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Régionales en Ile-de-France : les dynamiques du second tour

18/05/2016 8’
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Lors de chaque élection, l’Île-de-France, forte de ses 7 millions d’électeurs et de son statut de région-capitale, fait l’objet d’une attention particulière. La Fondation Jean-Jaurès propose une analyse inédite des dernières élections régionales dans cette région avec six notes successives. Ce sont les dynamiques électorales qui ont expliqué les résultats du second tour qui sont ici décryptées.

La hausse de la participation entre les deux tours

D’un tour à l’autre, la participation a connu une hausse très significative puisqu’à l’échelle de la région, la proportion de votants est passée de 45,9 % à 54,5 %. Cette augmentation de 8,6 points traduit un véritable intérêt pour ce scrutin. L’analyse département par département n’indique pas que ce sursaut de participation a bénéficié prioritairement à un camp plutôt qu’à l’autre. Il apparaît ainsi que Claude Bartolone et Valérie Pécresse sont parvenus tous deux à aller chercher des abstentionnistes. Dans les fiefs de droite que sont les Hauts-de-Seine et les Yvelines, la participation progresse ainsi respectivement de 8,8 et 8 points, soit des proportions quasi-identiques aux progressions observées dans les bastions de gauche que sont la Seine-Saint-Denis (+7 points) et le Val-de-Marne (+8,9 points). A Paris également, on constate un sursaut de participation d’un tour à l’autre identique dans les arrondissements de gauche et de droite.

L’évolution de la participation entre les deux tours à Paris


Les résultats du logiciel d’estimation que l’Ifop a utilisé sur les bureaux de vote-test lors du second tour des régionales corroborent d’ailleurs cette hypothèse. Au second tour, la même proportion des abstentionnistes du premier tour (10 %) s’est mobilisée pour Valérie Pécresse et pour Claude Bartolone, 79 % des abstentionnistes du premier tour boudant une nouvelle fois les urnes et 1 % seulement optant pour le Front national.

Les élections municipales de 2014 avaient été marquées par une abstention massive de l’électorat issu de l’immigration. Cette grève des urnes de la part d’un électorat très majoritairement orienté à gauche coûta cher à la majorité présidentielle et contribua à sa défaite dans de nombreuses communes. Compte tenu du poids important de cet électorat dans certains départements franciliens, et notamment en Seine-Saint-Denis, fief de Claude Bartolone, et de la nature très serrée du rapport de forces, le degré de mobilisation de cet « électorat des banlieues » revêtait une impatience stratégique. Il apparaît à la lecture de nos chiffres que le sursaut de participation constaté entre les deux tours a été particulièrement puissant dans ces quartiers. Ainsi, si l’on prend le cas d’Aulnay-sous-Bois (commune qui présente l’intérêt de compter 51 bureaux de vote correspondant à une grande variété de situations démographiques et sociales), on constate que plus la proportion de prénoms arabo-musulmans sur les listes électorales est forte et plus la hausse de la participation a été importante d’un tour à l’autre.

Aulnay-sous-Bois : hausse de la participation entre les deux tours des régionales en fonction de la proportion de prénoms arabo-musulmans sur les listes électorales du bureau de vote

D’un tour à l’autre, la hausse de la participation a atteint en moyenne 14,4 points dans les sept bureaux comptant plus de 50 % de prénoms arabo-musulmans contre une hausse pratiquement deux fois plus limitée dans les douze bureaux comptant moins de 11 % de ce type de prénoms (+7,7 points de participation).

Le même phénomène s’était déjà produit au premier tour, où c’est dans les bureaux à plus forte proportion de population issue de l’immigration que la hausse de la participation par rapport aux européennes avait été le plus marquée, quand elle était beaucoup plus limitée dans les bureaux à plus faible proportion d’électeurs issus de l’immigration. Tout se passe donc comme si, en Ile-de-France, une part de l’électorat d’origine immigrée était retournée aux urnes à l’occasion de ce scrutin régional. Le militantisme de terrain durant la campagne et la tonalité du message et du projet de Claude Bartolone ont donc vraisemblablement ramené vers la gauche une frange de cet électorat.

Si le réveil civique a été réel dans ces quartiers par rapport aux scrutins précédents et qu’il a ainsi permis de réduire le différentiel de participation avec les quartiers à faible population d’origine immigrée et plus ancrés à droite, cet écart est demeuré important, comme le montrent les cas d’Aulnay-sous-Bois ou de Melun.

2014-2015 : L’écart de participation entre les différents bureaux de vote se réduit

 

 

Participation à Aulnay-sous-Bois

 

Participation à Melun

Bureaux à la plus faible population issue de l’immigration

Bureaux à la plus forte population issue de l’immigration

Ecart

(points)

 

Bureaux à la plus faible population issue de l’immigration

Bureaux à la plus forte population issue de l’immigration

Ecart

(points)

Européennes 2014

44 %

12,9 %

+31,1

 

42,4 %

23,1 %

+19,3

Régionales 2015
1er tour

48,2 %

22,5 %

+25,7

 

42,6 %

27,8 %

+14,8

Régionales 2015
2nd tour

56 %

36,9 %

+19,1

 

48,6 %

38,8 %

+9,8

 

D’une manière plus générale, la hausse de la participation a donc profité aux deux camps qui, au terme d’une campagne à fort enjeu et très animée dans la dernière ligne droite, ont su aller puiser dans leurs réserves. Néanmoins, le taux de participation a été plus élevé au final dans les bastions de droite, ce qui a contribué significativement à la victoire de Valérie Pécresse. Cette dernière a pu ainsi s’appuyer au second tour sur un taux de participation de 57 % dans les Hauts-de-Seine et de 56,2 % dans les Yvelines quand, en dépit d’une hausse de la mobilisation, ce taux ne s’établissait qu’à 45,9 % en Seine-Saint-Denis, département de Claude Bartolone. Du fait de ce différentiel de participation et du poids démographique important des deux départements de l’ouest francilien, la candidate de droite a maximisé son avance dans ses bastions. Alors que sur l’ensemble de la région l’écart entre les deux listes n’est que de 60 000 voix, Valérie Pécresse devance ainsi Claude Bartolone de 89 000 voix dans son département des Yvelines et de 69 000 voix dans celui des Hauts-de-Seine. Le candidat de la gauche rassemblée n’engrange lui que 65 000 voix d’avance en Seine-Saint-Denis, département affichant moins d’inscrits et moins de votants que les deux fiefs de droite. Il est également devant Valérie Pécresse de 40 000 voix à Paris (département pesant le plus lourd en nombre d’inscrits) et de seulement 18 000 voix dans le Val-de-Marne. Du fait de la forte résistance du Front national en Seine-et-Marne, Valérie Pécresse n’y surclasse son rival que de 23 000 voix et les deux candidats sont quasiment à égalité dans le Val-d’Oise avec moins de 400 voix d’avance pour Valérie Pécresse, l’Essonne, extrêmement bataillée, n’offrant que 10 voix de plus à la candidate de droite.

Deuxième tour : Valérie Pécresse creuse l’écart dans les départements de droite

Départements

Nombre d’habitants

Ratio
inscrits / habitants

Nombre d’inscrits

Taux de participation

Ecart en voix

(Pécresse/ Bartolone)

Yvelines

1 418 484

67,4 %

955 853

56,2 %

+ 89 055

Hauts-de-Seine

1 591 503

61,1 %

973 344

57 %

+ 69 134

Seine-et-Marne

1 365 200

63,3 %

864 690

52,8 %

+ 23 210

Val-d’Oise

1 194 681

60,8 %

723 818

51,3 %

+ 366

Essonne

1 253 931

62,8 %

787 176

55,6 %

+ 10

Val-de-Marne

1 354 005

57,6 %

780 650

53,4 %

- 17 924

Paris

2 229 621

55,5 %

1 238 234

59,5 %

- 38 348

Seine-Saint-Denis

1 552 482

49,1 %

762 407

45,9 %

- 65 355

 

Si l’on analyse plus en détail la situation à Paris, on constate également, comme le montrent les deux cartes suivantes [1], une plus faible participation dans les arrondissements de l’Est parisien, plus populaires et gros pourvoyeurs de voix de gauche. En revanche, des arrondissements plus « bobos » comme le IVe, le Xe ou le XIe, eux-aussi très ancrés à gauche, se sont aussi bien mobilisés que les arrondissements de droite. En partie gênée par le Front national (qui réalise certes un score très réduit à Paris lors de ce second tour mais qui gèle néanmoins des voix à droite), Valérie Pécresse ne devance son rival que dans sept arrondissements, les arrondissements « tangents » que sont le IVe,  le Ve et  le  IXe arrondissement plaçant le président de l’Assemblée nationale en tête.

 

Hormis le différentiel de participation entre départements de droite et de gauche, le tableau ci-dessus fait apparaître un autre handicap structurel pour la gauche. Du fait de la structure de population (poids plus important des moins de 18 ans, des personnes ne disposant pas de la nationalité française et de publics plus précaires et éloignés de la politique), on constate en effet que les départements de gauche - le Val-de-Marne, mais surtout la Seine-Saint-Denis - affichent un ratio nombre d’inscrits / nombre d’habitants beaucoup plus faible que les fiefs de droite. Bien que comptant 134 000 habitants de plus que les Yvelines de Valérie Pécresse, la Seine-Saint-Denis de Claude Bartolone, du fait d’un ratio nombre d’inscrits / nombre d’habitants de 49,1 % (contre 67,4 % pour les Yvelines), abrite 193 000 inscrits de moins ! Ce décalage entre population globale et population électorale a peut être créé un effet d’optique déformant, laissant entrevoir à la gauche qu’elle disposait d’un réservoir de voix aussi important que la droite, ce qui n’était en fait pas le cas. Ce moindre taux d’inscription cumulé avec une participation électorale inférieure a abouti à un très net désavantage pour la gauche, comme le montre le graphique suivant.

Population, nombre d’inscrits et de votants au 2nd tour des régionales en Seine-Saint-Denis et dans les Yvelines

 

D’assez bons reports à gauche

Claude Bartolone a donc bénéficié d’une assez bonne mobilisation de ses différents segments électoraux. Il semble également que la ligne marquée à gauche pour laquelle il opta et la fusion rapide opérée au soir du premier tour avec les listes du Front de Gauche et d’EELV aient assuré pour sa liste des reports de qualité de la part des électeurs de la gauche non socialiste. Si l’on observe par exemple les rapports de force entre premier et second tour dans les villes à forte implantation communiste, on constate ainsi que le score obtenu par la liste de la gauche unie au second tour est systématiquement supérieur au total PS + Front de Gauche + EELV au premier tour. Ce constat laisse à penser que les reports ont été de bonne qualité et qu’assez peu d’électeurs écologistes ou Front de Gauche ont boudé cette liste au second tour.

Evolution du score de la gauche entre les deux tours dans certains fiefs communistes

 

Communes

% Front de Gauche
au 1er tour

% cumulé FDG+PS+EELV
au 1er tour

% liste
Claude Bartolone
au 2nd tour

Ecarts entre score Bartolone au 2nd  tour et total gauche au 1er tour

Ivry-sur-Seine

28,5 %

63,9 %

66,4 %

+2,5 points

Stains

24,8 %

52,4 %

56,6 %

+4,2 points

Malakoff

24,1 %

63,9 %

64,9 %

+1 point

Vitry-sur-Seine

22,4 %

55,2 %

58,7 %

+2,5 points

Bagneux

22,1 %

56,6 %

62,1 %

+5,5 points

Saint-Denis

18,9 %

61,5 %

66,6 %

+5,1 points

Bobigny

18,6 %

54,6 %

60,6 %

+6 points

Bagnolet

17,2 %

64,7 %

67,2 %

+2,5 points

Aubervilliers

17,1 %

53,4 %

59,9 %

+6,5 points

Le Blanc-Mesnil

15,6 %

42,3 %

47,7 %

+5,4 points

La Courneuve

15,4 %

57,2 %

64,6 %

+7,4 points

 

Quand on compare l’évolution du score de la liste de la gauche unie au second tour avec le « total gauche » du premier tour dans les trois régions où la même configuration prévalait (la droite en tête du premier tour), on constate que c’est en Ile-de-France que la progression a été la plus forte, ce qui constitue un autre indicateur de la bonne qualité relative (dans un contexte national où la fracture au sein des gauches s’est accentuée ces derniers mois) des reports en Ile-de-France.

Le score de la gauche au premier et au second tour dans les régions où la droite est arrivée en tête au premier tour

 

Le logiciel d’estimation de l’Ifop évalue à 68 % le taux de reports des électeurs du Front de Gauche sur la liste Bartolone au second tour (31 % optant pour l’abstention) et à 66 % celui des électeurs d’EELV (29 % choisissant de s’abstenir). Ces deux électorats se sont donc comportés de la même manière et la qualité des reports a été assez bonne même si près d’un électeur sur trois de la gauche « rouge et verte » a manqué à l’appel, manque à gagner qui a pesé lourd dans l’issue de ce scrutin très serré. Ces pertes s’élèvent ainsi à 73 414 voix en provenance des Verts et à 64 772 voix dans l’électorat du Front de Gauche quand Claude Bartolone accusait au final un retard de 60 148 voix sur Valérie Pécresse.

Le Front national reflue sensiblement au second tour sous l’effet du vote-utile

A l’instar de ce qui s’était passé lors des élections municipales, l’évolution du score du Front national entre les deux tours a été contrastée selon les configurations car une partie de l’électorat frontiste a été adepte du vote stratégique. Comme le montre le graphique suivant, dans trois des quatre régions où le Front national était arrivé en tête au premier tour (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Bourgogne-Franche-Comté et Alsace-Lorraine-Franche-Comté), il a soit progressé soit conservé son score du premier tour, son électorat demeurant fidèle et des abstentionnistes du premier tour se rendant aux urnes motivés par une possibilité de victoires. A l’inverse, dans cinq des six régions où le Front national avait été distancé au premier tour, son score reculait d’un tour à l’autre car la victoire apparaissait moins évidente.

L’évolution du score du Front national entre le premier et le second tour dans les triangulaires : une partie de l’électorat Front national adepte du vote stratégique

(*) FN en tête au premier tour.

Mais comme on peut le voir sur le graphique, c’est en Ile-de-France que le repli a été le plus significatif avec une perte de 4,4 points. Le cas francilien pose question notamment quand on le compare avec le cas de la Bretagne, où dans cette région également le FN était arrivé troisième et avec un score identique : 18,2 % contre 18,4 % en Ile-de-France. Mais alors que le parti lepéniste progressait légèrement en Bretagne d’un tour à l’autre (0,7 point), il était victime d’un  tassement significatif dans la région-capitale. Cette différence de comportement renvoie selon nous à la configuration du deuxième tour. En Bretagne, Jean-Yves Le Drian était sorti assez nettement en tête du premier tour avec 34,9 % des voix contre 23,5 % pour la liste de droite emmenée par Marc Le Fur et sa victoire apparaissait quasiment certaine. Dans ce contexte, où l’hypothèse de « sortir » la gauche était hors de portée, les électeurs frontistes bretons n’ont pas été tentés par le vote utile en faveur de la droite et sont demeurés fidèles à leur vote du premier tour. A l’inverse, en Ile-de-France, c’est Valérie Pécresse qui est sortie en première position et au regard des résultats (30,5 % pour sa liste contre 25,2 % pour la liste de Claude Bartolone), la possibilité de voir la région basculer à droite était réelle. Cette perspective de « se débarrasser » de la gauche a motivé une partie de l’électorat frontiste qui, au second tour, a « voté utile ».

Mais comme le montre la carte suivante, ce mouvement de vote utile en faveur de la liste de Valérie Pécresse n’a pas connu la même intensité sur tout le territoire régional. Ces disparités de comportement parfois très marquées nous donnent à voir la nature très composite de l’électorat frontiste. Le degré de fidélité au Front national versus le tropisme droitier et le désir de sanctionner et de défaire la gauche varient sensiblement en fonction de la sociologie et des lieux. Si l’on raisonne non pas en variation des scores mais en évolution du nombre de suffrages exprimés (critère plus opérant compte tenu de la forte évolution de la participation d’un tour à l’autre), on constate ainsi que Wallerand Saint-Just a maintenu voire accru son stock de voix d’un tour à l’autre dans toute la périphérie francilienne. Dans ces zones au second tour, l’électorat frontiste est très fidélisé et assez peu sensible à la stratégie du vote utile en faveur de la droite. Cet électorat à dominante populaire est ainsi resté fixé sur son vote de premier tour et il a été rejoint par des abstentionnistes du premier tour et une partie de l’électorat de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait obtenu des scores assez élevés dans ces territoires. D’après le logiciel d’estimation de l’Ifop utilisé lors de la soirée électorale du second tour, on évalue à 20 % la part de l’électorat de Debout la France qui s’est reportée sur le Front national au second tour. Ces apports ont permis de compenser les pertes dans les rangs frontistes en direction de la droite, pertes qui en proportion ont été beaucoup plus faibles qu’ailleurs. On constate ainsi que sous l’effet du vote utile, le stock de voix frontistes a fortement régressé d’un tour à l’autre dans le cœur de l’agglomération parisienne ainsi que dans l’Ouest francilien. Dans ces territoires, l’électorat Front national, davantage classes moyennes et bourgeois, ou en tout cas plus intégré, a été bien plus sensible à la perspective de battre la gauche « socialo-communiste » et a donc pratiqué à bien plus grande échelle le vote utile en faveur de la liste Pécresse. Dans l’Ouest francilien, cette différence de comportement et de sensibilité des segments sociologiques de l’électorat frontiste s’observe à l’échelle communale. On distingue en effet la commune de Trappes où le Front national a maintenu ses voix d’un tour à l’autre alors qu’il subissait une importante hémorragie dans toutes les communes des Yvelines voisines plus aisées que Trappes.

Ce phénomène n’est sans rappeler ce que nous avions observé lors de l’élection présidentielle de 2007 où Nicolas Sarkozy avait « siphonné » au premier tour toute une partie de l’électorat lepéniste. Nous avions en effet montré à l’époque que cette OPA avait particulièrement bien fonctionné dans l’électorat urbain du Front national mais que dans les zones rurales et péri-urbaines, les électeurs frontistes avaient été au premier tour nettement plus fidèles à Jean-Marie Le Pen. A huit ans d’écart, ces deux scrutins nous montrent que le tropisme droitier de l’électorat frontiste existe mais qu’il est loin d’avoir la même intensité selon les territoires et les classes sociales.

Un tel phénomène de « vote utile » en faveur de la droite de la part d’une frange importante de l’électorat frontiste (avec comme corollaire un tassement voire un décrochage marqué du score du Front national entre le premier et le second tour) avait déjà été observé lors des élections municipales de 2014 [2]. A l’instar de ce qui s’est produit aux régionales en Ile-de-France, quand des listes de droite étaient arrivées en tête au premier tour dans des villes détenues par la gauche, cette avance combinée avec un score conséquent du Front national rendant envisageables la défaite de la gauche et le basculement à droite de la ville en question, une part significative de l’électorat frontiste du premier tour avait opté pour le vote à droite au second tour. Ce fut le cas par exemple à Marmande, Aubagne ou bien Maubeuge.

Municipales de 2014 : dans les villes de gauche où le basculement à droite était envisageable, le vote FN au second tour a fortement reculé sous l’effet du vote utile

Communes

Total droite 1er tour

Total gauche 1er tour

Ecart Gauche / Droite

Score FN au
1er tour

Evolution du FN 1er-2nd tour

Evolution de la droite
1er-2nd tour

Marmande...............................

43 %

38,8 %

-4,2 pts

22,1 %

-9,4 pts

+ 11,1 pts

Aubagne...................................

42,1 %

37,3 %

-4,8 pts

20,6 %

-9 pts

+ 5,4 pts

Maubeuge...............................

43,8 %

35,6 %

-8,2 pts

20,6 %

-8,7 pts

+ 1,4 pts

Soissons..................................

39,2 %

38,7 %

-0,5 pts

22,1 %

-8 pts

+ 6,4 pts

Romans/Isère..........................

42,3 %

38,9 %

-3,4 pts

18,8 %

-7,9 pts

+ 4 pts

Salon de Provence.................

47,1 %

37,9 %

-9,2 pts

15,1 %

-6,6 pts

+ 9,4 pts

 

En revanche, quand la gauche avait bien résisté au premier tour (ceci se traduisant par le fait que la liste de gauche était arrivée en tête), l’éventualité du basculement apparaissant beaucoup moins plausible, l’électorat Front national était massivement resté fidèle au second tour à son vote du premier tour. Cela avait été par exemple le cas à Fougères, à Créteil ou bien encore à Dijon.

Municipales de 2014 : dans les villes de gauche où le basculement à droite n’était pas envisageable, l’électorat frontiste a confirmé son vote au second tour

Communes

Total droite
1er tour

Total gauche
1er tour

Ecart
Gauche /Droite

Score FN
au 1er tour

Evolution du FN
1er-2nd tour

Fougères

31 %

52 %

+21 points

16,9 %

-0,4 point

Lyon – 8ème

23,2 %

55,2 %

+32 points

18,4 %

-0,3 point

Créteil

26,9 %

61,2 %

+34,3 points

11,9 %

-0,2 point

Lucé

32,5 %

48,5 %

+16 points

18,9 %

-0 point

Villeneuve d’Ascq

21,9 %

63,6 %

+41,5 points

14,5 %

+ 0,3 point

Dijon

28,4 %

50,5 %

+22,1 points

12,7 %

+ 0,6 point

 

Ce précédent des municipales explique pourquoi il était impératif pour Valérie Pécresse d’arriver en tête et de distancer le plus possible Claude Bartolone au premier tour. Ce qui se jouait là n’était pas, comme on l’a dit parfois, de créer une dynamique mais de rendre crédible l’hypothèse d’une défaite des « socialo-communistes », condition sine qua non pour qu’une part significative des électeurs frontistes décident d’opter pour un vote stratégique au second tour. Et, au regard de l’écart somme toute assez réduit entre la droite et la gauche au second tour (43,9 % contre 42,1 %), la clé de la victoire de la droite en Ile-de-France a résidé en bonne partie dans cette capacité à rallier environ 20 % des voix frontistes correspondant à 3 à 4 points des exprimés au second tour.

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