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Un nouveau départ pour l’Europe est attendu

22/01/2020 2’
Jean-Marc Ayrault Jean-Marc Ayrault
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À l’occasion du 57anniversaire du traité de l’Élysée et du premier anniversaire du traité d’Aix-la-Chapelle, Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès, rappelle combien les liens indéfectibles entre la France et l’Allemagne sont cruciaux pour la relance de l’Europe et appelle à un nouveau départ. 

Les relations franco-allemandes constituent une réalité intangible et la force de l’Union européenne depuis le début de sa construction. Sans la réconciliation franco-allemande, sans ce partenariat étroit, l’Union européenne n’aurait jamais été en mesure de se construire sur le plan politique, économique et social et de s’ériger en tant qu’acteur sur la scène internationale. 

La France et l’Allemagne portent cet héritage et continuent à jouer un rôle clé dans la construction de l’Europe : leur responsabilité est donc toute particulière. Lorsque le moteur franco-allemand dysfonctionne, c’est l’ensemble de l’Union qui en pâtit. 

Cette coopération bilatérale forte s’inscrit dans une histoire longue entre nos deux nations : le premier traité de l’Élysée signé par le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer, les avancées de la construction européenne soutenues par le Chancelier Helmut Schmidt et le président Valéry Giscard d’Estaing, le tournant historique de la chute du Mur de Berlin et de la fin de l’URSS, accentuant l’approfondissement et l’élargissement de l’Union européenne. La bonne entente entre le Chancelier Helmut Kohl et le président François Mitterrand a été, à ce titre, déterminante dans le rapprochement entre leurs deux pays, qui a notamment contribué à la réunification allemande et à la création de la monnaie unique, l’euro.

Une relation franco-allemande toujours aussi forte…

Plusieurs exemples concrets mettent en lumière les succès de la coopération franco-allemande lorsque celle-ci est mise en œuvre. 

Lors de la crise ukrainienne, le format Normandie – c’est-à-dire une configuration diplomatique rassemblant Russie, Ukraine, France et Allemagne – a été mis en place sous l’impulsion du couple franco-allemand. Cette volonté d’agir ensemble au nom de l’Union européenne avait pour objectif une sortie de crise alors que l’intangibilité des frontières, principe fondamental du droit international jusqu’alors respecté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait été remise en cause, déstabilisant l’ensemble de la région. 

Sur la scène internationale, et précisément sur l’accord sur le nucléaire iranien, les Français n’étaient pas seuls ; ils ont été soutenus par les Allemands dans la gestion de ce dossier diplomatique. Dans ses relations avec l’Afrique, l’Allemagne rejoint les préoccupations de la France face aux enjeux de développement, de sécurité et de lutte contre le réchauffement climatique. L’engagement de forces militaires allemandes au Mali aux côtés de la France dans le cadre du mandat des Nations unies marque d’ailleurs un véritable progrès en matière de défense et de sécurité commune au niveau de l’Union européenne.

Enfin, suite aux élections européennes de mai 2019, la composition de la Commission européenne a fait l’objet d’une concertation franco-allemande, signe que celle-ci reste clé sur la scène européenne.

… mais qui doit agir pour faire face aux défis actuels

Dans une déclaration commune – « Une Europe forte dans un monde incertain » – que mon homologue Frank-Walter Steinmeier et moi-même avions publiée en février 2016, nous avions mis en avant une série de propositions pour apporter notre contribution à la relance de l’Europe.

Le monde incertain d’hier que nous décrivions alors l’est plus encore aujourd’hui : le Brexit va devenir une réalité ; l’élection de Donald Trump aux États-Unis et sa politique ont considérablement bouleversé les équilibres mondiaux et remis en cause les principes du multilatéralisme, comme nous le constatons actuellement sur le plan diplomatique au Moyen-Orient.

Face aux défis auxquels nous sommes confrontés – et que les crises sur le nucléaire iranien ou en Libye nous rappellent –, l’Union européenne est trop effacée sur la scène internationale. Pour qu’elle fasse entendre sa voix, il faut une initiative franco-allemande plus forte, plus claire et plus déterminée. 

Si le président Emmanuel Macron a fait des propositions aux États membres, en particulier en direction de la Chancelière Angela Merkel, lors de son discours à la Sorbonne en septembre 2017, cela n’a pas eu les effets escomptés. Il reste tant à faire sur la question du renforcement de la zone euro et de l’Union bancaire, du défi climatique, du numérique, de la sécurité, et de notre rapport avec la Russie et la Chine. Sur tous ces sujets, l’ambition doit être plus forte pour construire ensemble un destin commun.

Plusieurs jalons peuvent être posés. La relance de l’Europe ne pourra se faire sans l’implication des Parlements et des citoyens européens. Le traité d’Aix-la-Chapelle, signé il y a un an, propose de donner une place importante aux Parlements. Les parlementaires français et allemands doivent saisir cette opportunité pour travailler de concert tout comme les sociétés civiles des deux côtés du Rhin qui doivent s’en emparer pour mettre à l’agenda politique les chantiers à venir pour l’avenir de l’Union. Lançons ensemble ce débat au niveau du couple franco-allemand car un nouveau départ pour l’Europe est attendu ! 

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