Vous êtes ici

International
S'abonner

Pennsylvanie : Swing State

19/10/2020 8’
Renan-Abhinav Moog Renan-Abhinav Moog
Suivre
Favoris
Partager
A a Zoom

Malgré un contexte sanitaire demeurant critique aux États-Unis, la campagne électorale se poursuit et le retrait des primaires démocrates de Bernie Sanders a fait de Joe Biden l’adversaire de Donald Trump en novembre prochain. À l’approche du scrutin, Renan-Abhinav Moog propose une analyse électorale historique de différents États, afin de saisir les rapports de force politiques locaux, décisifs quant à l’issue du scrutin fédéral. Après le Vermont, l’Alaskala Floride, le Texas, la Californie, le Wyoming, l’Illinoisl’Ohio, le Dakota du Nord, le Delaware, le Dakota du Sud et l’État de New York, treizième épisode : la Pennsylvanie.

Faisant partie des Treize Colonies originelles et actuellement cinquième État le plus peuplé, la Pennsylvanie arrivait pourtant à la deuxième place jusqu’au recensement de 1950. Elle s’est faite dépassée par la Californie en 1950, puis par le Texas en 1980 et enfin par la Floride en 1990. Dépassée par l’Illinois et ainsi reléguée à la sixième place en 2000, la Pennsylvanie a toutefois regagné une place en 2019, l’Illinois perdant en population tandis qu’elle connaissait une très timide croissance. La Pennsylvanie a compté jusqu’à 38 grands électeurs, entre 1912 et 1928. Elle n’en a plus que 20 actuellement et en perdra normalement un supplémentaire suite au recensement de 2020. L’État a rejoint l’Union le 12 décembre 1787, ce qui en fait le deuxième à y avoir été admis.

Au début du XXe siècle, l’État a connu un fort essor économique, basé sur le charbon, la métallurgie, la sidérurgie, l’industrie textile, les chantiers navals, la pêche et l’exploitation forestière. En conséquence, la Pennsylvanie a connu une immigration importante.

De nos jours, parmi la population non issue de minorités, 28,5 % des Pennsylvaniens déclarent des origines allemandes, 18,2 % des origines irlandaises et 12,8 % italiennes. En conséquence de ces importantes communautés d’Américains d’origine irlandaise et italienne, les catholiques représentent 24 % de la population.

L’État, jadis ultra-majoritairement blanc, a toujours eu une minorité afro-américaine (10,9 % en 2009 ; 13,1 % en 2018, principalement implantée à Philadelphie et Pittsburgh) et a vu se développer une minorité latino-américaine (11,7 % en 2018) et, plus récemment, asio-américaine (1,2 % en 1990 ; 4,6 % en 2018).

Toutefois, le manque d’attrait économique cause un vieillissement de la population, ce qui fait de la Pennsylvanie le quatrième État en pourcentage de la population âgée de plus de 65 ans.

Si l’agriculture occupe toujours une place importance dans l’économie pennsylvanienne (légumes de serre, champignons, fruits), l’industrie n’a pas disparu (chimie, textile, agro-alimentaire, électronique) tandis que le secteur tertiaire (santé, finance, transports, télécommunications) est désormais prédominant. La santé et la finance sont particulièrement implantés à Philadelphie et Pittsburgh où ils ont remplacé la sidérurgie après la crise industrielle des années 1970-1980.

Ces deux villes constituent deux fiefs démocrates au milieu de zones rurales, nettement plus conservatrices. Leur poids (14,7 % de la population totale) a suffi à placer la Pennsylvanie dans le camp démocrate pendant vingt ans. À tel point que presque personne n’a vu venir la victoire de Donald Trump en 2016. Alors qu’elle avait échappé à Franklin D. Roosevelt en 1932 (votant pour le GOP – Grand Old Party, Parti républicain – pour la sixième fois consécutive depuis 1916) avant de voter pour lui trois fois de suite (en 1936, 1940 et 1944), la Pennsylvanie est retournée dans le camp républicain dès 1948, lorsque Thomas Dewey a battu le sortant Harry Truman avec quatre points d’avance. Ce scrutin est le dernier à voir un démocrate élu nationalement tout en perdant la Pennsylvanie.

De 1881 à 1934, la Pennsylvanie a constamment été représentée par deux sénateurs républicains. Un premier démocrate a été élu en 1934 mais a perdu son siège en 1946. L’autre siège a été conquis par les démocrates en 1944 mais ces derniers ne l’ont conservé que le temps d’un seul mandat, le GOP l’ayant récupéré en 1950.

Par ailleurs, le GOP a solidement tenu le poste de gouverneur de 1895 à 1934, année de l’élection du démocrate George Howard Earle III, qui n’a fait qu’un mandat, jusqu’en janvier 1939. Il a ensuite fallu attendre 1954 pour qu’un démocrate remporte le mandat de gouverneur.

Le GOP a logiquement remporté l’État en 1952 et 1956, avec les victoires de Dwight Eisenhower, d’abord avec 52,7 % puis 56,5 %, un score lui permettant de remporter l’ensemble des 67 comtés sauf celui de Philadelphie (près de 124 000 voix d’avance pour Adlai Stevenson) ainsi que quatre comtés contigus (Washington, Green, Fayette et Westmoreland) situés dans le coin sud-ouest de l’État, en plein cœur du Coal Country (pays du charbon), qui s’étend en Virginie occidentale ainsi que dans l’est de l’Ohio et du Kentucky.

En 1956, les démocrates récupèrent un des deux sièges au Sénat, avec l’élection de Joseph Clark contre le sortant GOP James Duff.

En 1960, John F. Kennedy fait basculer dix comtés, dont Allegheny où se situe Pittsburgh, et Erie, au bord du lac du même nom, où se situe la ville industrielle d’Erie, quatrième ville de l’État, Lackawanna, dont le siège est Scranton, sixième ville de l’État, et Northampton, qui fait partie de l’agglomération New York-Newark. Cette bascule, accompagnée d’une percée à Philadelphie (où la marge démocrate passe de 124 000 voix en 1956 à 331 000 quatre ans plus tard), lui permet de faire basculer l’État et ses 32 grands électeurs dans le camp démocrate, avec une marge de victoire de 116 326 voix.

Deux ans plus tard, les républicains gagnent le poste de gouverneur, que les démocrates occupaient depuis janvier 1955.

En 1964, l’État vote très largement pour Lyndon B. Johnson, qui remporte 64,9 % contre seulement 34,7 % à Barry Goldwater. Pour la première fois de son histoire électorale, la Pennsylvanie est plus démocrate que le pays dans son ensemble. Lyndon Johnson s’impose dans 63 des 67 comtés et remporte les 29 grands électeurs de l’État. Il fait notamment basculer les trois comtés correspondant aux banlieues de Philadelphie : Delaware, Montgomery et Bucks. Delaware n’avait jamais voté pour un candidat démocrate depuis 1880, Montgomery ne l’avait fait que deux fois, en 1892 et 1912, et Bucks quatre fois (1888, 1892, 1912 et 1936). Il obtient 73,4 % à Philadelphie, ce qui représente 431 000 voix d’avance, soit 29,6 % de son avance totale dans l’État et dépasse les 70 % dans plusieurs comtés du Coal Country : Greene (74,5 %), Fayette (73,4 %), Washington (72,3 %), Beaver (72 %) et Westmoreland (71,7 %), ainsi que dans les comtés urbains de Lackawanna (73,7 %) et Northampton (73,1 %). Enfin, il obtient 69,6 % à Erie et 66 % à Allegheny.

Réélu en 1964, le sénateur GOP Hugh Scott devient Minority Leader[1] en 1969. Il le restera jusqu’à son retrait du Sénat en janvier 1977.

Malgré un fort recul et la concurrence de George Wallace[2] – qui recueille 8 % des voix –, les démocrates conservent la Pennsylvanie en 1968, tout en perdant le scrutin à l’échelle nationale. Pour la première fois depuis 1948, la Pennsylvanie ne vote pas pour le vainqueur. Hubert Humphrey doit sa victoire à sa très confortable avance à Philadelphie et Pittsburgh ; ses deux marges de victoires cumulées représentent 371 731 voix, tandis que son avance à l’échelle de l’État n’est que de 169 388 suffrages.

En 1970, le poste de gouverneur est remporté par le démocrate Milton Shapp, avec 55,2 % des voix.

En 1972, alors que l’État ne conserve que 27 grands électeurs, les républicains reviennent sur le devant de la scène politique. Avec 59,1 % contre 39,1 % à George McGovern, Richard Nixon prend enfin sa revanche. Il remporte 66 des 67 comtés, ne laissant que Philadelphie à son adversaire. Il remporte notamment Green County, Fayette County, Westmoreland County et Washington County, qui n’avaient pas voté GOP depuis 1928, ainsi qu’Allegheny, où il remporte 55,6 % des voix.

Alors que la Constitution de l’État n’autorisait aux gouverneurs de n’effectuer qu’un seul mandat, cette dernière a changé en 1968, permettant à Milton Shapp d’être candidat à sa réélection en 1974. Il est réélu avec 53,7 % des voix, devenant le tout premier gouverneur à effectuer deux mandats consécutifs.

Deux ans plus tard, Jimmy Carter remporte la Pennsylvanie, avec une marge réduite d’un peu plus de 123 000 voix. Il obtient 50,4 % des voix contre 47,7 % à Gerald Ford. À Philadelphie, il obtient 66,3 %, soit 255 579 voix d’avance.

En 1978, le GOP reprend la main lors de l’élection du gouverneur. Dick Thornburgh remporte 52,4 % contre 46,4 % au démocrate Pete Flaherty, ancien maire de Pittsburgh.

En 1980, Ronald Reagan s’impose avec 49,6 % contre 42,5 % au président sortant Jimmy Carter et 6,4 % à l’indépendant John Anderson. Jimmy Carter ne remporte que 10 comtés : Philadelphie, Lackawana et huit comtés du Coal Country (Allegheny, Lawrence, Beaver, Washington, Greene, Fayette, Westmoreland et Cambria). Greene, Fayette et Washington lui offrent d’ailleurs ses meilleurs scores après Philadelphie.

Le gouverneur Thornburgh est reconduit en 1982 mais avec une marge plus mince : il ne récolte que 50,8 % contre 48,2 % au démocrate Allen Ertel.

En 1984, alors que Ronald Reagan est triomphalement réélu à l’échelle nationale, les démocrates obtiennent un meilleur score en Pennsylvanie que nationalement. Walter Mondale y remporte en effet 46 % des voix contre 40,6 % à l’échelle du pays. De son côté, Ronald Reagan obtient 53,3 % contre 58,8 % dans le pays. L’État, dont l’économie et la population sont en plein déclin, n’envoie plus que 25 grands électeurs dans le collège électoral. Encore une fois, les démocrates ne s’imposent que dans deux zones : Philadelphie et 10 comtés de l’angle sud-ouest de l’État.

En 1986, à l’issue d’une campagne de haut vol entre le démocrate Bob Casey et le lieutenant-gouverneur[3] GOP sortant Bill Scranton III, les démocrates regagnent le poste de gouverneur, avec 50,7 % contre 48,4 %.

En 1988, les démocrates se rapprochent fortement de la victoire, alors que la Pennsylvanie apparaît comme un Swing State. Leur candidat, Michael Dukakis, remporte 15 comtés, mais ses marges de victoire (230 513 voix à Philadelphie ; 117 677 voix à Allegheny) demeurent insuffisantes pour renverser la tendance : George H. Bush conserve l’État avec 105 143 voix d’avance. George Bush remporte largement les trois comtés correspondant aux suburbs de Philadelphie : 45 091 voix d’avance à Bucks County, 51 512 à Delaware County et 60 460 à Montgomery County, soit un total de 157 063, plus que sa marge de victoire dans l’État.

C’est notamment de ces trois comtés de banlieue que va venir la victoire démocrate de 1992, mettant fin à douze ans de victoires consécutives du GOP. Profitant de la présence de l’indépendant Ross Perot, qui récolte 18,2 % des suffrages, Bill Clinton s’impose avec 45,2 % contre 36,1 % au président Bush. Sa marge de victoire passe à 301 576 voix à Philadelphie (où il obtient 68,2 % des voix), et 140 969 à Pittsburgh (Allegheny County, 52,8 % des voix). Il fait notamment basculer Montgomery (42,9 % contre 39,5 % à George Bush), Delaware (41,8 % contre 40,8 %) et Bucks (39,4 % contre 38,1 %), qui n’avaient pas voté démocrate depuis 1964. Dans les comtés traditionnellement les plus démocrates, il ressort largement victorieux : 56,8 % à Fayette (contre 23,8 % pour George Bush et 18,9 % pour Ross Perot), 55,8 % à Greene (23 % et 21,1 %), 54,7 % à Washington (26,1 % et 19,1 %) et 45,2 % à Westmoreland (30,6 % et 24 %).

La Pennsylvanie perd encore deux grands électeurs et passe de 25 à 23.

Réélu au Sénat en 1988, le républicain John Heinz (de la famille Heinz des ketchups) disparaît le 4 avril 1991 dans un accident d’avion. Par chance pour les démocrates, ces derniers ont conservé le poste de gouverneur en novembre 1990 : Bob Casey a été triomphalement réélu avec 67,6 %, remportant 66 des 67 comtés. C’est donc à lui qu’incombe le choix du successeur de Heinz et il se porte sur Harris Wofford, secrétaire au Travail et à l’Industrie au sein de son propre cabinet.

Le 5 novembre 1991, une élection partielle est organisée pour déterminer qui terminera le mandat de John Heinz, qui échoit en janvier 1995. Harris Wofford remporte le scrutin avec 55 % contre 45 % à l’ancien gouverneur Dick Thornburgh.

Mais la Republican Revolution de novembre 1994 balaye le même Wofford, qui n’obtient que 46,9 % contre 49,4 % à un jeune républicain, Rick Santorum. Le même jour, le GOP récupère le siège de gouverneur : son candidat, Tom Ridge, obtient 45,4 % contre 39,9 % au candidat démocrate, et 12,8 % à la candidate du Constitution Party et ex-républicaine, Peg Luksik.

L’effondrement de Ross Perot (qui n’obtient plus que 9,6 %) en 1996 profite davantage à Bill Clinton (qui obtient 49,2 %) qu’à Bob Dole (40 %). Le président sortant fait « exploser les compteurs » à Philadelphie, obtenant 77,4 % des voix, un score qui lui procure 327 643 voix d’avance, auxquelles s’ajoutent 80 413 suffrages d’avance obtenus à Allegheny. Pittsburgh et Philadelphie représentent donc 408 056 voix d’avance pour Clinton, qui remporte l’État avec une avance de 414 650 suffrages.

Malgré la double victoire démocrate de 1992 et 1996, Tom Ridge est largement réélu gouverneur en 1998. Avec 57,4 %, il balaye le démocrate Ivan Itkin (31 %) et la candidate du Constitution Party, Peg Luksik (10,4 %). Ridge remporte tous les comtés sauf celui de Philadelphie.

En 2000 se produit un bouleversement majeur, qui est précurseur de la victoire de Donald Trump seize ans plus tard. Alors qu’il faisait partie des 4 comtés bastions du Parti démocrate, Westmoreland préfère George W. Bush à Al Gore, avec 51,6 % contre 45,8 %. Au cours des soixante-huit années passées, il n’avait voté GOP qu’à une seule reprise, en 1972. Après 2000, il n’a plus jamais voté pour un candidat démocrate. Signe d’une droitisation de la région autour de Pittsburgh, George Bush s’impose dans le 4e district congressionnel qui regroupe alors les banlieues nord de la ville dont le représentant sortant était le démocrate Ron Klink et les démocrates le perdent lors de l’élection à la Chambre des représentants. Al Gore améliore toutefois le score de Bill Clinton à Philadelphie, obtenant 80 % des suffrages soit 348 223 voix d’avance sur George Bush, alors qu’il ne remporte l’État qu’avec une avance de 204 840 voix.

Deux ans plus tard, c’est le démocrate Ed Rendell qui succède au Républicain Mike Schweiker (devenu gouverneur en 2001, en remplacement de Tom Ridge, devenu secrétaire à la Sécurité intérieure de George W. Bush). Il remporte 53,4 % contre 44,4 % au républicain Mike Fisher.

En 2004, alors que l’État perd à nouveau 2 grands électeurs, c’est au tour de Greene County de basculer. John Kerry remporte toutefois la Pennsylvanie avec 50,9 % des voix, contre 48,4 % au président Bush. Durant la campagne, l’État était identifié comme un Battleground State (État décisif, synonyme de Swing State) par plusieurs organismes électoraux, dont Associated Press, le Washington Post et Rasmussen Reports. John Kerry s’impose dans 10 des 19 districts, dont les 6e, 7e, 8e et 15e (tous situés dans l’agglomération de Philadelphie) dont le représentant est GOP, tandis que George Bush remporte le 17e district qui a – et conserve – un représentant démocrate.

Lors des midterms de 2006, les démocrates font basculer les 7e et 8e districts, ainsi que les 4e et 10e. Le même jour, le gouverneur Ed Rendell est largement réélu : il obtient 60,4 % contre 39,6 % au candidat GOP. Ces victoires sont complétées par celle de Bob Casey Junior au Sénat : avec 58,6 % des voix, il bat très nettement le sortant GOP Rick Santorum, en place depuis janvier 1995 et candidat à un troisième mandat. C’est la première fois qu’un démocrate remporte un scrutin sénatorial général (hors élection partielle) depuis la victoire de Joseph Clark en 1962.

Alors que Barack Obama remporte la Pennsylvanie avec plus de 10 points d’avance en 2008, son adversaire, John McCain, continue la progression républicaine dans le fief historique des démocrates, en faisant basculer Fayette (49,6 % contre 49,2 %) et Washington (51,8 % contre 47 %). De leur côté, Greene (49,4 % contre 49 %) et Westmoreland (57,8 % contre 41,1 %) restent dans la colonne GOP. Plus aucun de ces 4 comtés n’a revoté pour un candidat démocrate depuis leur bascule respective. À l’inverse, les trois comtés des banlieues de Philadelphie votent largement pour Barack Obama ; il remporte 60,2 % à Delaware County, 60 % à Montgomery et 53,8 % à Bucks County. Il s’impose également largement à Lackawanna (62,6 %), Erie (59,3 %), Allegheny (57,3 %) et Northampton (55,5 %). Mais son meilleur score lui est offert par Philadelphie : 83,1 % des voix et 478 759 voix d’avance. Barack Obama ne remporte pourtant que 9 des 19 districts, tandis que John McCain remporte trois districts ayant un représentant démocrate (10e, district rural du nord-est de l’État ; 12e, district rural du sud-ouest, comprenant notamment le comté de Greene et des parties des comtés voisins de Washington, Fayette et Westmoreland ; 17e, où se situe Harrisburg, capitale de l’État) ainsi que le 3e (Erie et zones rurales) qu’il remporte avec 17 voix d’avance alors que la démocrate Kathy Dahlkemper bat le sortant GOP Phil English avec 51,2 % contre 48,8 %. De son côté, Barack Obama remporte le 15e district, représenté par un républicain et qui regroupe les comtés de Northampton, Lehigh et une portion de Montgomery.

En poste depuis janvier 1981, le sénateur GOP Arlen Specter change de parti et devient démocrate en avril 2009. Ainsi, pendant quelques mois, les démocrates ont – pour la première fois depuis 1849 – les deux sièges de sénateurs de l’État.

Suite au recensement de 2010, la Pennsylvanie perd un nouveau grand électeur, passant de 21 à 20. Cette même année, le GOP gagne le poste de gouverneur, avec l’élection de Tom Corbett, qui obtient 54,5 % contre 45,5 % au démocrate Dane Onorato. Ce dernier, s’il perd Pittsburgh, remporte toutefois deux des trois comtés recouvrant les banlieues de Philadelphie, Delaware et Montgomery.

Son changement de parti ne porte pas chance à Arlen Specter. Alors qu’il était constamment réélu depuis 1980, il perd la primaire démocrate face au représentant Joe Sestak. Celui-ci, de son côté, s’incline lors de l’élection du 2 novembre : il remporte 49 % des voix contre 51 % au républicain conservateur Pat Toomey.

En 2012, Barack Obama remporte 85,3 % des voix à Philadelphie, soit une impressionnante marge de 492 339 voix. Il remporte Lackawanna, Delaware, Erie, Allegheny, Montgomery, Northampton et Bucks counties, montrant l’ancrage dans le camp démocrate de ces différents comtés urbains ou suburbains. Sans Philadelphie, Barack Obama aurait toutefois perdu l’État avec près de 183 000 voix de retard sur Mitt Romney.

Malgré ce léger retrait, la Pennsylvanie fait partie du Blue Wall, c’est-à-dire des 18 États[4] qui ont voté démocrate à chaque scrutin depuis 1992 et qui représentent, à eux seuls 240 (1992, 1996, 2000), 233 (2004, 2008) et 228 (2012) grands électeurs, soit un apport conséquent pour un scrutin où il faut remporter 270 grands électeurs au minimum pour s’installer à la Maison Blanche.

Et c’est grâce à trois d’entre eux, dont la Pennsylvanie, que Donald Trump a réussi à s’imposer en 2016, alors même que les démocrates avaient conquis le siège de gouverneur en 2014, avec la victoire de Tom Wolf par 54,9 % contre 45,1 % au sortant Tom Corbett. Alors que Barack Obama obtenait 2 990 274 voix en 2012, Clinton n’en a remporté que 2 926 441 quatre ans plus tard. Du côté des républicains, Mitt Romney remportait 2 680 434 voix en 2012, Donald Trump en a obtenu 2 970 733 en 2016. Tandis que Hillary Clinton ne perdait que 63 833 voix par rapport à Barack Obama, Donald Trump en remportait 290 299 de plus que Mitt Romney. Cette différence fait de la Pennsylvanie un des rares États où la victoire de Donald Trump est une vraie victoire du républicain et non pas une simple défaite de Hillary Clinton.

Entre 2012 et 2016, seuls cinq comtés ont vu la marge de victoire démocrate augmenter : Allegheny (+16,4 en 2016, +14,6 en 2012), Centre (+2,4 en 2016, +0,3 en 2012), Montgomery (+21,3 en 2016, +14,3 en 2012), Delaware (+22,3 en 2016, +21,4 en 2012) et Chester (+9,4 en 2016, GOP +0,2 en 2012). Dans un sixième comté, Cumberland, les démocrates ont remporté plus de voix en 2016 qu’en 2012, mais l’écart en points s’est réduit avec le GOP (+17,8 en 2016, +18,5 en 2012). Dans les 61 autres comtés, le GOP a soit réduit l’écart avec les démocrates (comme à Philadelphie où l’écart est passé de +71,3 en 2012 à +67 en 2016, ou à Lackawanna, où l’écart est passé de +27,3 en 2012 à +3,5 en 2016) soit l’a augmenté, dans les comtés qu’il remportait. Ainsi, Donald Trump a remporté Schuylkill County avec 42,9 points d’avance, contre seulement 13,4 points d’avance à Mitt Romney en 2008.

Donald Trump a fait basculer Erie County, Luzerne County et Northampton County, tandis que Hillary Clinton a fait basculer Chester County, dans la banlieue de Philadelphie.

En octobre 2016, à la fin de la période d’enregistrement des électeurs, la Pennsylvanie comptait 4 157 140 électeurs affiliés comme démocrates contre 3 244 123 affiliés comme républicains, auxquels s’ajoutaient 1 168 182 électeurs affiliés à un autre parti ou bien indépendants. Lors du scrutin de 2012, les démocrates représentaient 45 % de l’électorat, les républicains 35 % et les indépendants 20 %. Les démocrates votaient largement pour Barack Obama (91 % contre 9), les républicains faisaient de même pour Mitt Romney (93 % contre 7 %), lequel remportait également le vote des indépendants (50 % contre 45 %).

En 2016, la part de l’ensemble de l’électorat des démocrates a baissé à 42 %, tandis que celle du GOP montait à 39 %. Dans le même temps, Donald Trump obtenait 11 % du vote des électeurs se disant démocrates (contre 87 % à Hillary Clinton), 89 % de ceux se déclarant républicains (contre 9 % à Clinton) et 48 % de ceux se disant indépendant (contre 41 % à la démocrate).

La raison de la victoire de Donald Trump est à chercher dans l’augmentation de la proportion d’électeurs GOP au sein de l’électorat total. En effet, Hillary Clinton a perdu assez peu de voix par rapport à Barack Obama. Dans les fiefs démocrates (Philadelphie, Pittsburgh et banlieues de Philadelphie), elle a même amélioré les scores de Barack Obama : celui-ci y avait 706 314 voix d’avance sur Mitt Romney, Hillary Clinton en a obtenu 771 767 sur Donald Trump. Mais dans le reste de l’État, dans les 61 autres comtés, là où Barack Obama n’avait « que » 396 474 voix de retard en 2012, Hillary Clinton en a eu 816 059 sur Donald Trump.

Contrairement au Wisconsin, à l’Ohio et au Michigan, où Hillary Clinton a perdu plus de voix que Donald Trump n’en a gagné, contrairement à la Floride, où elle a gagné moins de voix supplémentaires que Donald Trump n’en a gagné, en Pennsylvanie, le républicain a considérablement augmenté les marges de victoires du GOP dans les zones rurales.

L’enjeu pour Joe Biden, s’il veut reconquérir la Pennsylvanie, ne va donc pas être de convaincre des électeurs démocrates qui s’étaient abstenus en 2016 d’aller voter (comme ce sera le cas dans le Wisconsin et le Michigan), mais d’espérer que le nouvel électorat GOP « réveillé » par Donald Trump il y a quatre ans ne revote pas pour lui ou ne revote pas tout court. C’est donc un pari bien plus complexe que de simplement remobiliser son propre électorat. Ou alors, il faudrait que, dans les 6 comtés précédemment cités (Philadelphie, Allegheny, Montgomery, Delaware, Chester et Bucks), Joe Biden réussisse à augmenter le corps électoral de quelques dizaines de milliers d’électeurs démocrates.

La victoire de Donald Trump et son effet galvanisant sur l’électorat républicain a permis à Pat Toomey de sauver son siège au Sénat (contribuant ainsi, avec les défaites démocrates en Caroline du Nord et dans le Wisconsin, à la conservation du Sénat par le GOP). Largement distancé dans les sondages (sur les 10 derniers sondages avant le scrutin, 8 donnaient la candidate démocrate gagnante, 1 donnait le GOP et les démocrates à égalité et 1 donnait Pat Tommey vainqueur avec 43 % contre 42 % aux démocrates) par la démocrate Katie McGinty, Pat Tommey est finalement réélu avec 48,8 % contre 47,3 %.

Réélu en 2012 avec 53,7 %, le sénateur démocrate Bob Casey Jr. est à nouveau reconduit en novembre 2018, avec cette fois 55,7 % des voix. Le même jour, le gouverneur démocrate Tom Wolf est réélu avec 57,8 % contre 40,7 % à son adversaire républicain.

En 2016, Donald Trump a remporté 2 970 733 voix. En comparaison, Bob Casey Jr. a remporté 2 792 437 voix en novembre 2018 et Tom Wolf a été réélu avec 2 895 662 voix. Malgré ces deux victoires, les démocrates ne sont absolument pas certains de regagner la Pennsylvanie en novembre prochain.

Lire la suite