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Paul Lafargue, cent ans après...

22/11/2011 2’
Jean-Numa Ducange Jean-Numa Ducange
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Le 25 novembre 1911, il y a cent ans, se suicidaient Paul Lafargue et son épouse Laura, fille de Karl Marx, alors un des couples les plus célèbres du socialisme européen. Mais qui était vraiment Paul Lafargue ? Cet anniversaire permet de le (re)découvrir et, avec lui, tout un pan de l’histoire du socialisme.

L’histoire du monde fut toujours écrite par les vainqueurs et l’histoire des idées n’échappe pas à cette règle. Le déclin rapide du guesdisme, comme courant de la SFIO naissante, explique probablement la discrète postérité de Paul Lafargue. Pourtant, alors que nous commémorons le centenaire de sa mort, redécouvrir ce grand homme du socialisme européen de la Belle Epoque c’est aussi redécouvrir le socialisme de cette époque, les courants qui le traversaient et les hommes qui en étaient les acteurs.

Né en 1842 à Santiago de Cuba, Lafargue gardera de son enfance une fibre internationale et une aisance linguistique qui le serviront par la suite. Après avoir fait ses études de médecine en France, farouche opposant au Second Empire il fut contraint de s’exiler à Londres. Il y fit la connaissance de Karl Marx dont il épousa non seulement les idées mais aussi la fille.


De retour en France au moment de la guerre de 1870, il doit quitter Bordeaux pour l’Espagne avec la répression des communards et de leurs soutiens en 1871. De cet exil forcé il fit une mission, promouvoir et implanter le marxisme dans les masses ouvrières espagnoles, plus traditionnellement sensibles aux thèses anarchistes.

Constatant son échec, il retournera mener ce combat en France dix ans plus tard, avec pour objectif la création d’un véritable Parti socialiste d’inspiration marxiste.

Partisan du courant fondé par Jules Guesde, Lafargue portera durant les années 1890-1905 un socialisme intransigeant inspiré des sociaux-démocrates allemands et qui n’hésitera pas à égratigner ses camarades, et surtout Jean Jaurès, lorsque ceux-ci s’éloigneront de la ligne idéologique qu’il défend.

Acteur de la vie politique française, il cherchera à rapprocher les thèses complexes de Marx des ouvriers, en vulgarisant le marxisme et en créant un corpus d’éléments de langage qui formeront la base du lexique de la « lutte des classes ». Il martela alors ces écrits, inlassablement, dans L’Humanité et les autres journaux de même obédience.

Néanmoins, Lafargue ne fut jamais sectaire, il sut faire exception à ses principes les plus stricts pour appeler ses camarades à soutenir Dreyfus. De même, il s’engagea dans le processus qui mènera à l’union des socialistes avec la création de la SFIO en 1905. Mais la marginalisation du guesdisme et l’orientation du parti l’éloigneront de la scène politique jusqu’à son suicide le 25 novembre 1911, en même temps que sa femme.

Longtemps Lafargue fut un oublié du combat socialiste. Il faudra attendre les années 1930 avant que le Parti communiste ne le redécouvre et c’est par les Etats-Unis, et notamment un ouvrage de Leslie Derfler de 1991, que Lafargue redeviendra un objet d’histoire pour les historiens du socialisme.

Marié à la fille de Marx, proche d’Engels, tantôt révolutionnaire, tantôt parlementaire, l’histoire de Lafargue est en peu celle du socialisme. En nous réappropriant ses correspondances et ses écrits, c’est une certaine tradition de la gauche française que l’on redécouvre et qui, dans le contexte des échéances à venir, fait écho à des réalités qui traversent la famille socialiste aujourd’hui.

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