusieurs lieux de résidence ne correspond pas uniquement au choix fait lors de sa retraite. Il est également assez indexé sur le statut professionnel et le niveau de diplôme. Les cadres et les professions intellectuelles sont les plus nombreux à avoir résidé dans des départements ou des régions différentes. Cela peut être lié à leurs études supérieures qui ont souvent entraîné une décohabitation avec la cellule familiale mais aussi à leur carrière qui peut générer des opportunités à saisir ou des mutations dans d’autres régions que sa région d’origine.

Les professions intermédiaires (c’est-à-dire les classes moyennes) et plus encore les catégories populaires sont sujettes à une plus grande sédentarité. Deux fois plus d’employés et d’ouvriers (55 %) ont toujours vécu dans le même département ou région que les cadres et les professions intellectuelles (27 %). Cette plus grande sédentarité des milieux populaires s’explique par une scolarité plus courte et par des opportunités de carrière moins nombreuses.

Les plus diplômés et les cadres ont donc plus fréquemment connu plusieurs lieux de vie différents et se sont confrontés à des horizons divers. Ce degré d’ouverture à l’altérité est nettement moins développé dans les milieux populaires et parmi les moins diplômés qui restent plus souvent dans le département et leur région de naissance dans lesquels ils ont construit leurs points de repère et l’essentiel de leurs réseaux relationnels, ce qui peut nourrir un fort attachement à leur territoire. Alors que les plus diplômés et les cadres et professions intellectuelles ont fait de leur capacité d’adaptation à des environnements différents et de leur mobilité une ressource voire une valeur (« l’ouverture d’esprit »), les moins diplômés et les membres des catégories populaires ont fait de leur enracinement dans un territoire une ressource que l’on peut qualifier, pour reprendre l’expression du sociologue Nicolas Renahy, de « capital d’autochtonie »[2].    

Trois groupes se dessinent donc selon la trajectoire résidentielle qu’ont eue les individus au cours de leur vie. Un premier groupe, que l’on nommera les « sédentaires », a toujours vécu depuis sa naissance dans le même département ou la même région. À l’autre extrémité, une autre catégorie qui rassemble quasiment la même proportion de Français est constituée par ceux qui ont résidé dans plusieurs départements et régions au cours de leur existence qu’on définira comme les « nomades ». Les membres de la troisième catégorie, nettement moins nombreux, seront qualifiés de « quasi-sédentaires » dans la mesure où, à part une parenthèse d’une ou de quelques années passées ailleurs, ils ont toujours habité à proximité de leur lieu de naissance.   

Un survote pour le Front national dans les populations les plus enracinées

Le degré de sédentarité ou de mobilité produit, on le voit, des effets sur le rapport au monde des individus. Ce critère influe-t-il dès lors sur les comportements électoraux ?

Si les intentions de vote en faveur de plusieurs candidats (notamment pour ce qui est des candidats de gauche) ne varient pas selon ce critère, cette variable impacte significativement le vote Front national et le vote François Fillon. Comme le montre le graphique suivant, Marine Le Pen atteindrait aujourd’hui (sur la base d’une intention de vote de 26 % au plan national) 30 % parmi les sédentaires contre 22 % parmi les quasi-sédentaires et 23 % parmi les nomades. Le Front national, parti qui défend l’enracinement et qui s’adresse aux perdants de la mondialisation que sont les habitants des territoires situés à la marge des flux d’échanges et à la périphérie des métropoles connectées à l’économie globalisée, rencontre donc un écho plus appuyé parmi les sédentaires que parmi ceux que nous avons appelés les nomades.

Les intentions de vote en faveur de François Fillon suivraient quant à elles une trajectoire inversée. Sur la base d’un niveau d’intention de vote moyen de 18 %, le candidat de la droite recueillerait seulement 15 % parmi les sédentaires contre 18 % chez les quasi-sédentaires et 21 % parmi les nomades.


Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen et François Fillon selon le degré de sédentarité


Plusieurs enseignements peuvent être tirés à ce stade.

  • Premier enseignement, Marine Le Pen bénéficie d’une prime dans la population la plus figée sur un territoire mais elle atteint néanmoins 22 % et 23 % auprès des électeurs qui ont changé de régions ou de départements au cours de leur vie. Si le discours d’enracinement et d’attachement au territoire national ou local (la « petite patrie » dans la terminologie maurassienne) et de rejet de l’immigration porte donc davantage dans le public sédentaire, il séduit également plus d’un électeur sur cinq dans les composantes les plus mobiles de la population.
  • Deuxième enseignement, sur cette variable d’analyse, la ligne de clivage passe, pour ce qui est du vote frontiste, entre les sédentaires d’une part (30 % d’intentions de vote) et les quasi-sédentaires et les nomades (respectivement 22 % et 23 %) d’autre part. Tout se passe donc comme si le fait d’avoir quitté ne serait-ce que quelques années sa région de naissance engendrait, dans une partie de la population, un rapport au territoire et à l’ouverture différent, ce qui aurait comme effet de contenir partiellement le vote frontiste. 
  • Troisième enseignement, François Fillon fait quasiment jeu égal avec Marine Le Pen parmi les nomades mais cette dernière obtient un score deux fois supérieur au sien parmi les sédentaires. On voit ici clairement apparaître un facteur nouveau sur lequel se structure l’opposition entre la droite et le Front national. Les publics de droite les plus mobiles sont partagés à parité entre ces deux forces alors que dans la population de droite la plus sédentaire, le rapport de forces penche très lourdement en faveur du Front national.

La sédentarité amplifie le vote Front national notamment dans les catégories déjà les plus enclines à un tel vote

On a vu précédemment que la mobilité résidentielle et le fait d’avoir vécu dans plusieurs régions au cours de sa vie concernaient davantage les retraités, les cadres et les professions intellectuelles et les plus diplômés alors qu’inversement, la proportion de sédentaires était significativement supérieure à la moyenne dans les tranches d’âge actives, dans les milieux populaires et parmi les moins diplômés, soit autant de catégories structurellement plus favorables au Front national. On peut alors s’interroger pour savoir si la variable de la mobilité a un réel impact sur le niveau du vote Front national ou si les écarts observés ne seraient en fait que le reflet de la surreprésentation des catégories les plus enclines au vote Front national parmi les sédentaires et de la forte prévalence des groupes les plus réfractaires à ce parti parmi les nomades.

Les données présentées dans les tableaux ci-dessous permettent de trancher le débat et d’arriver à la conclusion suivante : le degré de sédentarité joue comme un facteur amplifiant la propension au vote au Front national dans les milieux déjà structurellement les plus enclins à voter pour ce parti. Son influence est en revanche plus faible dans les groupes les plus hostiles au vote frontiste.

Cela apparaît très nettement quand on analyse les résultats selon les tranches d’âge. L’écart d’intentions de vote entre les sédentaires et les quasi-sédentaires n’est que de 4 points parmi les personnes âgées de 65 ans et plus (tranche d’âge dans laquelle en moyenne le vote Front national est le plus faible). Il est en revanche de 7 points auprès de 35-64 ans et de 9 points chez les plus jeunes. 
 

Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen par âge selon le degré de sédentarité

Âge

Ensemble

Sédentaires

Quasi-sédentaires

Nomades

Moins de 35 ans

28 %

30 %

21 %

26 %

35-64 ans

30 % 

33 %

26 %

27 %

65 ans et +

17 %

20 %

16 %

15 %


On observe le même phénomène concernant le niveau de diplôme, variable structurant très puissamment l’intensité du vote frontiste qui passe en moyenne de 15 % parmi les personnes disposant d’un diplôme supérieur au Bac à 31 % parmi les personnes ayant le niveau Bac et même 38 % pour les moins diplômées.
 

Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen par niveau de diplôme selon le degré de sédentarité

Niveau de diplôme

Ensemble

Sédentaires

Quasi-sédentaires

Nomades

Inférieur au Bac

38 %

41 %

36 %

36 %

Bac

31 %

35 %

28 %

28 %

Supérieur au Bac

15 %

19 %

14 %

13 %


Ici aussi, la prime au vote Front national chez les sédentaires et les quasi-sédentaires est un peu plus forte dans les strates éducatives les plus acquises à ce parti, cette sédentarité venant amplifier ce tropisme plus puissamment que dans les strates les plus réfractaires.

L’analyse selon la catégorie socio-professionnelle fait apparaître un phénomène un peu plus complexe. Parmi les cadres supérieurs, les professions intellectuelles et les classes moyennes, le niveau de vote Front national est quasiment identique quel que soit le degré de sédentarité/mobilité. Dans ces groupes sociaux qui sont les moins favorables au Front national, les freins à un tel vote sont très répandus et généralisés. Ils fonctionnent autant parmi ceux qui ont vécu dans plusieurs régions ou départements que chez ceux qui ont passé toute leur vie au même endroit.   

Dans les milieux populaires, cette variable joue dans les deux sens. Le vote Front national atteint son paroxysme (45 %) parmi les ouvriers et les employés qui ont toujours habité dans le même département ou région. Dans ces milieux, on peut y voir la prime à l’enracinement dont on a parlé précédemment. On peut aussi faire le lien entre ce score et une forme d’assignation à résidence dont serait victime une partie de ces populations, qui faute de moyens ou d’opportunités professionnelles n’est pas en capacité de quitter sa région même si celle-ci est frappée par la crise. À l’autre extrémité du spectre, la propension au vote Front national est également élevée parmi les ouvriers et les employés qui, eux, ont résidé dans plusieurs départements ou régions au cours de leur vie (38 %). Aux causes structurelles favorisant habituellement un tel vote dans ces milieux (insécurité économique, physique et culturelle), s’ajoute peut-être également une plus grande précarité les ayant conduits à déménager au gré des aléas de leur vie professionnelle. À l’inverse, les employés et ouvriers qui habitent dans leur département ou région de naissance mais en ayant vécu momentanément ailleurs affichent une plus faible propension à voter pour la candidate Front national (26 %). On peut avancer l’idée que ce public, attaché à sa région d’origine, a pu après une parenthèse liée à ses études ou activités professionnelles expérimenter un autre lieu de vie, avant de revenir dans sa région d’origine. Dans cette catégorie, la mobilité a peut-être été davantage choisie que subie (contrairement à ce qui se produit plus fréquemment dans la strate des nomades) et elle a offert un degré d’ouverture plus important qu’à ceux vivent dans leur département ou région de naissance sans avoir jamais connu autre chose. 

Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen par catégorie socio-professionnelle selon le degré de sédentarité

Statut

Ensemble

Sédentaires

Quasi-sédentaires

Nomades

Cadres supérieurs et classes moyennes

19 %

19 %

20 %

17 %

Employés et ouvriers

41 %

45 %

26 %

38 %


Si l’on résume, les classes moyennes et supérieures sont de manière homogène nettement réfractaires au vote Front national, y compris pour les individus qui se caractérisent par le plus haut degré de sédentarité géographique. À l’inverse, dans les milieux populaires un tel vote est très prégnant et il est amplifié selon des logiques contraires (enracinement et sédentarité contrainte versus mobilité subie et instabilité accrue) parmi ceux que nous avons appelé les sédentaires et les nomades. 

Focus régionaux

Le cumul de plusieurs vagues d’enquête d’intentions de vote permet de disposer d’échantillons importants et de réaliser des zooms sur certaines zones géographiques. Ces analyses montrent que, comme pour les catégories socio-professionnelles, l’impact de la variable du degré de sédentarité sur le vote Front national varie selon les territoires. On constate ainsi dans quasiment toutes les régions un survote en faveur de Marine Le Pen dans la strate des sédentaires. Comme on peut le voir dans le tableau suivant, cet effet est particulièrement puissant dans les Hauts-de-France et plus encore dans le Grand Est, espace regroupant l’Alsace, la Lorraine, Champagne-Ardenne et la Franche-Comté.
 

Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen dans certaines régions selon le degré de sédentarité

Régions

Ensemble

Sédentaires

Quasi-sédentaires

Nomades

Grand-Est

34 %

41 %

21 %

28 %

Hauts-de-France

33 %

36 %

24 %

31 %

PACA-Languedoc-Roussillon

31 %

31 %

34 %

31 %


Mais dans l’ensemble PACA-Languedoc-Roussillon, autre zone de force frontiste, ce vote apparaît homogène quel que soit le parcours résidentiel des électeurs. Dans ces départements méditerranéens, le vote Front national se nourrit autant du soutien des autochtones que de celui de ceux qui, après avoir passé une ou quelques années ailleurs, sont rentrés au pays ainsi que de celui de ceux qui sont venus s’installer dans cette région après avoir grandi et vécu dans d’autres endroits (parmi lesquels on compte beaucoup de retraités mais aussi d’actifs attirés par le climat méditerranéen). Dans ses bastions du nord et de l’est, le vote Front national est donc d’abord le fait des sédentaires alors que dans les fiefs du sud, il émane autant des autochtones que des nouveaux habitants, qui sont nombreux. Dans la monographie que nous avons consacrée avec Sylvain Manternach et Nicolas Lebourg à la ville de Perpignan[3], nous avions d’ailleurs observé que le vote frontiste était aussi élevé dans les bureaux de vote où la proportion d’électeurs nés dans les Pyrénées-Orientales était forte que dans ceux où c’est la proportion de gabatxes (terme par lequel les Catalans désignent les non-Catalans) qui était importante, le rejet de l’immigration maghrébine soudant ces deux groupes.

Dans ces départements méditerranéens, le vote Front national est particulièrement élevé parmi ceux que nous avons appelé les nomades. Mais toutes ces personnes ne sont pas acquises au Front national et la droite y compte aussi des soutiens (23 % d’intentions de vote). On peut penser qu’il s’agit notamment des retraités plus ou moins aisés qui ont quitté leur région d’origine pour venir passer la fin de leur vie au soleil et à proximité de la mer. François Fillon serait un peu moins distancé par Marine Le Pen dans cette strate de la population de ces deux régions méditerranéennes (23 % contre 31 %), mais il y serait en revanche totalement écrasé parmi les sédentaires (13 % contre 31 %) et les quasi-sédentaires (18 % contre 34 %).
 

Les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen et François Fillon dans le Grand Ouest selon le degré de sédentarité


On retrouve le même phénomène dans le Grand Ouest (Bretagne, Pays-de-la-Loire, Basse-Normandie), autre région touristique connaissant une importante dynamique démographique alimentée par l’arrivée de retraités et de cadres venant d’autres régions et attirés par le littoral. Dans cette zone, bien que François Fillon soit le régional de l’étape, il serait aujourd’hui d’abord soutenu par cette population non originaire de la région et y ferait quasiment jeu égal avec Marine Le Pen. Les autochtones se détourneraient en revanche du Sarthois qui serait très nettement surclassé par sa rivale.

 

Dans les médias : 
« Y a-t-il un lien entre vote Le Pen et mobilité géographique ? »  (Le Figaro, 15 mars 2017). 

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