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Présidentielle 2017 : ce qui peut faire basculer les indécis

18/03/2017 4’
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Pourquoi, à presque un mois du premier tour de l’élection présidentielle, 4 électeurs sur 10 hésitent encore entre plusieurs candidats ? Quels leviers pourraient éventuellement affecter leur choix ? Pour l’Observatoire de l’opinion, Guillaume Inigo, Chloé Morin et Adélaïde Zulfikarpasic ont interrogé ceux qui ont choisi leur candidat récemment et ceux qui hésitent encore pour déterminer ce qui impactait leur perception de l’offre politique en place.

Des électeurs troublés, voire écœurés, par cette campagne…

On note, à la veille du premier débat télévisé entre les principaux protagonistes de cette campagne, un désarroi croissant des électeurs. Ils jugent la campagne « pauvre » en termes de débat d’idées, déplorent qu’elle soit occupée essentiellement par des affaires qui jettent l’opprobre sur l’ensemble de la classe politique, et sont désorientés par les défections et la faiblesse des partis traditionnels. 

  • « Je ne sais pas encore exactement pour qui je vais voter car, dès le départ, je n’ai pas eu de coup de cœur et, par la suite, avec les affaires, mon trouble a encore augmenté. C’est la première fois que j’hésite autant » (homme, 43 ans, centre-droit, profession intermédiaire, Doubs) 
  • « Dans le bazar ambiant, on ne connaît toujours pas avec certitude les candidats définitifs" (homme, 68 ans, centre-droit, retraité, Indre-et-Loire)
  • « Ces politiques finalement ne s’occupent guère de nous mais d’eux-mêmes ! (…) Où passe notre argent ? Pourquoi toutes ces lois faites par des députés qui s’arrangent le porte-monnaie et veulent garder l’immunité ? Dommage que seul Mélenchon parle de réduire ce mille-feuilles politique, mais ce ne sera pas mon candidat pour autant » (femme, 68 ans, extrême droite, retraitée, Alpes-Maritimes)
  • « Je ne sais plus pour qui je vais voter car Fillon et Le Pen persistent à suivre le chemin malgré toutes les accusations, Fillon est lâché par les siens, c’est vraiment du jamais-vu dans cette campagne. Il n’y a pas de débat sur les programmes... chacun défend ses intérêts personnels » (femme, 57 ans, centre, employée, Pas-de-Calais)

Résultat : seuls 71 % des Français âgés de 18 ans ou plus se disent intéressés par l’élection, un taux en perte de vitesse continuelle depuis un mois (-7 points depuis début février). Au final, à seulement six semaines du scrutin, l’intérêt des Français pour la campagne n’est guère supérieur à ce qu’il était il y a... un an (70 %) !

  • « Jusqu’à maintenant tous les candidats des partis historiques m’écœurent (Fillon, Le Pen, Hamon, Mélenchon...) » (femme, 41 ans, centre, profession intermédiaire, Pas-de-Calais)

Dans ce paysage dévasté, il est intéressant de noter que les indécis ressortent comme davantage intéressés par cette élection que l’ensemble des Français : autour de 8 indécis sur 10 se disent intéressés par l’élection en cours contre 7 Français sur 10 en moyenne. Ce phénomène traduit sans doute avant tout la nécessité pour eux d’effectuer un choix véritablement éclairé.

Des primaires délégitimées…

Les Français se sont davantage intéressés à la campagne présidentielle lors des primaires qu’ils ne s’y intéressent aujourd’hui : près de 8 Français sur 10 se déclaraient intéressés par l’élection présidentielle entre la désignation de François Fillon lors de la primaire de la droite en novembre et la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche début février. 

Pourtant, alors que les primaires avaient été présentées comme le remède ultime à la défiance politique et la réponse incontournable à un désir de compléter la démocratie représentative par une démocratie participative, elles ont largement contribué à troubler les électeurs, et certains citoyens vont désormais jusqu’à demander la fin du système de primaires ouvertes :

  • « D’abord [mon] orientation était prise ’sous réserve’, en attendant le vote de la primaire à gauche, l’élection de Hamon a validé mon orientation réformiste. Et en voit bien que les Français/ses veulent transformer ce pays non ’réformable’ » (homme, 77 ans, centre-gauche, retraité, Deux-Sèvres)
  • « J’ai voté à la primaire mais mon choix ne s’est pas porté sur Benoît Hamon. Je ne soutiens jamais les hommes ou femmes qui tirent dans les pattes de leur camp. Car un jour le boomerang revient et l’on vous tire dans les pattes » (homme, 62 ans, gauche, retraité, Indre)
  • « Les candidats désignés par les primaires risquent fort d’être éliminés au premier tour. D’où la tromperie des primaires, à bannir à l’avenir » (homme, 72 ans, droite, retraité, Indre).

Des électeurs qui hésitent davantage qu’à l’accoutumée

Ce contexte politique et médiatique a un impact fort sur l’intérêt, comme nous l’avons déjà vu, mais aussi sur la participation potentielle et la solidité des électorats des différents candidats. Alors que les candidats peuvent habituellement se reposer sur un noyau important d’électeurs sûrs de leur choix à moins de deux mois du scrutin, la plupart des électorats, et notamment à gauche et au centre, semblent encore très friables.

Seuls François Fillon et Marine Le Pen bénéficient d’une base stable avec plus de 7 personnes ayant l’intention de voter pour eux sur 10 se déclarant sûres de leur choix. Concernant l’électorat potentiel de Marine Le Pen, ce taux de sûreté du choix est supérieur à ce qui était observé en 2012 (83 % contre 74 % lors de l’intention de vote LH2 du 18 mars 2012), et ce malgré la hausse notable des intentions de vote à son égard. Le candidat de la droite semble lui limiter l’érosion sur cet indicateur de sûreté du choix après une difficile séquence médiatique (76 % contre 81 % pour Nicolas Sarkozy en 2012).

  • « J’hésite et c’est bien la première fois depuis… 1974. Mais j’irai voter même si je n’arrive plus à cautionner le candidat de la droite » (homme, 67 ans, centre-droit, retraité, Nord)

De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon ne bénéficie que de 56 % d’électeurs sûrs de leur choix contre 72 % à la même époque en 2012. Benoît Hamon enregistre le plus faible taux de sûreté de choix, avec seulement 51 % de ses potentiels électeurs sûrs de leurs choix, contre 80 % pour François Hollande en 2012.

  • « Je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. Aucun ne m’a réellement convaincue. (…) Je suis plutôt socialiste dans l’âme mais j’avoue que cette année, je ne voterai pas pour ce candidat-là » (femme, 48 ans, centre, employée, Nord)

Enfin Emmanuel Macron ne bénéficie de guère plus de sûreté de choix, seul 56 % de son électorat potentiel se déclare sûr de son choix, et en cela sa candidature correspond bien à ce qui est observé habituellement pour les candidats centristes : en 2012, à la même période, seule la moitié de l’électorat de François Bayrou se disait sûr de leur choix (48 %).

Les intentions de vote à gauche peuvent encore beaucoup changer


Lorsqu’on observe les « seconds choix » exprimés par les électeurs de gauche ne se disant pas encore certains du candidat qu’ils ont choisi, on note qu’il existe une proportion importante d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui pourraient encore basculer sur Benoît Hamon (environ 50 % des indécis de chez Jean-Luc Mélenchon), beaucoup d’électeurs de Benoît Hamon qui pourraient, eux, céder aux sirènes du vote utile et voter Emmanuel Macron (entre 45 % et 50 % des indécis de chez Benoît Hamon), et une proportion non négligeable d’électeurs d’Emmanuel Macron qui pourraient « retourner » chez François Fillon (20 % des indécis d’Emmanuel Macron). Ces données montrent à quel point les intentions de vote peuvent encore varier, selon les campagnes menées par les candidats mais aussi et surtout selon que primera in fine l’appel du « vote utile » ou bien le « vote d’adhésion ». 

Le candidat d’En Marche ! est celui qui bénéficie du potentiel le plus important de vote auprès des indécis des autres candidats. Il est ainsi le premier candidat cité comme second choix par les électeurs de Benoît Hamon pouvant encore changer d’avis (46 % d’entre eux pourraient voter pour Emmanuel Macron) et les potentiels électeurs de François Fillon dont le choix n’est pas définitif (43 %).

Cependant, à ce jour, une bonne part des électeurs d’Emmanuel Macron semblent faire un choix « par défaut » (pour 31 % de ses électeurs, un score supérieur de 8 points à la moyenne des candidats, de 10 points à celui de Marine Le Pen et de 19 points à celui de François Fillon). Par ailleurs, Benoît Hamon bénéficie lui aussi, en partie, d’un choix par défaut : la moitié des Français dont le choix pour Benoît Hamon est aujourd’hui incertain et pourrait se transformer en bulletin « Mélenchon » déclarent également que ce choix est un choix par défaut.
 

 

 

  • « Par élimination plus que par conviction, il ne reste plus que Macron comme candidat » (homme, 68 ans, centre-droit, rnetraité, Indre-et-Loire).

Si la « vraie campagne » commençait enfin, certains sujets pourraient faire basculer des indécis 

L’analyse des sujets impactant le choix des indécis des électorats actuels d’Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon permet de relever plusieurs points intéressants :

  • Le sujet de « la probité des candidats » joue particulièrement auprès de l’électorat de gauche, et notamment auprès des indécis dont le choix se porte actuellement sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi sur les électeurs potentiels de Benoît Hamon intéressés par le candidat de La Franceinsoumise ;
  • Les sujets portant sur la sécurité intérieure clivent fortement les électorats indécis des candidats Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

Les propositions et l’actualité en termes de « sécurité » sont essentielles dans cette campagne électorale, mais ce thème est moins cité que la moyenne par les électeurs potentiels de Benoît Hamon intéressés par Jean-Luc Mélenchon, et également par les potentiels électeurs de Jean-Luc Mélenchon intéressés par la candidature de Benoît Hamon. En revanche, les répondants ne se déclarant pas sûrs du choix envers Emmanuel Macron ayant cité Benoît Hamon comme second choix portent, au moins autant que la moyenne des Français, un regard intéressé sur ce thème.

Il en va de même pour « la menace terroriste », nettement moins citée comme déterminant dans le choix actuel des indécis provenant de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon ou de l’électorat de Benoît Hamon intéressés par le fondateur du Parti de Gauche (entre 5 et 6 sur 10). A contrario, les indécis intéressés par la candidature socialiste provenant de l’électorat d’Emmanuel Macron et les électeurs potentiels de Benoît Hamon hésitant avec le candidat d’En Marche ! sont 8 sur 10 à le citer comme important.

Il semble que ce sujet régalien, d’importance à l’heure du choix d’un nouveau président de la République, puisse impacter une partie des indécis pouvant passer d’un vote Benoît Hamon à un vote Emmanuel Macron, et vice versa.

  • Un sujet réunit tout autant les indécis faisant pour l’instant le choix du candidat d’En Marche ! ou de La France insoumise ayant cité Benoît Hamon comme second choix : la santé. Premier sujet en termes d’importance dans le choix des Français lors de la dernière vague d’intentions de vote de BVA (publiée le 11 mars dernier), il est davantage considéré comme important par les potentiels électeurs d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon pouvant se tourner vers Benoît Hamon.
  • A contrario, la question du nucléaire se trouve être plus importante pour les Français choisissant pour l’instant Benoît Hamon mais pouvant se tourner vers un vote Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron, alors que ce dossier ne semble pas avoir plus d’impact auprès des indécis ayant comme second choix le candidat socialiste que la moyenne des Français.

Tout l’enjeu sera donc pour les candidats du centre et de la gauche, bénéficiant de bases électorales toujours très friables, d’arriver à prendre la parole sur des sujets faisant écho auprès des nombreux électeurs indécis pouvant finalement voter pour eux, tout en parvenant à continuer à s’adresser à leur noyau actuel d’électeurs. Le premier débat entre les principaux protagonistes leur offrira-t-il cette possibilité ? Il faut l’espérer...

Si le désarroi dans lequel se retrouve une partie de l’électorat de gauche, et notamment socialiste, perdurait, il est très probable que le ressort du « vote utile » serait alors déterminant pour donner un sens, minimal certes, au bulletin déposé par les électeurs de gauche dans l’urne le 23 avril prochain.

Méthodologie : Données recueillies auprès de la communauté en ligne BVA POP 2017 (21 membres contributeurs actifs sur ce sujet).
Analyse construite à partir de discussions ayant eu lieu entre le 6 et le 8 mars 2017.

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