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Présidoscopie 2012 : les changeurs feront-ils basculer l’élection ?

19/04/2012 3’
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À trois jours du premier tour, Gilles Finchelstein vous dit tout sur les dernières intentions de vote, fait le bilan du baromètre Présidoscopie – qui analyse les comportements des « changeurs » depuis novembre 2011 – et décrypte la dernière vague de résultats.

Présidoscopie : un outil unique

Outil unique lancé en partenariat avec la Fondapol, le Cevipof, Le Monde et l’Institut Ipsos, le baromètre « Présidoscopie » s’appuie de novembre 2011 jusqu’à la fin de la campagne présidentielle sur un échantillon de 6000 personnes, représentatives de la population française, âgées de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales. La spécificité de ce baromètre est double : d’une part, l’échantillon de personnes interrogées est beaucoup plus important que ceux des enquêtes classiques. D’autre part, les entretiens individuels menés des « changeurs » permettent de comprendre les raisons pour lesquelles ils ont changé d’avis, et ainsi analyser les tendances et les évolutions pour chaque candidat, au premier et au second tour.

Une campagne zapping

La première observation est que cette campagne présidentielle n’est structurée par aucun thème. Elle est le prototype d’une « campagne zapping ». L’incertitude et le pessimisme des français font qu’on ne saisit plus le comportement électoral comme on pouvait le faire dans le passé : l’adage « Dis-moi qui tu es, je te dirais pour qui tu votes » semble bien moins pertinent qu’auparavant. Ainsi, depuis novembre, 54 % des électeurs du panel « Présidoscopie » ont changé d’intentions de vote, ou d’intentions de voter, signifiant de fait que le 1er tour demeurait avec de sérieuses incertitudes (ajouté à un niveau de participation électorale sans doute inférieure à 2007).

Un rejet sans précédent

Néanmoins, les intentions de vote en faveur de François Hollande sont historiquement hautes pour un candidat socialiste (entre 26 % et 29,5 %). En négatif, le rejet du présidant sortant (crédité de 24 % à 27,5 %) par une grande partie de l’électorat apparaît sans précédent : en mars 2012, 14 % des ouvriers se déclarent en faveur du président sortant, loin des 26 % ayant voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle de 2007.

D’une manière générale, jamais un président sortant n’avait atteint un tel niveau de défiance une semaine avant l’élection : 58 % des Français ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy ; 42 % ne la souhaitent pas du tout. A noter qu’il est rare, dans une enquête d’opinion, que le pourcentage de la réponse la plus radicale soit le plus élevé. Par ailleurs, en cas de qualification de Nicolas Sarkozy au second tour, les baromètres dévoilent que les reports de voix du Front national vers Nicolas Sarkozy pourraient bien être plus faibles que les années précédentes : 39 % en 2012 contre 61 % en 2007, confortant ce sentiment de rejet chez une grande partie de la population.

Trois stratégies

On distingue trois stratégies durant cette campagne, qui permettent de comprendre le discours des candidats à un moment donné, ainsi que les conséquences sur les possibles reports de voix.

- Tout d’abord, la mobilisation (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et François Hollande) : mobiliser son camp en faisant campagne sur des thématiques qui lui sont chères : lutte contre les inégalités et promotion de la justice sociale à gauche ; sécurité et immigration à droite, par exemple.

- Puis, la triangulation, visant à empiéter sur l’espace politique de son adversaire pour élargir son assiette politique et conquérir des électeurs a priori réticents (François Hollande avec le centre par exemple).

- Enfin, la disruption, qui tend à renverser le clivage gauche/droite pour créer un autre récit, une autre tension. C’est ce qu’a fait Nicolas Sarkozy en théorisant le clivage peuple/élite par la voix de Guillaume Peltier.

Les changeurs

Premier tour

Incertains et indécis

Le nombre des incertains – les personnes n’étant toujours pas sûres d’aller voter – semble toujours important, malgré une évolution favorable au fil des mois : 26,5 % des personnes interrogées demeureraient encore incertaines en avril, contre 48 % en janvier. Depuis novembre, 27 % des personnes du panel ont d’ailleurs changé d’avis quant à leur intention d’aller voter ou non. Les données offertes par les baromètres concernant les indécis – ceux qui estiment pouvoir encore changer d’avis sur leur candidat pour le 1er tour – sont également intéressantes : entre 1/4 et 1/3 des électeurs affirment pouvoir encore changer d’avis pour le premier tour en avril, tandis que 40 % ont changé d’avis depuis novembre, et 13 % lors des quinze derniers jours. Le premier tour, bien que distinguant clairement deux candidats, semble donc touché par l’instabilité et la mobilité électorale.

Motivations

Comment expliquer le comportement de ces changeurs ? D’une part, on observe clairement que les fidélités partisanes sont de moins en moins fortes au sein de la population française. D’autre part, l’individualisation croissante de la société entraîne des changements comportementaux chez les électeurs, désireux de garder une certaine liberté de choix jusqu’au dernier moment. La grande majorité d’entre eux a moins de 35 ans, se définissant avant tout comme « modérés », proches du centre, « ni de droite ni de gauche », changeurs que ne parvient pas à récupérer François Bayrou, victime de la bipolarisation. En outre, l’impact des drames de Toulouse et de Montauban sur les changeurs ne peut être nié : certains électeurs enclins à voter Marine Le Pen ou François Bayrou ont rejoint Nicolas Sarkozy lors de ces semaines, jugeant particulièrement bonne sa gestion des évènements. D’autres évènements comme le meeting du Bourget de François Hollande ou l’appel au vote utile lancé par la droite permettent également de comprendre le transfert des changeurs vers les deux principaux candidats pour le premier tour.

Second tour

Pour le second tour au contraire, la donne est différente, et la stabilité semble plutôt de mise. Une cristallisation s’opère auprès d’électeurs qui changeront très peu d’avis : 85 % des électeurs considèrent en effet que leur choix est définitif, et moins de 1 % des électeurs affirment pouvoir encore changer d’avis. En outre, la crédibilité et la pertinence de ces estimations semblent fortes, en témoignent les exemples passés : Depuis 1981, excepté la surprise du premier tour de 2002, le vainqueur des sondages de second tour en mars est toujours le vainqueur de l’élection présidentielle en mai. Dans la dernière vague, François Hollande se situe entre 54 et 58 %, tandis que Nicolas Sarkozy varie entre 42 et 26 %. Selon Gilles Finchelstein, « s’il n’y a pas de surprise le 22 avril, il ne devrait pas y avoir de surprise le 6 mai ».

Principales préoccupations et images perçues

Depuis novembre, les différents entretiens menés ont également permis de comprendre la perception et les priorités de certains électorats. Ainsi, l’électorat de gauche met toujours la réduction des inégalités sociales en tête de ses priorités, contrairement à la droite ou l’extrême droite, pour qui ce thème est relativement absent.

L’autre aspect important qui revient dans les entretiens, c’est sans nul doute la perception de l’électorat envers les candidats. Ainsi, François Hollande est jugé particulièrement crédible sur les thématiques concernant la retraite, les impôts, le logement, l’éducation, tandis que Nicolas Sarkozy est jugé crédible sur les thématiques telle la sécurité, l’immigration, la politique étrangère, et les questions de défense.

Pour finir, d’autres enseignements sont à noter à partir de la dernière vague : tout d’abord, la 8ème vague du baromètre « Présidoscopie » contredis l’idée selon laquelle Marine Le Pen serait en tête chez les 18-24 ans. A travers le baromètre, c’est François Hollande qui arriverait largement en tête chez cet électorat avec 32 % d’intentions de vote, suivi par Nicolas Sarkozy (23,5 %), Marine Le Pen (18 %),  Jean-Luc Mélenchon (15 %) et François Bayrou (8 %). De plus, Nicolas Sarkozy n’apparaît aucunement comme le candidat de ceux qui ont voté non au Traité de constitution européenne en 2005 : François Hollande arrive en tête chez cet électorat (26 %), devant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen (23 %), suivi par Nicolas Sarkozy (15 %) et François Bayrou (7 %).

Conclusion : Tout est-il joué ?

Ce bilan (provisoire) indique clairement que rien n’est joué avant le premier tour, qu’une surprise n’est pas improbable, compte tenu de l’instabilité et de la mobilité électorale, 13 % des personnes interrogées ayant changé d’avis lors des 15 derniers jours de la campagne.

 


Présidoscopie 2012 - L’ambition
Le citoyen d’aujourd’hui est mobile, son intérêt politique intermittent, ses préférences plurielles et peu stabilisées. Il est décisif de se doter des instruments appropriés pour mesurer la formation subtile et parfois hésitante du choix électoral.

Présidoscopie 2012 - Un instrument unique
Dans la perspective de l’échéance présidentielle, la Fondation Jean-Jaurès, en partenariat avec l’institut IPSOS, le Cevipof, la Fondation pour l’innovation politique et Le Monde, lance un instrument unique pour comprendre ceux qui feront basculer l’élection : les électeurs mobiles. Mois après mois, la Présidoscopie 2012 décèle les changements d’intentions de vote et déchiffre leurs motivations.

Présidoscopie 2012 - La méthode
Cet instrument mobilise un échantillon de près de 6000 électeurs, choisis selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence du foyer, région, catégorie d’agglomération) et ayant accepté d’être réinterrogés régulièrement sur leurs intentions de vote à l’élection présidentielle de novembre 2011 à mai 2012.
On peut ainsi identifier, d’une vague à l’autre, les personnes qui changent dans leurs intentions de vote et reconstituer leurs trajectoires, grâce à des entretiens individuels qui éclairent les processus de choix et les motivations sous-jacentes qui les organisent.
Retrouvez les résultats des premières vagues

 

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